Québec veut-il vraiment ravoir sa colline ?

Québec — Craignant de faire le jeu du Bloc et du Parti québécois, le gouvernement Charest pourrait abandonner la demande, faite en 2006, de récupérer des terrains que l'État québécois loue au fédéral devant le Parlement, là où se trouvent les bronzes des Lévesque et Bourassa, entre autres personnalités.

Les ministres des Affaires intergouvernementales fédéral et québécois, Josée Verner et Jacques Dupuis, ont discuté de ce sujet, hier matin, lors d'une rencontre à Ottawa. C'est ce qu'a déclaré la ministre en Chambre, hier, en réponse à une question du Bloc québécois. La rencontre Dupuis-Verner n'avait pas été annoncée. «Nous avons discuté de plusieurs dossiers, dont ce dossier, et nous avons convenu d'en reparler plus tard», a soutenu Mme Verner, qui est aussi ministre responsable de la région de Québec.

Le Devoir a révélé samedi qu'en juillet 2006, le précédent ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, avait réclamé officiellement que le fédéral transfère la propriété d'un lot — parmi les quatre — lui appartenant devant le Parlement. Québec n'avait même pas reçu un accusé de réception, mais n'avait pas relancé le dossier non plus.

Dans l'entourage de M. Dupuis, on refusait hier de dire si Québec avait réitéré sa demande ou non. «Je ne peux pas vous dire qu'on a réclamé la rétrocession des terres. Je ne peux même pas vous dire cela», a déclaré l'attaché de presse de M. Dupuis, David Couturier. Ce dernier a souligné que la demande de transfert était «celle de M. Pelletier en 2006». «Le contexte a changé», a-t-on indiqué. On ne s'attendait pas à ce que ce dossier serve de munitions aux péquistes «à ce point-là», selon ce que l'on nous a confié.

En conseil national en fin de semaine à Québec, le Parti québécois a adopté une motion par laquelle il a réclamé que la propriété des terrains devant le Parlement soit transférée à l'État québécois. La motion mentionnait aussi les plaines d'Abraham.

À Ottawa, le Bloc québécois a transmis la demande, hier, lors de la période de questions. Le député de Longueuil-Pierre-Boucher, Jean Dorion, s'est indigné: «aucune nation au monde ne peut accepter qu'une partie du terrain occupé par son Assemblée nationale appartienne à une autre nation». Mme Verner a rétorqué que le Bloc était en retard: «La statue de René Lévesque a été installée sur les terrains fédéraux par le premier ministre péquiste Lucien Bouchard en 1999. Pourquoi ne se sont-ils pas levés à ce moment-là?»

De New York, l'attaché de presse de Stephen Harper, Dimitri Soudas, a raillé les requêtes du Bloc et du Parti québécois. «Pendant que M. Duceppe et Mme Marois se préoccupent d'être des agents immobiliers, nous on va se concentrer sur l'économie», a-t-il indiqué.



Précédent

Par ailleurs, le dossier des terrains fédéraux loués sur la colline était bien connu dans les années 70, mais «a été par la suite négligé» par les gouvernements successifs, raconte-t-on sur la colline à Québec. Lorsque le gouvernement Lévesque ressort la statue de Maurice Duplessis en 1977, il la place stratégiquement sur un terrain appartenant au Québec, sur le côté sud du Parlement, le long de la Grande-Allée, «précisément pour éviter qu'il se trouve en terrain fédéral!», raconte un historien.

Dans les années 70, un ministre libéral avait déjà essuyé un refus de la part du fédéral de transférer ces terrains à l'État québécois. Dans le livre L'Hôtel du Parlement, témoin de notre histoire (Publication du Québec, 1986) de Luc Noppen et Gaston Deschênes, on comprend que ce n'était pas la première fois.

En 1877, «assez curieusement», Ottawa, qui avait déjà vendu une petite portion du terrain entre les fortifications et le Parlement à un Skating club pour la construction d'une nouvelle patinoire, refuse toutefois de vendre les terrains à Québec, «invoquant des impératifs militaires». En 1881, «le gouvernement fédéral consent néanmoins à louer l'espace convoité [devant le Parlement], déjà divisé en deux par la percée du boulevard Dufferin», aujourd'hui Honoré-Mercier.

Joint à Québec, Gaston Deschênes précise que le petit lot (bien visible sur la carte annexée à la lettre de M. Pelletier: voir www.ledevoir.com/pdf/lettre_pelletier.pdf) a été acheté par Québec en 1888 du Skating Club, lequel l'avait lui-même acquis du fédéral. C'est, encore aujourd'hui, la seule parcelle de terrain dont Québec soit propriétaire dans le quadrilatère qui va du tracé de l'ancienne rue Saint-Eustache aux fortifications et de la Grande-Allée à la rue Dauphine. «C'est amusant, note M. Deschênes, la Couronne fédérale a déjà vendu du terrain "stratégique" pour un club de patinage, près des remparts. Pourquoi a-t-elle refusé de le faire pour le Parlement?»

