Papiers commerciaux adossés à des actifs - Une «erreur», concède la Caisse

La Caisse de dépôt reconnaît qu'elle a acheté trop de papier commercial mais estime qu'à long terme, elle va récupérer la majeure partie de ses pertes.

La direction de la Caisse de dépôt et placement du Québec s'est défendue hier d'avoir mal compris ce qu'était vraiment le papier commercial, mais son président par intérim a concédé que l'établissement a commis une «erreur» de miser si lourdement sur cet instrument financier.

Dans ses états financiers 2008, la Caisse, qui est tenue d'évaluer la «juste valeur» de ses placements, a indiqué que le papier commercial de 12,8 milliards qu'elle détenait à l'origine ne valait plus, au 31 décembre dernier, que 7,2 milliards. Cela représente une dévaluation de 44 %. La Caisse ne peut dire si elle devra de nouveau dévaluer son placement.

«En rétrospective, nous avons placé une trop grande confiance en ces titres», a dit en conférence de presse le président par intérim, Fernand Perreault. «Nous avons cru à tort que ces produits étaient aussi sûrs, ou presque, que les autres produits du marché monétaire, comme les bons du Trésor, les obligations gouvernementales à court terme et les acceptations bancaires.»

Sur cinq ans, le rendement annuel global de la Caisse est de 3,1 %. En ne tenant pas compte du papier commercial, a-t-il dit, ce chiffre grimperait à 4,1 %, à un cheveu du premier quartile des gestionnaires canadiens.

Après avoir inscrit à son exercice 2007 une première charge de 1,9 milliard pour tenir compte de la perte de valeur marchande du papier commercial, la Caisse a dévoilé hier une deuxième charge de 4 milliards, qui a eu un effet de -2,5 % sur son rendement global.

La direction a affirmé que cette charge de 4 milliards se trouve principalement sur papier, puisque la «perte réelle» subie en 2008 n'est que de 171 millions. Elle entend conserver le papier commercial jusqu'à échéance, et croit en ses chances de pouvoir récupérer la majeure partie des provisions.

Contexte

Le papier commercial, aussi appelé PCAA, est un placement de moins de 90 jours dont le rendement provient d'actifs sous-jacents, comme des dettes de cartes de crédit, des hypothèques, etc. Il repose aussi sur des credit default swaps, qui sont très complexes.

Il peut être émis par des banques, mais c'est celui émis par des entités non bancaires qui a posé problème. Sur 35 milliards de PCAA non bancaire au Canada, la Caisse en détenait le tiers. Il était bien coté et offrait un rendement plus élevé que les bons du Trésor.

En août 2007, certains grands établissements ont craint que le PCAA ne soit lié trop étroitement au secteur hypothécaire américain. Le bassin d'acheteurs s'est asséché, et les détenteurs de PCAA ne pouvaient plus s'en débarrasser. Après un effort concerté, les grands joueurs ont décrété un moratoire. Depuis, le PCAA a été transformé en obligations dont l'échéance, en moyenne, est de sept ans.

Henri-Paul Rousseau, qui a présidé la Caisse de 2002 à 2008, avait dû se présenter en commission parlementaire en novembre 2007. Loin d'offrir des excuses, puisque le contexte était différent, M. Rousseau avait insisté sur «l'excellente santé financière» de la Caisse en minimisant l'impact du PCAA sur l'ensemble des dernières années.

Plus loin que Rousseau

En utilisant le mot «erreur» et en faisant référence à des questions de «jugement», M. Perreault est allé plus loin hier. «Il ne s'agit pas de sous-estimer le problème du papier commercial», a dit le président par intérim, Fernand Perreault. «Mais cet épisode est sans contredit une page difficile de l'histoire de la Caisse.»

«On avait beaucoup de liquidités à investir. On anticipait une baisse des marchés, on accumulait des liquidités, et à ce moment-là, le gouvernement fédéral remboursait sa dette depuis un bon bout de temps, ce qui faisait que des bons du Trésor, il y en avait de moins en moins», a dit M. Perreault.

Par le passé, certains observateurs et politiciens ont estimé qu'il y a eu apparence de conflit d'intérêts puisque la Caisse a déjà été actionnaire de Coventree Capital, une société de Toronto qui fabriquait du PCAA, ce qui plaçait la Caisse des deux côtés de la clôture.

En entrevue hier, M. Perreault a minimisé cette allégation en disant que l'investissement de la Caisse dans Coventree avait été «très petit» et que la Caisse détenait environ 4 milliards de PCAA créé chez Coventree, ce qui correspond à la part de marché de Coventree sur le marché canadien.

Quoi qu'il en soit, la Caisse a affirmé hier qu'elle avait investi dans le PCAA parce que le «marché avait fonctionné adéquatement pendant neuf ans, et la politique de gestion de risque n'avait pas de limites globales de détention pour les instruments des marchés monétaires cotés AAA».

La Caisse de dépôt entend conserver le PCAA jusqu'à son échéance. «Nous avons confiance de récupérer la plus grande partie des provisions d'ici l'échéance des titres. Dans ce contexte, nous croyons utile d'isoler le PCAA dans l'analyse de notre performance comparée à celle des pairs afin d'apporter un éclairage sur le rendement à 5 ans du reste du portefeuille.»

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