Analyse - L'échec de Dumont et la génération X

Mario Dumont photographié hier à Lévis. Il a annoncé qu’il tirera un trait sur sa carrière politique le 6 mars prochain.
Photo: La Presse canadienne (photo) Mario Dumont photographié hier à Lévis. Il a annoncé qu’il tirera un trait sur sa carrière politique le 6 mars prochain.

Mario Dumont fait partie de la génération X et l'a représentée en politique, notamment sur des thèmes comme la dette publique et les «clauses orphelines». Il s'est toutefois heurté aux difficultés liées à cette même génération: cynisme, individualisme, pragmatisme. Sans compter le défi de jongler avec l'héritage de la Révolution tranquille.

Québec — L'échec de Mario Dumont, qui a quitté la politique hier, a-t-il quelque chose à voir avec sa génération, la «X»? Cette jeunesse définie un jour par Radio-Canada comme «issue de la Révolution tranquille, qui a grandi dans la promesse d'un avenir meilleur», mais qui, une fois «arrivée à l'âge de travailler», a été confrontée à la crise de l'emploi des années 1980 et du début des années 90. Qui a souvent vu l'État et les syndicats non pas comme des outils d'affranchissement, mais des freins, des écueils.

Après tout, un des premiers combats de Mario Dumont fut celui des «clauses orphelines», discriminatoires pour les plus jeunes. Le nouveau député adéquiste de Chauveau et ancien journaliste, Gérard Deltell, rappelle aussi que l'ADQ de M. Dumont a contribué à amener sur la place publique une préoccupation pour la croissance de la dette québécoise. D'autres X, dans d'autres partis, ont enfourché les mêmes chevaux de bataille.

On pourrait aussi souligner l'appui du chef adéquiste à la Radio X, CHOI-FM à Québec, qui se voulait, comme l'a écrit le professeur de philosophie Frédédic Têtu, «le cri d'une génération». De 2002 à 2008, ceux qu'on a surnommés les «angry young males», surtout à Québec, se sont souvent identifiés à Mario Dumont. En 2002, la ministre péquiste Rita Dionne-Marsolais avait lancé: «Mario Dumont est le reflet d'une génération très individualiste, qui pense seulement à elle, alors que ma génération à moi était un peu différente.» Le chef adéquiste avait dénoncé le manque de respect de la ministre pour «sa génération». «Elle mérite de démissionner de son poste», avait soutenu M. Dumont.

Pour le sociologue Mathieu Bock-Côté, si l'échec de Mario Dumont ne s'explique pas entièrement par son appartenance à la génération X et par sa volonté de porter en politique ses préoccupations, il reste que le lien est inévitable: «La conception de la politique développée par Dumont était assez symptomatique de la vision du monde cultivée par les X: cynisme et pragmatisme.»

Ce mélange aura empêché Dumont de «reconnaître l'importance de ce qu'on pourrait appeler la lutte idéologique en politique», soutient M. Bock-Côté. À ses yeux, si Dumont a réussi à traduire «en formules chocs» un certain malaise de sa génération et du Québec face au «modèle québécois», il ne sera pas parvenu «à le traduire en programme, encore moins en vision politique». Cette façon de rester dans le monde des intuitions — ce n'est pas pour rien que la biographie de Denis Lessard s'intitule L'Instinct Dumont (Voix Parallèles, 2007)—, de se contenter de la «clip», tient à un tempérament, à une personnalité particulière. Mais ne serait-ce pas aussi le fait qu'il est le premier chef politique à avoir baigné dès sa naissance, en 1970, dans un monde imprégné de télévision?

C'est du reste en tant que membre de la génération X qu'il interprète la Révolution tranquille. «Il a bien compris qu'on ne peut ni ne doit la liquider ou l'oublier. Il s'est toutefois refusé à la sacraliser», note M. Bock-Côté.



Entre le bâtisseur et le concierge

Et justement, une des difficultés majeures pour tout politicien contemporain, principalement de la génération X, tient à la Révolution tranquille.

À cause de son héritage, des multiples systèmes, des institutions qu'elle a fondés, il en va de la politique actuelle comme des viaducs construits à l'époque: on aimerait bâtir encore, éprouver de nouveau les transports des grands projets. Mais nous voilà contraints de réparer, voire de raser des oeuvres audacieuses pour reconstruire près du sol (on pense à l'échangeur Turcot).

Une des plus claires illustrations de ce tiraillement entre la figure du bâtisseur et celle du concierge — et des impasses auxquelles il peut conduire — a été donnée par le chef adéquiste, Mario Dumont, le jour du déclenchement des élections, le 5 novembre 2008.

Mario Dumont avait voulu frapper un grand coup symbolique. Son idée? Convier candidats et journalistes au bord du lac à l'Épaule, lieu légendaire où, en 1962, le conseil des ministres de Jean Lesage s'était réuni pour planifier la nationalisation de l'électricité.

