Line Beauchamp fait valoir qu'elle pourra augmenter les effectifs du ministère de l'Environnement - La hausse du budget ne convainc pas les écologistes

Alors que Line Beauchamp, ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, voit dans le budget déposé hier «un nouveau modèle économique» où la crise sert de tremplin aux investissements verts, quatre des principaux groupes écologistes québécois sont sensiblement d'avis que «le budget Charest rate le virage vert», selon le mot d'Éric Darier de Greenpeace.

La ministre Beauchamp souligne d'abord la hausse de 8,7 % de son budget, soit 19 millions de plus, pour atteindre 235 millions. Le ministère pourra ainsi créer 46 nouveaux postes à plein temps. Avec l'augmentation des projets hydroélectriques et miniers dans le Nord, le désengagement du gouvernement Harper en matière d'évaluation environnementale au profit des mécanismes provinciaux et les nombreux projets d'infrastructures, il fallait, explique la ministre, augmenter la capacité de traitement des dossiers pour ne pas devoir sacrifier la qualité de l'expertise.

Line Beauchamp souligne aussi le fait que la gestion du programme de méthanisation des déchets municipaux (voir page A 4) lui est confiée. Elle a aussi obtenu la transformation du programme de remboursement de la TVQ pour l'achat de véhicules hybrides en un programme qui accordera un crédit d'impôt applicable aux véhicules à émissions réduites. Le crédit sera sensiblement plus important à l'achat des tout-électriques.

Le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA), André Bélisle, a pour sa part déclaré que les «efforts que la ministre nous avait promis de faire ont visiblement porté fruits, ce pour quoi nous la félicitons».

Mme Beauchamp révélait par ailleurs avoir obtenu 50 millions pour la création ou l'agrandissement de parcs nationaux dans le sud du Québec en plus d'une autre enveloppe de 89 millions pour la restauration des barrages appartenant au gouvernement.

Pour Harvey Mead, l'ancien commissaire au développement durable du Québec qui reprend du service chez Nature Québec comme porte-parole en économie, «boulimie de construction de barrages alors que les Québécois sont déjà les plus grands consommateurs d'énergie au monde, rénovation et construction de routes, exploration gazière, absence d'un grand chantier de rénovation domiciliaire axé sur l'efficacité énergétique, sous-financement du transport en commun», tout cela, dit-il, ramène le Québec au vieux modèle de développement, le «mal-développement», à l'origine de la crise en cours.

Pour Éric Darier, de Greenpeace, l'augmentation de 19 millions n'est qu'une «goutte d'eau» en comparaison d'autres programmes. Ce budget, dit-il, «manque d'une vision structurante et ambitieuse en environnement» avec seulement 8,6 millions pour faire du Québec un leader en technologie environnementale, qui ouvre la porte à l'exploration gazière du Saint-Laurent et accorde un congé de redevances aux producteurs en plus de consacrer 670 millions à la construction de routes nordiques.

Steven Guilbeault, d'Équiterre, parle d'une «occasion manquée de se démarquer». Il applaudit à l'augmentation du budget du ministère mais déplore qu'«aucun volet écoénergétique n'ait été ajouté au programme de rénovation domiciliaire», qui aurait réduit la consommation et la facture d'énergie des citoyens. Certes, dit-il, Québec propose d'améliorer la performance des bâtiments publics, mais il oublie de l'exiger du secteur privé.

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