Trois millions pour permettre aux artistes de diffuser leur art à l'étranger, malgré le désengagement d'Ottawa - Une solution temporaire pour régler une situation urgente

Québec a décidé de suppléer au retrait d’Ottawa en accordant trois millions aux artistes pour assurer leur rayonnement international.
Photo: Québec a décidé de suppléer au retrait d’Ottawa en accordant trois millions aux artistes pour assurer leur rayonnement international.

Le milieu culturel applaudit à la décision de Québec d'investir trois millions l'an prochain pour soutenir la diffusion à l'étranger, secteur laissé en plan par Ottawa. Mais ce n'est qu'une mesure d'urgence, prévient-on.

Prenant la relève d'Ottawa, Québec comblera en partie le manque à gagner creusé par les coupes imposées cet été par le gouvernement fédéral. Le budget présenté hier comprend ainsi un investissement de trois millions pour «améliorer la visibilité des artistes québécois à l'étranger».

La ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre, avait pourtant affirmé à plusieurs reprises que Québec n'entendait pas occuper le terrain laisser vacant par le désistement d'Ottawa. Interrogée le 5 février sur ce sujet, la ministre indiquait au Devoir que cela enverrait un mauvais message à Ottawa. «Ça reviendrait à dire qu'ils peuvent couper ce qu'ils veulent parce que nous, on va compenser.»

Répondant toutefois aux nombreux cris d'alarme du milieu culturel québécois — particulièrement touché par ces compressions —, Monique Jérôme-Forget a expliqué hier que cette somme de trois millions permettra «d'atténuer l'impact de la réduction du soutien du gouvernement fédéral à la diffusion internationale d'activités culturelles».

L'aide servira à des particuliers ou à des organismes pour «améliorer leurs capacités d'exportation et de pénétration des marchés internationaux».

Autre victime du désengagement fédéral, l'Institut national de l'image et du son recevra des crédits additionnels d'un million de dollars pour 2009-10.

Le budget prévoit aussi une hausse de cinq millions du programme Placements culture, qui vise à encourager le secteur privé à investir dans ce domaine. Une quarantaine d'organismes culturels ayant des objectifs de collecte de fonds privés pourront bénéficier du programme, selon l'énoncé du budget.

Finalement, Mme Jérôme-Forget a annoncé une majoration des crédits d'impôt de 35 % pour les entreprises qui travaillent en enregistrement sonore ou en production de spectacles, pour «stimuler la production de chansons et de spectacles québécois». Cette mesure est estimée à 1,5 million pour 2009-10.

Réactions

Le milieu culturel a évidemment salué l'ajout de trois millions de dollars pour la diffusion à l'étranger — d'autant plus qu'une enveloppe de quatre millions a été ajoutée au budget du ministère des Relations internationales (MRI) pour la représentation du Québec à l'étranger.

«On se réjouit, a indiqué Alain Paré, président-directeur général de la Conférence internationale des arts de la scène (CINARS). La ministre a bien entendu l'appel du milieu et le gouvernement a pris ses responsabilités. Pour nous, c'est une très bonne nouvelle.»

M. Paré prévient toutefois que cette aide ponctuelle ne réglera pas le fond du problème: c'est une solution temporaire, un diachylon sur une plaie plus large. «Pour le Québec, on demandait environ cinq millions cette année. On comble donc environ 80 % des besoins, mais c'est déjà une aide importante et considérable», dit-il.

Au Mouvement pour les arts et les lettres (MAL), la porte-parole Lorraine Hébert (directrice générale du Regroupement québécois de la danse) salue aussi l'investissement de trois millions... mais estime que le reste du budget est bien chiche pour le monde de la culture.

«C'est une mesure ponctuelle qui va donner un bon coup de main cette année, dit-elle. On sent avec ces trois millions et les quatre millions du MRI que le gouvernement veut prendre le leadership sur la scène internationale. Mais il va falloir continuer à travailler pour le futur, et aussi pour combler les pertes qui sont survenues entre le mois d'août et aujourd'hui.»

Au chapitre des déceptions, Mme Hébert aurait aimé voir une augmentation du budget du Conseil des arts et des lettres du Québec, surtout dans un contexte de crise économique qui frappera nécessairement aussi les entreprises culturelles.

Le président de Culture Montréal, Simon Brault, estime lui aussi que la somme de trois millions permettra de «pallier les urgences». «Ce n'est pas un budget qui place la culture comme fer de lance d'un programme de relance économique, estime-t-il, mais il n'y a pas de recul non plus. Et dans le contexte actuel, c'est une bonne nouvelle.»

Le président de l'Union des artistes, Raymond Legault, a lui aussi applaudi à l'investissement en diffusion à l'étranger, qui vient empêcher «le désastre causé si on avait sauté une année de présence à l'international». Mais il note que ce budget ne permettra pas un réel développement de la culture au Québec.

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