M. Dumont fit un grand discours, sans notes, sans attaquer les adversaires. Il exprima son admiration pour ce temps où «des jeunes de moins de 30 ans» se voyaient confier de grandes responsabilités dans la fonction publique et pouvaient être envoyés à New York pour négocier des prêts massifs pour «construire des barrages. C'était une époque où le Québec innovait, où il osait. Il y avait alors un profond sentiment du "tout est possible". À condition d'y croire, mais tout semblait possible», a-t-il relaté, non sans conviction.

Rappelant cette époque mythique, Mario Dumont a dit vouloir retrouver la «mobilisation», l'audace et l'énergie l'ayant caractérisée. Mais évidemment, sans reprendre les «vieux modèles», les «vieilles batailles». En s'attaquant aux défis d'aujourd'hui, très différents de ceux de 1962... et, paradoxe, en partie créés en 1962. L'État, jadis était vu comme un outil collectif. Il s'est tellement développé qu'il est un peu comme un vieux viaduc et craque de partout, laissa-t-il entendre. On doit en diminuer la taille, disait-il, parce qu'il «est devenu, dans beaucoup de cas, bien plus un obstacle, une complication, qu'une aide». Un État dont les systèmes sont tellement fatigués, avait-il martelé, qu'ils ne donnent pas leur pleine mesure.

Pris entre deux chaises, entre deux générations, Mario Dumont? Entre celle du cours classique, de son mentor qu'il a combattu, Robert Bourassa, et celle des «boomers» comme Pauline Marois, avec qui il s'est allié, en gardant ses distances, pour dire «oui», en 1995? Sans doute. Et confronté à la mission presque impossible de retrouver l'énergie des bâtisseurs tout en adoptant une attitude de super concierge technocratique qui entretient et colmate les fissures.

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Ce texte est un extrait remanié d'un dossier d'Antoine Robitaille qui vient de paraître dans la revue Notre-Dame (mars-avril 2009), sous le titre «Quel genre de gouvernement voulons-nous?».
23 commentaires
  • Lorraine Dubé - Inscrite 25 février 2009 04 h 47

    On oublie le premier fondateur de l'ADQ, monsieur Jean Allaire

    Vous écrivez: Mario Dumont aurait souhaité cette mobilisation», l'audace et l'énergie ayant caractérisée cette époque...sans reprendre les «vieux modèles», les «vieilles batailles».

    Le Québec ayant été autonomiste tout au lond de son histoire, qu'y a-t-il apporté de nouveau? On parle de l'arrivée de Mario Dumont à la tête de la formation politique en oubliant les raisons qui ont emmené Jean Allaire à former l'ADQ. Après plus de 30 ans au parti libéral, celui-ci ne voyait aucune autre alternative pour notre peuple que la souveraineté du Québec. J'ai assisté en juin 1996 à une conférence de monsieur Allaire et possède le résumé fort intéressant de son intervention en preuve de ce que j'avance.

    On connaît les limites du statut-quo. Le seul vrai changement serait non seulement d'en parler mais de faire la souveraineté. Monsieur Allaire ne voyait aucune autre solution. Donc, chamgement de cap avec Mario Dumont, bien qu'il ait appuyé le OUI en 1995.

  • Jean Dussault - Inscrit 25 février 2009 06 h 39

    Monté sur la swing, tombé sur la droppe!

    Une caractéristique de Dumont était son manque de rigueur lié à de vrais principes fondés. Donc il ne pouvait que surfer sur les causes du moment, en bon opportuniste qu'il sut être. Il ne pouvait que sombrer avec la mort de la vague.

  • Serge Charbonneau - Inscrit 25 février 2009 06 h 44

    Les pièges de l'analyse qui se prend au sérieux

    Le piège des analyses et des générations.

    Je me demande si la notion qu'on nous impose de plus en plus, cette notion de générations distinctes: Baby boomer, X, Y, W, Z, Millénaire... n'est pas un piège.

    On aime bien analyser. Parfois, j'ai l'impression qu'on "analyse" tellement qu'on en perd la réalité de vue et que l'on paralyse les choses, les gens, les générations, les notions, les courants politiques et même la pensée.
    Comme si tout devait suivre une règle, un carcan, une loi coulés dans le béton armé.

    La génération X est: ...
    La Y est: ...
    Etc.

    Peu importe de quelle génération nous sommes issus, nous vivons tous avec les mêmes moyens. Peu importe notre génération, internet est présent pour tous. Qu'on l'utilise ou non. On peut être né du temps où l'on achetait la glace pour notre glacière et où le laitier passait à cheval et être un "blogueur". On peut être né entre deux ordinateurs et n'avoir aucune idée de ce qu'est la programmation.

    Si les générations étaient si étanches et si cloîtrées, ce serait peine perdue de même tenter de se parler. «Désolé, nous ne sommes pas de la même génération!»

