Les travailleuses domestiques veulent être couvertes par la CSST comme les autres travailleurs

Au cours d’une conférence de presse donnée hier dans Côte-des-Neiges, en plein coeur d’un quartier d’immigrants, des représentantes des travailleuses domestiques ont demandé d’être enfin automatiquement couvertes par la CSST en cas de malad
Photo: Jacques Nadeau Au cours d’une conférence de presse donnée hier dans Côte-des-Neiges, en plein coeur d’un quartier d’immigrants, des représentantes des travailleuses domestiques ont demandé d’être enfin automatiquement couvertes par la CSST en cas de malad

Après trois ans d'attente et de demandes répétées d'une rencontre avec le ministre du Travail du Québec, la Coalition menant la lutte pour que les travailleuses domestiques bénéficient d'une couverture automatique de la Commission de la santé et sécurité du travail (CSST) en cas de maladie ou d'accident au travail revient encore une fois à la charge, en ajoutant quelques arguments de poids dans sa cause.

Interpellant directement l'actuel ministre du Travail, David Whissell, la Coalition le somme «d'arrêter de se défiler et de mettre immédiatement fin à la discrimination que subissent les travailleuses et travailleurs domestiques au Québec». Cette accusation grave de discrimination s'appuie sur un avis diffusé en décembre dernier par la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, à la suite d'une demande en ce sens qui lui avait été présentée par la coalition. Selon cet avis, l'exclusion des travailleuses domestiques de la définition de «travailleur» de la Loi sur les accidents de travail et les maladies professionnelles est triplement discriminatoire, en ce sens que ces personnes sont écartées de la protection de cette loi pour des raisons de sexe, de condition sociale et d'origine ethnique.

La Commission considère que, lors de l'adoption de cette loi, les législateurs ont consciemment écarté les travailleuses domestiques de la notion de travail, en faisant alors valoir qu'elles jouaient «un rôle naturel» dévolu aux femmes et qu'en conséquence leurs activités domestiques ne constituaient pas un véritable travail. Ce faisant, poursuit la Commission, le législateur contribue à perpétuer des stéréotypes et des préjugés liés au rôle traditionnel des femmes, donc à permettre cette discrimination fondée sur le sexe.

En outre, les domestiques exécutent un travail qui est généralement sous-rémunéré et dont les compétences requises sont sous-évaluées. Les conditions de travail sont minimales et l'accès à la syndicalisation, quasi nul. Ces divers éléments contribuent à associer ces travailleuses à un groupe «socialement identifiable principalement par leur travail».

Enfin, la discrimination selon l'origine ethnique ne s'applique pas à tous les travailleurs domestiques, mais un très grand nombre de ces personnes proviennent de l'étranger, en particulier des Philippines, et près des deux tiers de l'effectif des agences privées de services d'aide à domicile sont composés de personnes de race noire.

Un nouveau portrait

Par ailleurs, un sondage mené par la professeure Jill Hanley de l'Université McGill auprès de 150 travailleuses domestiques à Montréal a permis de dégager un portrait nouveau de cette catégorie d'employées: «Nous voyons une situation mitigée pour des travailleurs. Plusieurs jouissent de conditions de travail, de santé et sécurité décentes, mais il y a un nombre significatif qui n'a pas ces conditions. Malheureusement, les facteurs d'immigration et le fait de travailler dans des maisons privées rendent excessivement difficiles pour ceux qui se trouvent dans ces mauvaises conditions d'avoir des recours.»

Selon ce sondage, les points les plus importants qui ressortent sont les suivants: le travail domestique est en grande partie celui des femmes immigrantes; les travailleurs domestiques doivent non seulement soutenir leur famille au Canada, mais aussi celle qui est restée dans le pays d'origine; les jours de congé et de maladie sont problématiques; l'accès à la protection gouvernementale est difficile, voire exclu; le travail domestique présente des risques de santé et de sécurité, et l'accès aux services de santé est difficile.

Selon des statistiques de 2001, il y avait au Québec 25 000 travailleurs domestiques, dont 87 % étaient des femmes et 80 % des immigrants, et parmi ceux-ci 80 % étaient venus des Philippines. Pourquoi autant de Philippines? Il y a dans ce pays, dit-on, une politique qui favorise l'exportation de la main-d'oeuvre dans les régions développées en vue de récupérer des devises fortes, c'est-à-dire l'argent que ces immigrants envoient dans leur famille.

Dans une conférence de presse donnée hier dans Côte-des-Neiges, en plein coeur d'un quartier d'immigrants, Valérie Lavigne, porte-parole de la Coalition, a déclaré que «le ministre Whissell devait réviser sa position s'il ne veut pas porter l'odieux de faire perdurer une situation discriminatoire et dangereuse».

La Coalition regroupe quatre organisations, soit le Centre des travailleurs immigrants, l'Association des aides familiales du Québec, l'Union des travailleurs accidentés de Montréal et l'Association des travailleurs philippins. La Coalition reçoit aussi l'appui de 80 organisations communautaires, populaires, féministes et syndicales.
1 commentaire
  • Michel Samson - Inscrit 23 février 2009 12 h 19

    Comment expliquer...

    ...la différence en pourcentage qui sépare le nombre de cas de supposées blessures au travail des aides domestiques étrangères par rapport aux aides d'origine québécoises ? Dans le premier cas, 24% rapportent des blessures alors que dans le second, seulement 10% le font. Les aides québécoises travaillent mieux ? Elles sont mieux formées ? Elles sont plus fortes et plus en forme ? Elles cachent mieux leurs blessures ?

    Je ne sais pas , mais inclure ce type de blessures dans les barêmes de la CSST devrait se faire seulement après avoir bien étudié la question, et que cela soit fait en toute objectivité, loin du discours à consonnance idéologique.