Mario Dumont n'aura pas connu le pouvoir

À sa deuxième campagne électorale, en 1998, le jeune chef de l’Action démocratique, Mario Dumont, ne disposait toujours pas d’un autobus, comme ses adversaires. Les moyens de son parti étaient plus modestes.
Photo: Agence Reuters À sa deuxième campagne électorale, en 1998, le jeune chef de l’Action démocratique, Mario Dumont, ne disposait toujours pas d’un autobus, comme ses adversaires. Les moyens de son parti étaient plus modestes.

Il avait à peine 24 ans lorsqu'il a fait son entrée à l'Assemblée nationale. Hier, celui qui a longtemps été le seul député adéquiste a choisi de tirer sa révérence en toute discrétion. Mais Mario Dumont ne ferme pas la porte à un éventuel retour en politique, «parce qu'il ne faut pas dire "jamais"».

Lévis — Mario Dumont quittera la vie politique le 6 mars, tirant un trait sur une carrière marquée par des hauts et des bas qui ne lui a jamais permis de goûter le pouvoir. Malgré cet échec relatif, la passion n'est pas complètement éteinte. À seulement 38 ans, Mario Dumont juge plus prudent de ne pas fermer la porte à un éventuel retour.

«Il y a un sentiment d'échec de ne jamais avoir connu le pouvoir, c'est sûr. Mais en même temps, je pense avoir changé le débat politique au Québec et je pense avoir instauré une nouvelle voie politique», a dit M. Dumont, dans une entrevue accordée hier à La Presse canadienne.

Le chef démissionnaire de l'Action démocratique a annoncé sa décision d'abandonner son siège de député de Rivière-du-Loup dans une courte lettre transmise au président du parti, Mario Charpentier.

«Je vous annonce donc par la présente ma décision de mettre fin officiellement à mon mandat le 6 mars prochain. Je vous informe également de mon intention de remettre au président de l'Assemblée nationale ma démission à titre de député de Rivière-du-Loup le même jour», écrit M. Dumont.

Le fondateur de l'ADQ ne sera donc pas de la prochaine rentrée parlementaire et ne fera pas ses adieux en Chambre, comme le font généralement les politiciens qui tirent leur révérence.

Homme de terrain, peu enclin aux envolées lyriques grandiloquentes, M. Dumont préfère partir dans la discrétion.

«Les gens qui étaient contre moi depuis 14 ans vont me dire [en Chambre] que finalement j'étais bon en maudit? Non, c'est correct», a-t-il laissé tomber.

Mario Dumont n'a pas 40 ans, mais il a baigné plus de la moitié de sa vie dans le bain de la politique. D'abord militant au sein des jeunes libéraux, il a créé avec l'avocat Jean Allaire et un groupe de libéraux déçus l'Action démocratique, en 1994.

Le gringalet de 24 ans aux allures de premier de classe qui a fait son entrée à l'Assemblée nationale en 1994 s'est mué lentement en un homme aux tempes grisonnantes affichant l'assurance de la maturité.

Marié et père de trois enfants, M. Dumont a accepté un emploi dans le secteur privé dans la région de Montréal. Il est présentement à la recherche d'une résidence sur la Rive-Sud, où la famille, toujours à Cacouna dans le Bas-Saint-Laurent, s'installera avant la prochaine rentrée scolaire.

Parce qu'il voulait «sortir de la politique», Mario Dumont n'a pas donné suite aux appels du Parti conservateur du Canada, qui espérait le recruter pour accroître son assise au Québec.

«Je n'étais pas à la recherche d'une job politique», a-t-il expliqué.

Dans un horizon prévisible, M. Dumont entend rester loin de la politique pour se consacrer pleinement à sa nouvelle carrière. Mais il laisse quand même la porte entrouverte à un retour, dans plusieurs années.

«Je n'ai pas 40 ans. Est-ce que dans 20 ans, lorsque je serai un retraité de 58 ans, disponible, je voudrai réessayer? Je ne sais pas. [...] Je ne crois pas que je vais m'ennuyer de ça, mais je ne vais pas faire des déclarations tonitruantes en disant "jamais" parce qu'il ne faut pas dire "jamais"», a-t-il confié.