    J'ai des amis qui pourraient être mes parents (quoique de moins en moins, ils disparaissent les vieux!) et d'autres qui pourraient être mes petits-enfants. Je discute avec les uns et les autres de la même façon parce que nous vivons tous les mêmes choses quelque soit notre date de naissance.
    Bien sûr, le bagage de connaissance et d'expérience varie selon l'âge, cette réalité a toujours existé, bien avant que l'on commence à catégoriser les décennies de naissance.

    De tout "analyser" à travers des schèmes immobiles, des classements superficiels inventés, est, selon moi, un piège.
    Peu importe la génération, on peut voir la réalité de la même manière. Les valeurs humaines sont immuables. Le goût de la justice, de la liberté et de la vie sont des valeurs universelles et de toutes les générations.
    Les considérations catégorisant radicalement les générations sont un dangereux piège poussant aux conflits générationnels.

    À "focusser" sur nos différences on se ferme les yeux sur la réalité et sur nos problèmes communs. Qu'on soit né avant ou après, nous sommes tous dans le même bateau, nous subissons tous les mêmes tempêtes.

    On peut jeter le blâme sur les autres en se faisant croire que la tempête est due à une autre génération que la nôtre... mais quelle réaction puérile!
    Dans toutes les générations et de tous les temps, il y a eu des profiteurs, des mauvais dirigeants, des gens bien intentionnés et des gens pour qui mettre le pied dans la figure du voisin pour se hisser plus haut était une chose "normale".
    Je ne crois pas que l'ADQ était composé d'une génération, la X, celle de Dumont.
    Cette analyse tournant trop autour d'une catégorisation m'apparaît fausse. Parfois, le délire intellectuel se croit et se regarde briller le lustre de son vernis à ongles qu'il frotte en déblatérant de l'analyse clinquante.
    Ça me donne l'impression d'être le cas pour cet article.

    L'auteur peut être fier de sa compilation de ses liens et de ses solides (sic) théories, mais la réalité pouffe de rire à entendre un tel discours.

    Pour en revenir à Mario, il a tiré sa révérence et pour moi, c'est tant mieux.
    Malheureusement pour ses admirateurs, je ne ferai pas semblant de lui trouver des qualités, des excuses et de la profondeur.
    Je trouve toujours hypocrites ceux qui accourent pour dire du bien d'un macchabée qu'il détestait.


    Serge Charbonneau
    Québec

  • jacques noel - Inscrit 25 février 2009 07 h 59

    La nuisance Dumont

    Mario Dumont nous a détourné de l'éternelle dichotomie fédéralistes-de-droite vs souverainistes-de-gauche pour un débat plus normal gauche-droite, débat qu'on trouve dans toutes les démocraties. Le hic, le gros hic, c'est que ce débat se fait à partir de seulement la moitié de nos impots, l'autre moitié étant envoyée sans aucune discussion dans les poches du gars de Calgary qui contrôle tout, tout, tout.

    Comment tenir un véritable débat lorsqu'en plus les 3/4 de ce qui reste de la tarte va à la Santé et à l'Éducation?
    Dumont aura donc été une nuisance, voire une catastrophe qui a empêché notre peuple d'accéder à tous ses moyens. Après on fera un véritable débat gauche-droite avec le 100 milliards de nos taxes et impots. Pas juste avec le 50.

  • jean claude pomerleau - Inscrit 25 février 2009 08 h 15

    Mario est mort du manque culture d'etat,

    ADQ : Novembre, le mois des morts


    L'appui de l'électorat au parti de M Mario Dumont a décroché depuis Novembre 2007. Pourquoi, pour la même raisons qui a permis à Mme Pauline Marois de revenir à l'avant scène politique et au P.Q. de passer en avant de l'ADQ : La proposition de doter le Québec de sa propre Constitution.

    Plutôt que de saisir l'occasion de mettre en place un engagement important de son programme électoral (Constitution de l'État Autonome du Québec), et ; de régler ainsi le problème des accommodements raisonnables qu'il avait lui même agiter pour se faire du capital politique, Super Mario aura mis une semaine pour sortir du garde robe et venir dire NON à une chance historique de voir le Québec se doter enfin de sa propre constitution. C'est au moment ou il a fermer cette porte que Super Mario a perdue sa crédibilité de « premier ministrable ».

    Je doute qu'il le sache. Le problème avec M Mario Dumont c'est qu'il n'a aucune culture d'état et donc aucun centre de gravité politique (girouette). S'il avait eue un minimum de doctrine d'état il aurait immédiatement compris qu'un projet de constitution est un acte d'état d'envergure qui donne à celui qui le propose, et le mène à terme, une crédibilité d'homme d'état ; exactement ce qui lui manquait pour franchir la porte du pouvoir qui était pourtant à sa porté en Octobre 2007, un mois avant le mois des morts.

    ADQ : Novembre, le mois des morts.