Entreprises: Québec cible les problèmes de liquidités

Québec — Pour soutenir les entreprises qui ont de la difficulté à se financer, le budget présenté hier par Québec prévoit la mise sur pied d'un fonds d'urgence de 500 millions et d'un fonds de capital de risque dont l'objectif est de 825 millions, qui comprend l'apport de la Caisse de dépôt et placement. Un troisième fonds, de 125 millions, sera destiné aux entreprises naissantes.

L'ensemble des injections, des fonds mis en place et des mesures fiscales représentera pour Québec une ponction de 265 millions sur deux ans.

«Au Québec, les entreprises ayant un actif supérieur à 10 millions de dollars sont responsables de plus de 85 % des investissements privés, indique le plan budgétaire 2009-10. Même si elles affichent une bonne santé financière, ces entreprises ont actuellement de la difficulté à se procurer le financement nécessaire au maintien de leurs opérations. Dans certains cas, leur survie est menacée à court terme, faute de liquidités.»

Le fonds d'urgence de 500 millions est composé d'une mise de 250 millions du Fonds de solidarité FTQ et d'une contribution identique du gouvernement, dont l'argent transitera par la Société générale de financement (SGF).

Québec a indiqué que ce fonds d'urgence sera destiné aux sociétés privées, mais aussi publiques, qui ont un siège social au Québec ou «des activités importantes au Québec». Il est prévu que le ministre du Développement économique, Raymond Bachand, annoncera les détails du programme bientôt en compagnie des patrons de la SGF et du Fonds FTQ. Ce programme coûtera à Québec 12,5 millions par année.

Retour au capital de risque

Quant au fonds de capital de risque de 825 millions, il mise sur une participation de 200 millions d'Investissement Québec et de contributions de 250 millions de la part de la Caisse et du Fonds FTQ.

Pour arriver au total de 825 millions, Québec fait toutefois le pari que le gestionnaire du fonds — une firme indépendante qui sera choisie plus tard — pourra convaincre des investisseurs institutionnels d'y injecter 125 millions.

On vise notamment les technologies de l'information et les communications, les sciences de la vie et les technologies propres.

La mise en place de cette mesure de capital de risque, qui représente un coût de 10 millions par année pour Québec, est marquante, car elle constitue en quelque sorte un retour du balancier. Après l'élection du gouvernement Charest en 2003, Québec s'est éloigné de la participation gouvernementale dans le capital de risque, préférant que cet espace soit occupé par le privé.

Il est prévu que le fonds investira dans 15 à 20 fonds dont la taille sera d'environ 150 millions. Dans l'ensemble, l'argent devra être investi à 75 % dans des fonds québécois ou canadiens qui entendent investir au Québec.

Une partie de l'argent, toutefois, pourra aussi être investie à l'étranger, le but, selon Québec, étant de «tisser des liens» avec des investisseurs étrangers afin de les inciter à venir au Québec.

Le budget a aussi ciblé Fondaction, le fonds d'investissement de la CSN dans des petites entreprises. Québec estime que la petite taille du fonds l'empêche de jouer son plein rôle. Il a donc décidé d'augmenter le crédit d'impôt pour les contributions faites par ses investisseurs, le faisant passer de 15 à 25 % jusqu'à ce que la capitalisation atteigne 1,25 milliard, soit le double de maintenant. Cela coûtera à Québec 36 millions sur deux ans.

Aide à l'amorçage

En ce qui concerne le fonds d'amorçage de 125 millions, il répond à un besoin criant que certains acteurs du milieu financier ont évoqué l'an dernier. Le stade d'amorçage est celui qui vient après celui de la recherche et développement, mais avant celui du démarrage des activités. Autrement dit, c'est le lien crucial entre l'idée géniale et le début de la production.

«Depuis l'éclatement de la bulle technologique au début des années 2000, les investisseurs privés de capital de risque ont davantage concentré» leurs efforts vers les entreprises plus matures, peut-on lire dans le budget. «Au Québec, entre 2001 et 2008, la part du financement en capital de risque destinée à l'amorçage et au démarrage d'entreprises est passée de 29,4 % à 14,6 %.»

Québec prévoit aussi un ajout de 60 millions au programme FIER-régions. Il y a aussi des mesures fiscales portant sur l'achat de matériel, de même qu'une hausse de 400 000 $ à 500 000 $ du revenu admissible au taux réduit d'imposition pour les petites sociétés.

L'opposition a estimé que Québec faisait du saupoudrage. «Il aurait fallu donner un répit sur la fiscalité des entreprises», a dit François Legault, critique du Parti québécois en matière de finances. Selon lui, le seul répit fiscal que Québec donne au secteur privé est de 31 millions, soit la mesure pour amortissement accéléré. «Ce n'est pas comme ça qu'on va limiter les mises à pied dans les prochains mois.»

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