Caisse de dépôt - Marois veut faire porter le chapeau à Charest

Québec — La chef du Parti québécois, Pauline Marois, juge que le gouvernement Charest, en changeant la loi sur la Caisse de dépôt et placement du Québec en 2004, a causé les déboires de l'institution.

«M. Charest doit admettre qu'il a fait une erreur monumentale en 2004 en modifiant la loi sur la Caisse», a déclaré Pauline Marois. Les pertes de 10 milliards que la Caisse a subies au-delà des pertes affichées par ses pairs est «une conséquence de la directive politique du gouvernement qui vise le rendement à tout prix», a accusé la chef de l'opposition officielle.

Le fait que le premier ministre Jean Charest tente de rejeter tout le blâme sur les dirigeants de la Caisse est «une hypocrisie pure et simple», selon Mme Marois.

Tant le PQ que l'Action démocratique du Québec insistaient, hier, pour que la ministre des Finances Monique Jérôme-Forget, à titre de ministre responsable de la Caisse, ainsi que Jean Charest comparaissent devant la Commission des finances publiques, qui doit se pencher sur les résultats du «bas de laine des Québécois». Mais le gouvernement s'y oppose farouchement. Les membres de la Commission se sont réunis, hier soir, pour en discuter, mais ils se sont quittés sans parvenir à une entente.

Le gouvernement souhaite qu'une commission parlementaire se déroule dès la semaine prochaine, où ne comparaîtraient que le p.-d.g. par intérim de la Caisse, Fernand Perreault, le président du conseil d'administration, Pierre Brunet, et l'ancien p.-d.g., Henri-Paul Rousseau. Ce dernier a d'ailleurs signifié, hier, dans un communiqué de presse, qu'il acceptait de participer à l'exercice. Pour le gouvernement, l'examen des parlementaires ne devrait porter que sur la gestion du risque.

Il est déjà exclu que la réunion de la Commission ait lieu la semaine prochaine. Le député de Rousseau et porte-parole en matière de finances, François Legault, a réclamé d'autres renseignements de la Caisse que ceux qui ont été dévoilés hier. Il souhaite obtenir l'essentiel des informations que fournit la Caisse dans son rapport annuel. L'opposition officielle veut aussi que l'exercice soit beaucoup plus large et qu'il porte sur la mission de la Caisse, sa gouvernance et sa politique de rémunération, sa politique de gestion de risque, le choix de ses investissements et les répercussions des pertes actuelles sur les citoyens, notamment en matière de tarifs ou de cotisations.

À cet égard, Pauline Marois ne croit pas que ces pertes seront sans conséquence pour les sociétés d'État comme la Société d'assurance automobile du Québec et la Commission de la santé et de la sécurité au travail ou encore pour la Régie des rentes, malgré les communiqués rassurants que ces organismes ont diffusés hier. Les contribuables devront un jour ou l'autre en payer le prix, prévoit-elle.

Pour sa part, le député de Shefford et porte-parole adéquiste en matière de finances, François Bonnardel, a accusé le gouvernement Charest d'avoir caché pendant des mois l'état des finances de la Caisse, notamment pendant la campagne électorale. Le chef adéquiste, Mario Dumont, affirmait alors que la Caisse avait essuyé une perte de 30 milliards que le chef libéral voulait taire le temps de l'élection. C'est «une des plus grandes impostures de l'histoire politique du Québec», a dénoncé M. Bonnardel. L'ADQ demande que le vérificateur général fasse une enquête complète sur la gestion de la Caisse. Le parti reviendra à la charge en présentant un projet de loi pour confier au vérificateur général le mandat d'effectuer une vérification «d'optimisation» à la Caisse.

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