Sacrifices à l'horizon

Le discours inaugural de Jean Charest, hier à Québec, annonce des compressions pour le prochain budget.
Photo: Agence Reuters Le discours inaugural de Jean Charest, hier à Québec, annonce des compressions pour le prochain budget.

Québec — Le gouvernement du Québec devra prendre «dès le prochain budget [à être déposé le 19 mars] des décisions difficiles», a averti hier Jean Charest, dans son quatrième discours d'ouverture depuis 2003.

Des compressions importantes sont à prévoir dans tous les domaines sauf les deux principaux «services aux citoyens, au premier chef la santé et l'éducation». Malgré ces efforts, le budget sera «déficitaire», a admis M. Charest au Salon bleu, dans un discours d'une cinquantaine de minutes.

La «tempête économique» dont parlait le chef libéral lors du déclenchement de la dernière campagne s'est, depuis l'automne, «aggravée», a-t-il constaté. Et elle «secoue le monde entier, incluant le Québec», lequel n'a manifestement pas réussi à être le «village gaulois» que le premier ministre promettait de constituer durant la campagne électorale. «Le défi québécois, c'est [...] être les Gaulois de l'économie nord-américaine. Résister à la période de ralentissement», avait-il dit. Au contraire, admettait-il hier, «nous sommes entraînés dans cette tempête. Par effet domino, nous voyons une réduction de la production, de l'emploi, des profits et des impôts, qui se répercute jusque dans les revenus de l'État.»

Malgré la pire performance économique du Canada en 18 ans, Jean Charest a souligné qu'il y avait une «exception canadienne», dans laquelle le Québec «figure bien». C'est entre autres parce qu'il s'était donné une «longueur d'avance». «Pendant que plusieurs gouvernements du monde cherchent encore comment et combien investir dans les infrastructures pour soutenir leur économie, ici les chantiers sont ouverts et créent de l'emploi dans toutes les régions du Québec», a soutenu M. Charest. La chef de l'opposition, Pauline Marois, qui n'a vu «que du réchauffé» dans le discours d'ouverture, a répliqué que les libéraux «ont pris les décisions sur les infrastructures à la suite de l'événement malheureux qui est survenu sur un pont à Laval», en septembre 2006.

Mais Jean Charest a dit vouloir aller «plus loin». Il a promis d'investir «dans notre économie comme jamais aucun gouvernement ne l'a fait» un montant «record» de 13,9 milliards de dollars. Selon lui, les investissements en infrastructures et en énergie fourniront du travail «à plus de 100 000 Québécois». Le même montant sera investi l'an prochain. Les projets concernés sont le Quartier des spectacles et le «Super PEPS» (une mention qui a suscité l'hilarité dans les banquettes des partis d'opposition, car selon eux, ce projet a été annoncé «quatre fois»). M. Charest a aussi rappelé les investissements hydroélectriques, notamment La Romaine, «un des plus gros chantiers du monde».

Changement de cap

Cette foi dans les dépenses étatiques marque une rupture avec le premier discours inaugural de Jean Charest du 4 juin 2003. Il y avait alors condamné «l'interventionnisme» comme une «stratégie de développement économique ruineuse et inefficace». «L'avenir économique du Québec, disait-il, ce n'est pas l'interventionnisme, c'est l'entrepreneuriat». Le chef libéral s'est-il converti à l'intervention de l'État? Dans son entourage hier, on soulignait que le contexte a totalement changé depuis: celui où le pays «le plus capitaliste», les États-Unis, a à toute fin utile «nationalisé des banques».

Jean Charest a du reste prononcé le mot «révolution», hier. À ses yeux, les crises économique et écologique «sont liées autant dans leurs causes que dans leurs solutions. J'ai la profonde conviction que cette double crise déclenchera la véritable révolution du développement durable. Un monde meilleur en émergera, et le Québec y contribuera».

Cette partie du discours d'ouverture a d'ailleurs ravi l'unique député de Québec solidaire, Amir Khadir. «Ça m'a beaucoup, beaucoup réjoui», a lancé ce dernier, en précisant toutefois que le reste du texte «n'était pas à l'avenant». Il était même contradictoire selon lui puisque le premier ministre misait sur le développement hydroélectrique, qui ne produit pas, au dire de QS, de l'énergie véritablement «renouvelable».



Surprenante politique pour les étudiants étrangers

Abordant ensuite les problèmes démographiques du Québec, le premier ministre a annoncé une nouvelle politique visant la rétention des étudiants étrangers. Actuellement, 22 000 de ceux-ci viennent au Québec, mais «il en repart presque autant. À peine un sur dix reste au Québec» a déploré M. Charest. Par conséquent, il a annoncé que «désormais, un étudiant étranger obtenant son diplôme ici se verra offrir un certificat de sélection pour immigrer au Québec». L'objectif: tripler chaque année le nombre d'étudiants faisant le choix de rester au Québec.

