Conseil national du Parti québécois - Marois prête à débattre de hausses de tarifs, mais après la crise

Pauline Marois et les militants péquistes ont adopté hier une proposition stipulant que le PQ «reste solidaire des organisations indépendantistes qui oeuvrent pacifiquement à la promotion du Québec».
Photo: Pauline Marois et les militants péquistes ont adopté hier une proposition stipulant que le PQ «reste solidaire des organisations indépendantistes qui oeuvrent pacifiquement à la promotion du Québec».

Au conseil national du Parti québécois, deux universitaires sont venus défendre l'idée de hausser les tarifs ainsi que la taxe de vente. Le débat devra se faire, mais après la crise, croit Pauline Marois.

Québec — Une fois la crise économique passée, les Québécois devront envisager que certains tarifs, comme ceux de l'électricité, soient revus à la hausse, a prévenu hier la chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois.

«Ces débats-là doivent se faire, et je suis prête à les faire», a indiqué Pauline Marois, dans un point de presse qui clôturait le conseil national du PQ. «Si, en bout de piste, nous arrivons à augmenter la richesse collective, nous devons le faire.»

Sous l'impulsion du député de Rousseau, François Legault, le PQ avait invité l'économiste Nicolas Marceau, de l'UQAM, et le politologue Stéphane Paquin, de l'Université de Sherbrooke, à faire des présentations sur les moyens que peut prendre le Québec pour sortir de la crise et augmenter sa productivité. Les deux universitaires proposent de réformer en profondeur la fiscalité en diminuant les charges des entreprises ainsi que l'impôt des particuliers tout en augmentant la taxe de vente et les tarifs, à commencer par les tarifs d'électricité.

La chef péquiste préconise un gel de tous les tarifs fixés par les sociétés d'État et les agences gouvernementales pendant la récession actuelle. «Après ça, dans une situation plus normale ou normalisée, on peut discuter des tarifs où ils s'appliquent, quelle est leur prévisibilité», a fait valoir Mme Marois. On pourrait ainsi empêcher la surconsommation, soutiennent les économistes. «Je crois que le raisonnement a du bon sens», juge Mme Marois.

Le gouvernement devra prévoir des «mesures compensatoires» afin d'éviter que les personnes à faibles revenus ne s'appauvrissent, a insisté la chef péquiste. En outre, certains tarifs sont intouchables, a-t-elle affirmé. C'est le cas des tarifs des services de garde. «Une place dans un service de garde, c'est aussi important qu'une place à l'école», a-t-elle fait valoir.

Rappelons que, l'an dernier, Mme Marois avait réservé un bon accueil au rapport Montmarquette-Facal qui recommandait de relever les tarifs. Ce rapport fut prestement «tabletté» par la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, qui l'avait pourtant commandé.

Dans son exposé, Stéphane Paquin a décrit le modèle nordique ou scandinave, tel qu'il a été revu après avoir connu la déroute au début des années 90. Le Danemark, par exemple, a fait baisser son taux de chômage qui est passé de 9,6 % en 1993 à 3,5 % en appliquant un modèle basé sur des charges minimales pour les entreprises — il n'y a pas de salaire minimum, et les cotisations imposées aux employeurs sont faibles —, des prestations d'assurance-emploi très généreuses mais liées à l'obligation de participer à des activités de formation et à une taxe de vente — une taxe sur la valeur ajoutée (TVA) — très élevée. Or, il est très difficile pour un politicien d'augmenter les taxes de vente, a reconnu M. Paquin. «Bonne chance !», a-t-il lancé à Mme Marois.

Une enquête sur la Caisse?

Aux yeux de Pauline Marois, il est fort possible que la tenue d'une commission parlementaire ne soit pas suffisante pour faire toute la lumière sur les mauvais placements à la Caisse de dépôt et placement du Québec. Une enquête de la part du Vérificateur général est peut-être nécessaire, comme l'a proposé Yves Michaud, croit-elle, d'autant plus qu'il y a eu une certaine «contamination» des papiers commerciaux adossés à des actifs (PCAA) au sein de plusieurs organismes gouvernementaux et sociétés d'État.

Un appel au pacifisme

L'affaire soulevée par Patrick Bourgeois, du Réseau de résistance du Québécois (RRQ), et le journal Le Québécois a fait l'objet d'une proposition, hier, alors que Pauline Marois maintenait sa position d'interdire au parti ou à ses députés d'acheter de la publicité dans cette feuille indépendantiste.

Hier, Marc Laviolette, du SPQ Libre, continuait de soutenir que Patrick Bourgeois n'avait pas fait d'appel à la violence. La chef de cabinet de Mme Marois, Nicole Stafford, lui a donné une copie de l'article du Journal de Québec où M. Bourgeois s'en prend à la «radio-poubelle» qui sévirait à Québec. «Je ne sais pas comment on va régler [le problème] à part que de leur péter la gueule. On ne peut quand même pas mettre le feu dans les radios, mais si quelqu'un le fait un jour, moi j'vas applaudir», a dit M. Bourgeois tel qu'il a été cité par le quotidien.

Dans la proposition adoptée par les militants péquistes, il est stipulé que le PQ «reste solidaire des organisations indépendantistes qui oeuvrent pacifiquement à la promotion du Québec». Mme Marois estime que ça disqualifie le RRQ. Or, pour la militante qui a présenté la proposition, Mireille Mercier-Roy, candidate défaite dans Beauce-Nord à la dernière élection, le journal Le Québécois fait partie de ces «organisations pacifistes». Dans un communiqué signé par M. Bourgeois, le RRQ, qui se qualifie de «non violent», s'est dit «heureux» de l'adoption de cette proposition.

Alors que la chef péquiste mettait au ban les jeunes indépendantistes du RRQ, le nouveau président du PQ, Jonathan Valois, proposait d'accentuer la présence sur le Web du parti en publiant son propre blogue. «Peut-être que je vais me retrouver dans des discussions qui vont déraper [...], mais au moins les gens auront discuté», a-t-il livré au Devoir. De son côté, l'ex-député de Mercier, Daniel Turp, élu président de la Commission politique du PQ, a proposé la tenue d'une «convention sur l'indépendance nationale du Québec» à laquelle seraient conviés les indépendantistes de toute mouvance, une idée que Pauline Marois trouve «très intéressante».

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