Entrevue avec le ministre Pierre Arcand - Le Québec doit se mettre en mode solution aux États-Unis

Pierre Arcand, ministre des Relations internationales du Québec
Photo: Pierre Arcand, ministre des Relations internationales du Québec

Washington — Après sa première visite à New York et à Washington, Pierre Arcand, le ministre des Relations internationales, affirme que le Québec est bien placé pour avancer ses intérêts aux États-Unis.

«Nous avons une belle chance d'améliorer notre influence aux États-Unis», déclare Pierre Arcand dans un entretien de fond exclusif accordé au Devoir à l'issue de sa visite. Le ministre tire «un bilan très positif», non seulement de sa visite, mais aussi de celle de Barack Obama à Ottawa.

«L'administration Obama n'a fermé la porte à rien», estime Pierre Arcand qui se dit «vraiment rassuré» sur la question de la clause protectionniste insérée dans le plan de relance de l'économie américaine, parce que «M. Obama a souligné que son gouvernement va respecter ses obligations internationales».

Rassuré, le ministre l'est aussi sur le point de savoir si l'hydroélectricité bénéficiera du plan de relance au titre des investissements dans les sources d'énergie renouvelables. «La question d'Hydro-Québec a été abordée, et le président Obama n'a pas fermé la porte à sa reconnaissance par le gouvernement fédéral comme source renouvelable d'énergie», explique-t-il.

Pierre Arcand ajoute qu'au forum de l'Association des gouverneurs à Washington, ses discussions avec le gouverneur du Vermont, Jim Douglas, et celui de l'État de New York, David Patterson, ont montré que «ces États ont des plans d'ici 2015 qui visent au moins 40 % d'énergie renouvelable et comptent l'hydroélectricité dans les énergies renouvelables».

Retombées de la récession

Pierre Arcand est cependant préoccupé par les retombées de la récession américaine sur le Québec. «Ce qui est inquiétant, c'est que l'économie américaine vit des moments extrêmement pénibles et que le Québec ne peut que s'en ressentir si nos entreprises n'ont pas de bons de commande, car 75 % de nos exportations vont vers les États-Unis», dit-il. De sa conversation avec Marisa Lago, présidente de l'agence de développement économique de l'État de New York, il retient d'ailleurs que «les banques et autres institutions financières sont frileuses» et qu'il est «trop tôt pour dire si le plan de relance va marcher».

Mais Pierre Arcand voit dans le plan de relance «une opportunité pour le Québec parce que les États vont reconstruire leurs infrastructures et donner un électrochoc à leur économie». «Tôt ou tard, du moment que nous sommes compétitifs, on va certainement décrocher des contrats», affirme-t-il.

Le ministre est surtout optimiste pour la coopération avec les États du Nord-Est. «Ils ont besoin du Québec et veulent transiger plus encore avec nous», indique-t-il. Le ministre discerne d'autres perspectives dans le Sud-Est. «C'est là qu'il y a la plus grande possibilité de croissance, entre les Carolines, la Géorgie et la Virginie», précise-t-il.

Le ministre révèle même que le Sud-Est sera l'un des axes de la nouvelle stratégie que le Québec adoptera dans ses relations avec les États-Unis. «Le Sud-Est va être particulièrement important dans ma stratégie, car le Québec peut aller y chercher une plus grande part de marché».

L'un des objectifs de la visite du ministre était en effet de peaufiner le prochain plan d'action international du Québec, celui pour 2006-2009 se terminant le 31 mars. À cet égard, Pierre Arcand publiera le nouveau plan d'action «dans les prochaines semaines».

«L'une des grandes lignes en sera que le Québec est là pour apporter des solutions aux Américains, pas seulement pour leur vendre quelque chose, mais pour les aider», déclare Pierre Arcand. Il souligne que Roberta Jacobson, responsable de l'ALENA, du Mexique et du Canada au ministère américain des Affaires étrangères, lui a dit que «le Québec a des chances d'améliorer sa position s'il est en mode solution par rapport aux problèmes américains».

Selon M. Arcand, ce «mode solution» se déclinera dans différents domaines: énergie, environnement, sécurité frontalière, échanges culturels. Le ministre, qui effectuera une seconde visite à Washington «en avril ou début mai», révèle aussi que le Québec songe à élargir sa représentation aux États-Unis. Actuellement, le Québec a six délégations, à Washington, à New York, à Los Angeles, à Chicago, à Boston et à Atlanta. Il pourrait en ouvrir d'autres, notamment à Charlotte, en Caroline du Nord.

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Collaboratrice du Devoir

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