Ce projet a été qualifié de «très, très surprenant» par Stéphane Reichhold, joint par le Devoir hier. Selon ce directeur de la Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes, une telle mesure viendrait «contrecarrer tout le système d'immigration» basé sur une formule de pointage où la langue, l'âge, l'expérience de vie, etc. comptent. «Je ne sais pas s'il a lancé ça comme ça. Est-ce que le Canada sera d'accord?», a dit M. Reichhold.

Vantant l'effet de la politique des congés parentaux sur la démographie, M. Charest a cité un article de The Economist du 8 janvier 2009. La revue britannique, a-t-il souligné, qualifiait ce programme du «plus généreux en Amérique du Nord». On pouvait toutefois y lire aussi qu'à la faveur de la crise économique, le premier ministre québécois «sera peut-être tenté de comprimer ces dépenses dans les garderies et les congés parentaux. Ces deux programmes contribuent à faire du Québec l'endroit le plus taxé et le plus endetté en Amérique du Nord».

Un titre à propos duquel M. Charest disait, en 2003: «Dans cinq ans, les Québécois ne seront plus les citoyens les plus taxés du continent. Le Québec aura une croissance durable; elle s'appuiera sur ses forces réelles et non sur un interventionnisme d'une autre époque.»
14 commentaires
  • Gilles Bousquet - Inscrit 11 mars 2009 07 h 42

    Discours de Capitaine Canada Charest

    Mes enfants, papa n'a plus d'argent, pas d'étrennes au Jour de l'An mais soyez contents, d'être encore vivants. Du moment que vous votez pour moi, de temps en temps, vous aurez encore du nanan ou du vent.

  • Bernard Gervais - Inscrit 11 mars 2009 07 h 54

    Les beaux discours électoraux de Charest et de sa ministre à la sacoche !

    On se souvient tous de la stratégie des libéraux pour appeler à nouveau aux urnes les électeurs au début de novembre : l'urgence d'avoir un gouvernement fort (donc majoritaire) pour contrer la crise économique.

    On se souvient tous également du discours contradictoire qu'ils ont utilisé pendant la campagne électorale pour rassurer les gens et obtenir leurs votes.

    Quand Mario Dumont laissa entendre que les résultats de la Caisse de Dépôt pour l'année 2008 seraient catastrophiques, les libéraux ont presque ri de lui.

    Quand, de leur côté, Pauline Marois et François Legault ont déclaré que la nouvelle formule de péréquation priverait Québec de plus d'un milliard $ et le forcerait à aller en déficit, la ministre qui roule ses « r » leur a répliqué qu'ils se trompaient car elle avait une très bonne réserve d'argent dans sa sacoche.

    Sur les 2 plans, les libéraux ont menti. On comprend pourquoi Charest était si pressé d'aller à nouveau en élections. Avec ce qu'on a appris des dirigeants de la Caisse et les compressions annoncées hier, sa situation, s'il était demeuré chef d'un gouvernement minoritaire, aurait été intenable.

    Cependant, même s'ils disposent à nouveau d'une majorité d'élus à l'Assemblée nationale, cela ne veut pas dire que les choses iront pour autant aussi facilement que les libéraux le croyaient car, en raison des mensonges de leurs leaders durant les élections, la population n'a plus confiance en eux.

    Hier, j'ai regardé à la télé les reportages sur la reprise des travaux à la Chambre : lors de son discours, Charest donnait l'impression de vouloir être ailleurs et, de leur côté, la plupart des membres de sa députation avaient la mine basse...

  • Linda Hart - Inscrite 11 mars 2009 09 h 25

    Patapouf le menteur et l'hypocrite

    Patapouf trouve des centaines de millions pour harnacher des rivières et pour faire la distribution à ses petits namis à travers les PPP, la nouvelle vache à lait de l'entreprise. Quand il faut couper, il préfère toutefois s'attaquer au congé parental et aux garderies. Patapouf est responsable d'une perte de 40 milliards, il n'a investi aucune volonté politique et n'a aucun plan pour l'éducation et la santé et il a l'outrecuidance de venir nous parler de sabrer dans les garderies et les congés parentaux. J'ai un mépris sans bornes pour ce paresseux hypocrite qui dilapide notre argent, qui n'a aucun plan de match autre que celui de s'accrocher au pouvoir, qui laisse aller nos systèmes publics à la débandade et qui n'est jamais tenu responsable de quoi que ce soit. J'en ai fichtrement et intensément marre de voir sa tête de cave et de l'entendre déblatérer ses gigantesques mensonges. J'en ai fichtrement et intensément marre de ce sinistre personnage qui laisse se désagréger notre système de santé pour le refiler en douce au privé et qui abandonne l'éducation et la jeune génération à son triste sort.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 11 mars 2009 09 h 49

    CCC pour les PPP

    Notre CCC "Capitaine Canada Charest" est plein de PPP, la grâce pour mieux obtenir des monétaires faveurs pour sa caisse électorale des valeurs, le nerf de la guerre pour mieux demeurer au pouvoir, plus ou moins, ça a l'air.

  • Richard Malo - Inscrit 11 mars 2009 10 h 38

    Discours d'ouverture de Charest -budget 2009

    Voir le paragraphe intitulé: Surprenante politique pour les étudiants étrangers.