Fait cocasse, c'est sur ce même lot, en novembre 2006, près du monument Garneau, que la Commission de la capitale nationale du Québec a installé un buste du Mahatma Gandhi. «Le père de la nation indienne et apôtre de la non-violence», comme on le présentait dans le communiqué, se trouve donc en terre québécoise, alors que les Lévesque, Bourassa, Mercier et Lafontaine, sont sur un terrain fédéral loué.
27 commentaires
  • Gertrude Deslauriers - Inscrit 24 février 2009 05 h 49

    des niaiseries, toujours des niaiseries

    Faut vraimente avoir du temps à perdre, autant en tant que politicien que journaliste, pour s'énerver au sujet de la propriété ou non d'un terrain où se situe une statue. Actuellement, la caisse de dépot subit une perte de 40 milliards. Les gens perdent leur emploi, les déficits s'accumulent et il faudrait qu'on se casse le coco à savoir si oui ou non, un lot de terre devrait être transféré ou non. Tout ceci vient dans la lignée de cet énervement, au sujet de la bataille des plaines qui semble avoir tant passionné les exaltés ainsi que ce journaliste. Faudrait peut-être que les voyous du Réseau de Résistence du Québec viennent encore à Québec avec leur drapeau pour manifester et même déchirer tout drapeau rouge et blanc. En passant, pour répondre à Michel David, porte étendard journalistique du mouvement séparatiste, concernant l'un de ses derniers crus au sujet du zoo de Québec, celui-ci est bel et bien fermé comme tout le monde le sait. Gracieuseté non pas des Libéraux du Québec, mais de cet autre exalté péquiste, Bernard Landry, qui avait refusé que tout drapeau canadien flotte à l'entrée du zoo en retour d'une aide fédérale pour la revitalisation de celui-ci. On a pas eu de drapeau, on a plus de zoo faute de fonds pour l'adminstrer. Comme on disait dans l'temps, "une autre réalisation du Gouvernement du Québec."

  • jacques noel - Inscrit 24 février 2009 07 h 14

    Nationalisons la capitale nationale

    L'an passé, la p'tite Michaelle et le grand con...sort avaient ouvert leur bungalow de la Citadelle au bas-peuple. Entouré d'édifices militaires, le bungalow ne paie pas vraiment de mine. Sa décoration intérieure est quelconque, voire sans goût, les meubles et tableaux sont de mauvais goût à la canadian, mais la terrasse à l'arrière du bungalow, la terrasse... WOW. De loin, la plus belle vue à Québec. La vue donne sur le fleuve juste en bas, les Chutes au loin à gauche et l'Ile à Félix juste en face. ÉPOUSTOUFFLANT. A vous jeter à terre. Cette journée là, de penser que la plus belle vue à Québec était pour l'Haitienne, représentante de la couronne britannique, et le grand con...sort qui a trahi les souverainistes, m'avait laissé un arrière-gout de colère, d'humiliation, moi dont la famille vit ici depuis 1618, depuis Louis Hébert, mon premier ancêtre.

    Toujours est-il que la controverse autour du 400e et de la bataille des Plaines met l'histoire de Québec au premier plan. On y découvre ce qu'on savait vaguement mais qu'on n'avait jamais mesuré, que 40% de la capitale nationale est entre les mains des Anglais. Même la colline parlementaire ! Même la Statue du Père Fondateur est sur leur territoire. Samedi, de nombreux papiers dans Le Devoir nous rappellaient à quel point on est colinisés.

    De la terrasse Dufferin au Collège Merici, à travers la Citadelle et les Plaines, sur plus de 5 km, les plus beaux terrains de Québec appartiennent aux Anglais. Voilà un sujet en or pour repartir le mouvement souverainiste à Québec et au Québec. C'est là qu'on va voir si nos 101 députés souverainistes servent à quelque chose.

    Dans un premier temps, le maire de Québec doit demander de tout rapatrier à la Commission de la Capitale nationale. Labaume a été attaché politique du PQ pendant 5 ans, ca ne devrait pas le faire mourir

    Ensuite, le PQ et QS doivent présenter une motion à l'Assemblée nationale. On s'attend à ce que Charest, qui travaille son flanc nationaliste, va embarquer.

    Derrière étape Ottawa, où là c'est au tour du Bloc de jouer. Ottawa vient de dépenser des millions pour agrandir la réserve des Hurons. Il a dépensé des millions pour agrandir la réserve d'Oka, Il a dépensé des centaines de millions pour acheter des terrains aux Indiens. La remise des terrains fédéraux à Québec ne lui coutera rien.

    On va voir si nos 101 députés souverainistes servent à quelque chose.

  • Alain Cossette - Inscrit 24 février 2009 07 h 54

    Y a-t'il dans le monde une situation comparable à celle du Québec

    Amusant à certains égards de constater que la statue de René Lévesque, ce (selon plusieurs fédéralistes) pourfendeur du fédéraliste soit sur un terrain fédéral. Mais sérieusement, existe-t'il une nation dans le monde qui loue le terrain sur lequel est érigé son parlement d'une nation voisine. Le minimum que le Canada doive faire est de vendre ce dit terrain au gouvernement du Québec pour une somme symbolique de $1.00. Autrement, nous devrons considérer que le Canada tient à maintenir sa présence égémonique jusque devant le parlement du Québec. Les ontariens accepteraient-ils une telle situation. Poser la question c'est y répondre, NON

  • Brun Bernard - Inscrit 24 février 2009 08 h 09

    C'est plus jolie...

    ...une belle poitrine qu'une colline tout de même. On pourrrait faire comme cette fameuse photo de la guerre du pacifique où on voit les soldats s'évertuer à planter le drapeau americano...Sueur et larmes, sang et vie humaines...Le drapeau comme linceul victorieux sur la colline...Ou une autre idée, offrir des cartons aux enfants pour la glissade.

  • André Michaud - Inscrit 24 février 2009 08 h 36

    Québec est dans le Canada de toute façon...!!

    Quoi qu'il arrive, le terrain reste ici à Québec, et le terrain est DANS le Canada, pas dans un autre pays...!!!! Encore du chialage inutile qui ne donnera aucun droit de plus aux individus, et aucun dollar de plus dans nos poches...

    Mettons nos énergies sur de VRAIS problèmes; santé, éducation... Décidément au Québec il y a baucoup de faux débats tout à fait stériles...Mettons plutôt nos énergies à améliorer les services publics au lieu de faire de l'idéologie..