Vers un déficit de trois à quatre milliards

Monique Jérôme-Forget
Photo: Monique Jérôme-Forget

Québec — L'économie du Québec se détériore tellement rapidement que le budget que présente aujourd'hui la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, risque de sous-estimer l'ampleur de la récession. Déjà, Monique Jérôme-Forget doit annoncer un déficit avoisinant les trois milliards en 2009-10 et une saignée semblable l'année suivante, prédisent les économistes bancaires. Mais le déficit pourrait finalement dépasser les quatre milliards pour chacune de ces années.

La ministre des Finances doit présenter un budget qui annonce une contraction de l'économie du Québec de 1 % en 2009 alors que plusieurs économistes bancaires viennent tout juste de revoir leurs prévisions à la baisse. C'est ainsi que la Banque Scotia prévoit maintenant que l'économie québécoise reculera de

2,5 % en 2009, tandis que la Banque Toronto-Dominion et le Mouvement Desjardins entrevoient une baisse de 2,3 %. Il y a quelques semaines, ils partageaient la même prévision que le ministère des Finances, soit une décroissance d'environ 1 %.

Avec les nouvelles prévisions de Desjardins, le déficit atteindra les quatre milliards, estime son économiste en chef, François Dupuis.

Il va sans dire que la «sacoche» de Mme Jérôme-Forget, qui contenait 2,3 milliards pour pallier le manque à gagner de l'année en cours et de l'an prochain, sera totalement vidée ou presque dès cette année. Les déficits des deux prochaines années viendront gonfler directement la dette du Québec.

Selon les plus récentes évaluations, la dette nette du Québec devrait augmenter de 11 milliards du 31 mars 2008 au 31 mars 2010, pour atteindre 134 milliards. Si les prévisions relativement optimistes de la ministre des Finances ne s'avèrent pas, c'est plus de deux milliards qui s'ajouteront à ce montant. Soulignons que l'économiste en chef de la Banque Nationale, Stéphane Marion, partage la même prévision que la ministre, soit une contraction de 1 %, et que l'économiste principal de la Banque Royale, Robert Hogue, prédit un recul de 0,5 % seulement en 2009.

Le déficit de trois ou quatre milliards de l'an prochain ne tient pas compte des nouvelles mesures de relance que le gouvernement Charest pourrait annoncer.

Mais hier, à l'Assemblée nationale, le premier ministre Jean Charest a rejeté l'idée de faire davantage que les investissements accrus dans les infrastructures, promis lors de la campagne électorale, que les deux milliards de dollars accordés à Investissement Québec et à la Société générale de financement pour soutenir les entreprises et que le programme de rénovation domiciliaire.

«On a annoncé deux milliards de dollars pour venir en aide aux entreprises. Allez comparer ça aux 15 milliards qu'annonçait le président Obama hier [mardi] pour l'ensemble de la population américaine, 300 millions d'habitants», a lancé Jean Charest. Le gouvernement américain vient de dévoiler un plan pour faciliter le crédit aux petites et moyennes entreprises.

«S'il y a une chose qui nous tient à coeur, nous, c'est de tout mettre en oeuvre pour faire de l'emploi la première priorité [sic]; c'est ce que nous faisons. D'ailleurs, notre plan est solide, a fait valoir le premier ministre. On a posé plus de gestes que n'importe qui.»

Soulignant la perte de 60 000 emplois à temps plein en un an et de 30 000 emplois pour le seul mois de février, la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois, exigeait hier du gouvernement «un plan économique d'envergure pour relancer l'économie québécoise».

Chez Desjardins, on croit que le gouvernement serait bien avisé d'investir 1,5 milliard dans un plan de relance en 2009, ce qui permettrait au Québec de s'approcher des recommandations du Fonds monétaire international. Le FMI propose d'investir au moins 2 % du produit intérieur brut (PIB) pour ramener l'économie sur les rails, ce qui représente six milliards à l'échelle du Québec. Le gouvernement fédéral a déjà engagé 4,5 milliards au Québec (soit 25 % de 18 milliards), calcule Desjardins.

Ce plan de relance de 1,5 milliard devrait prendre la forme de bons ou de timbres de consommation devant être dépensés dans des commerces du Québec. François Dupuis préfère parler d'une «allocation de dépense pour stimulation économique», pour ne pas rappeler la Grande Dépression des années 30. L'important, c'est que cette somme soit réellement dépensée et non pas épargnée, et que cette dépense soit faite rapidement, a signalé l'économiste en chef de Desjardins. La distribution de cartes à puce, qui devraient être utilisées à l'intérieur d'une période restreinte, pourrait faire l'affaire, comme cela s'est fait en Chine, a indiqué M. Dupuis.

À la Banque Nationale, on ne croit pas à l'utilité d'un tel plan de relance au Québec. Pour l'économiste en chef, Stéphane Marion, les difficultés qu'a éprouvées l'économie, surtout au quatrième trimestre de 2008, s'expliquent par une absence de crédit totale et subite partout dans le monde. Les interventions sans précédent des banques centrales, notamment la Fed américaine, devraient produire leurs effets dès la deuxième partie de l'année, croit l'économiste. «S'attaquer à la crise du crédit, c'est le plan le plus important», juge Stéphane Marion. Il semble qu'au gouvernement on ait adopté ce point de vue. Pure coïncidence sans doute, le sous-ministre des Finances, Jean Houde, est un ancien haut dirigeant de la Banque Nationale.

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