Québec accorde une appellation territoriale à l'agneau de Charlevoix

L'attente aura été longue mais payante. Après 15 ans de démarches, les producteurs d'agneau de Charlevoix viennent d'obtenir le droit d'utiliser la toute première appellation territoriale du Québec pour mettre en marché leurs produits. Phénomène unique en Amérique du Nord pour le moment, cette reconnaissance légale du terroir vise à protéger cet aliment contre les usurpations d'identité tout en stimulant le développement agroéconomique de la région.

Après plusieurs années de tergiversations, le gouvernement du Québec vient d'accorder en effet officiellement, en vertu de sa Loi sur les appellations réservées et les termes valorisants, sa première Indication géographique protégée (IGP) à l'agneau de Charlevoix.

L'acte de naissance de ce produit du terroir légalement reconnu a été signé au début de mars par le ministre de l'Agriculture, Laurent Lessard. Les détails viennent d'être publiés dans La Gazette officielle du Québec du 21 mars. L'annonce publique a été programmée pour la semaine prochaine par le gouvernement, en prévision du congé de Pâques. Notons toutefois qu'historiquement, l'agneau de Charlevoix, une viande principalement estivale, est rarement sur le marché à cette époque de l'année.

Soulagement

L'octroi de cet IGP a été accueilli avec soulagement par la fermière Lucie Cadieux, chef de file des producteurs de la région de Charlevoix qui, depuis 1995, cherche à faire reconnaître la particularité régionale de ses agneaux, sur le modèle des produits d'appellation qui pullulent dans les campagnes européennes. «Nous sommes très fiers et très contents, a-t-elle indiqué hier. Nous savions qu'en étant les premiers, cela allait prendre du temps, mais nous ne pensions pas que ce temps serait aussi long.»

Actuellement, la région de Charlevoix compte six entreprises d'élevage d'agneaux qui, bon an mal an, produisent moins de 1000 bêtes destinées à la consommation. Avec en main la première IGP du Québec, ces éleveurs espèrent voir grandir ce cheptel, mais aussi les revenus liés à cette production. Le prix pour cette viande du terroir, pas nécessairement certifiée biologique toutefois, pourrait effectivement grimper dans les prochains mois.

«Ce n'est pas facile de faire changer les choses, a reconnu Mme Cadieux, qui attend le retour des beaux jours pour fêter, à l'occasion d'un méchoui, la fin de sa quête. Nous avons ouvert la porte et on espère que, pour les autres productions, cela va aller un peu plus vite.»

Les aspirants à l'IGP ne se bousculent toutefois pas au portillon du Conseil des appellations réservées et des termes valorisants (CARTV), l'organisme chargé d'encadrer le vocable légal du terroir. À ce jour, aucune autre demande n'est en effet sur la table. Le cidre de glace, les bleuets du lac Saint-Jean, les oies de Baie-d'Urfé ainsi que le caviar d'esturgeon jaune de l'Abitibi-Témiscamingue pourraient réclamer une telle appellation.

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