Investir dans le béton est discriminatoire pour les femmes

Québec — Les milliards qu'investit le gouvernement Charest dans les infrastructures favorisent indûment la main-d'oeuvre masculine, juge le Conseil du statut de la femme (CSF) qui réclame des mesures d'action positive en faveur des femmes.

Le CSF déplore que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, n'ait pas tenu compte des inégalités dont les femmes sont l'objet en lançant ses investissements massifs dans les infrastructures, contrevenant ainsi à un engagement que le gouvernement Charest avait pris en 2007.

Selon la présidente de la CSF, Christiane Pelchat, le gouvernement s'est engagé à soumettre ses politiques à des analyses différenciées selon les sexes (ADS). Or «la plus grosse politique publique de l'État, c'est son budget», a souligné Mme Pelchat.

«On regarde ça [l'ADS] comme étant névralgique», a indiqué la présidente du CSF. Mais elle reconnaît qu'au gouvernement, «c'est assez lent comme processus».

En vigueur depuis 2007, la politique gouvernementale pour l'égalité entre les femmes et les hommes, intitulée Pour que l'égalité de droit devienne une égalité de fait, définit l'ADS comme «une approche de gestion qui vise à discerner, au cours de la conception, de la mise en oeuvre et de l'évaluation d'une intervention gouvernementale, les effets distincts que pourrait avoir cette intervention sur les femmes et sur les hommes compte tenu des conditions socioéconomiques qui les caractérisent».

Pour Mme Pelchat, à la lumière de l'ADS, les investissements dans «le béton» profitent en majorité aux hommes puisque les femmes y sont absentes. Ainsi, la somme de

13,9 milliards prévus pour les infrastructures en 2009 «ne bénéfice pas aux 50 % de la main-d'oeuvre active que sont les femmes». Après une telle analyse différenciée, des mesures d'action positive, pour favoriser l'accès des femmes aux métiers de la construction, par exemple, devraient être mises en place, croit Christiane Pelchat.

En adoptant sa politique pour l'égalité entre les femmes et les hommes, le gouvernement a rempli un engagement international. Le Québec est signataire de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF) et du programme d'action de Beijing, qui est issu de la Quatrième Conférence mondiale des Nations Unies sur les femmes de 1995.

La ministre des Finances est aussi fautive sous un autre rapport, selon le CSF: en 2008, elle accordait 725 millions en crédit d'impôt pour les entreprises actives dans la recherche-développement. «À notre connaissance, les femmes ne sont pas majoritaires dans ce domaine et elles y occupent souvent des emplois administratifs moins rémunérés», constate le CSF.

L'ADS doit être appliquée à ces crédits d'impôt afin de voir à qui profitent ces subventions et dans quelle mesure elles ne contribuent pas à accroître les écarts de revenus entre les sexes. «Pour favoriser l'égalité, ces crédits d'impôt pourraient être assortis de l'obligation contractuelle de déposer un plan d'accès à l'égalité, comme c'est le cas actuellement pour les fournisseurs du gouvernement du Québec» en vertu de la Charte des droits et libertés de la personne, propose le CSF.

Le gouvernement devrait aussi investir dans «les infrastructures sociales à fort capital humain», estime Christiane Pelchat. Certaines études internationales démontrent que de telles dépenses, notamment en santé et en éducation, stimuleraient l'économie autant, sinon plus, que les investissements dans les ponts et les routes, a fait valoir la présidente du CSF.

Au cabinet de Monique Jérôme-Forget, on a soutenu, hier, que le gouvernement Charest avait «clairement une préoccupation pour les femmes», comme en témoigne son action d'instaurer la parité hommes-femmes au Conseil des ministres et dans les conseils d'administration des sociétés d'État. L'ADS n'a pas été appliquée aux projets d'infrastructure «parce qu'une importante mise à niveau des infrastructures était nécessaire», a indiqué l'attachée de presse, Catherine Poulin.

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