Éducation: la hausse du budget consacré au privé désole le public

Photo: Jacques Nadeau

Sans élan d'enthousiasme, le milieu de l'éducation a accueilli avec un léger soulagement le budget, constatant que les sommes sont au rendez-vous pour maintenir les services en dépit de la crise.

Pour les grands chantiers toutefois, comme celui de la lutte contre le décrochage, il faudra repasser. En période d'austérité, les réseaux de l'éducation étaient somme toute contents de voir les coûts de système épongés. «On reconnaît l'effort dans un contexte difficile», a fait valoir le président de la Fédération des commissions scolaires du Québec (FCSQ), André Caron.

Mais la croissance plus importante du financement du secteur privé, de l'ordre de 5 %, reste en travers de la gorge. «Cela donne un coup au ventre de voir l'enveloppe du privé augmenter davantage. Il devrait y avoir un moratoire.»

Le président de la Centrale des syndicats du Québec, Réjean Parent, faisait la même remarque. «Il faut au minimum mettre un frein à cela. C'est un drôle de message qui est envoyé lorsque l'enveloppe des écoles privées croît davantage que celle du réseau public.»

Le syndicat ainsi que les commissions scolaires saluent la diminution des ratios de 20 % en troisième et en quatrième année dans les quartiers défavorisés et de 10 % en troisième année partout au Québec. La CSQ craint toutefois que le «rythme de croisière se prolonge indûment» avant de diminuer les ratios jusqu'à la fin du secondaire.

Le soulagement était aussi palpable au collégial. «On a sauvé nos billes. Les coûts de système sont là et on pense que les collèges vont pouvoir jouer un rôle significatif avec le Pacte pour l'emploi», a fait valoir le président de la Fédération des cégeps, Gaétan Boucher. Une somme supplémentaire de 100 millions sur deux ans devrait en effet servir à développer des programmes de formation continue.

Du côté des universités, on aurait toutefois aimé être davantage mis à contribution dans la stratégie de sortie de crise économique. Certes, les coûts de système sont couverts, mais cela ne correspond pas nécessairement aux coûts réels assumés par les universités, fait valoir le vice-président de la Conférence des recteurs et professeurs d'université (CREPUQ) et recteur de l'Université Laval, Denis Brière. «On comprend la situation économique difficile, il faut relancer l'économie. Les universités ont contribué par le passé et il faut que les universités aient les moyens de pouvoir contribuer dans l'avenir», a indiqué M. Brière, réclamant une augmentation de la subvention par étudiant ainsi que des sommes allouées à la recherche.

Les fédérations étudiantes collégiale et universitaire se disent quant à elles déçues de ce budget «sans vision». On aurait souhaité, à la FECQ et à la FEUQ, un réinvestissement dans les cégeps et les universités ainsi qu'une bonification de l'aide financière. Les étudiants s'interrogent par ailleurs sur l'effet de l'indexation des tarifs sur les droits de scolarité et les frais au collégial.

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