Le bras de fer continue au sujet de la Caisse

L’édifice de la CDPQ à Montréal
Photo: Jacques Nadeau L’édifice de la CDPQ à Montréal

Lévis — La crise politique provoquée par les résultats catastrophiques de la Caisse de dépôt et placement du Québec (CDPQ) s'est aggravée hier après la mise sous surveillance jeudi, par Standard and Poor's, de la cote de l'institution. Le gouvernement et l'opposition du Parti québécois se sont mutuellement accusés d'avoir contribué à faire allumer ce feu rouge. Ils n'ont du reste pas réussi à s'entendre sur le format d'une commission parlementaire qui se serait penchée dès la semaine prochaine sur ces pertes de presque 40 milliards.

Jean Charest, au terme d'un caucus de deux jours à Lévis, a soutenu que c'est parce que le Parti québécois avait joué au «bonhomme Sept heures» que la firme a mis la cote de la CDPQ sous surveillance pour trois mois. «Les signaux qu'ils envoient ont un impact sur l'évaluation qu'en fait Standard and Poor's. Quand le Parti québécois choisit de jouer au bonhomme Sept heures et de se faire prophète de malheur sur la Caisse de dépôt, c'est relevé», a soutenu le premier ministre. Lorsque la maison de cotation parle de tentation de revenir à une intervention politique, «c'est qu'on parle du PQ», a-t-il insisté.

Standard and Poor's a soutenu jeudi soir que l'instabilité à la tête de la CDPQ était un des motifs pour mettre la cote sous surveillance. La Caisse est pratiquement sans p.-d.g. depuis le départ d'Henri-Paul Rousseau au printemps 2008. Son successeur, Richard Guay, est tombé en congé de maladie en novembre pour finalement démissionner en janvier. Aussi, neuf des quinze membres du conseil d'administration de la Caisse sont sans mandat et certains depuis plusieurs mois.

Hier, le premier ministre a promis d'agir avec célérité pour placer le volant de la CDPQ entre les mains d'un p.-d.g. «On ne perdra pas de temps là-dessus, on va procéder le plus rapidement possible et on va procéder correctement aussi», ce qui laisse croire qu'un nouveau dirigeant devrait être nommé avant le délai maximal de six mois, fixé en janvier.

Quant aux mandats des administrateurs, M. Charest a répété qu'ils n'ont pas été renouvelés d'une part parce qu'ils continuent à «servir», d'autre part parce que les remplacer à la veille d'une élection générale aurait donné l'impression de nominations partisanes: «Si on l'avait fait à ce moment-là, évidemment, les gens se seraient interrogés sur le sens de nos décisions.»

M. Charest a encore une fois refusé de témoigner devant une éventuelle commission sur les pertes de la Caisse. «On répond aux questions, je réponds à vos questions tous les jours, quand on est avec vous... à l'Assemblée [nationale], ce n'est pas ça l'enjeu», a-t-il indiqué. M. Charest a refusé de répondre lorsqu'un journaliste anglophone lui a demandé s'il refusait de témoigner parce qu'il devrait alors prêter serment.

Couvercle sur la marmite

La chef péquiste Pauline Marois, qui était aussi en caucus hier, mais au Salon rouge de l'Hôtel du parlement, a déclaré que son parti ne renonçait pas à exiger d'entendre M. Charest et sa ministre des Finances. «C'est l'entêtement du premier ministre qui empêche de tenir cette commission», a-t-elle soutenu. Mme Marois a souligné que d'autres ministres et même le premier ministre ont déjà témoigné devant des commissions. «S'il est confiant que les gestes qu'il a posés étaient des gestes responsables, qu'il vienne nous le dire en commission. Qu'est-ce qu'il a à cacher?», s'est interrogée la chef péquiste. À ses yeux, M. Charest veut «mettre le couvercle sur la marmite» parce qu'il refuse d'«assumer sa responsabilité» qu'il souhaite faire porter à M. Rousseau ou à M. Perreault, ou encore à tous ceux qui sont «actuellement à la direction de la Caisse».

Le PQ prétend que le gouvernement était au courant des mauvais résultats de la Caisse, bien qu'il ait dit le contraire depuis des mois. Mme Marois a souligné l'existence de l'article 49 de la loi de la Caisse qui stipule que celle-ci doit «fournir au ministre des Finances tous renseignements qu'il requiert sur ses opérations et ses activités ainsi que celles de ses filiales en propriété exclusive».

M. Charest a rétorqué qu'il était «comme Mme Marois», puisqu'en campagne électorale, celle-ci avait dit que lorsqu'elle était ministre des Finances, elle n'obtenait pas les résultats de la CDPQ avant qu'ils ne soient divulgués.

La population ne semble pas croire le gouvernement, si l'on se fie à un sondage de Léger Marketing qui indique que 90 % des Québécois estiment que M. Charest est davantage responsable pour les pertes de la Caisse que ce qu'il veut bien admettre. Mais M. Charest ne s'en émeut guère. «Ce que tout le monde sait, c'est que les Québécois font bien la part des choses. J'ai toujours eu une confiance inébranlable dans le bon jugement de la population et je ne mesure pas ça à partir de sondages.»

S&P, colonialiste

Enfin le co-porte-parole de Québec solidaire (QS), Amir Khadir, a enjoint les chefs péquiste et libéral «de sortir des repères, de cesser d'obéir aux diktats de Standard and Poor's». Cette firme s'immisce selon lui dans le débat québécois comme le ferait une puissance coloniale. «C'est un comportement colonialiste. Et on est des colons si on accepte que ça influe sur notre débat.» QS tient un conseil national aujourd'hui et demain à Québec.

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