Québec se voit largué au profit de l'Ontario

Monique Jérôme-Forget
Photo: Agence Reuters Monique Jérôme-Forget

Québec — Le gouvernement Harper serait bien mal avisé de larguer le Québec pour favoriser l'Ontario, comme le dernier budget Flaherty le laisse paraître, estime la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.

«S'il a largué le Québec, c'est bien dommage pour lui également parce qu'il sera dans une élection prochainement, et vous comprendrez qu'il aura peut-être besoin des comtés qu'il a au Québec», a prévenu Monique Jérôme-Forget en commentant le dernier budget Flaherty.

On peut «lire» dans certaines mesures contenues dans ce budget que les conservateurs jugent que l'Ontario, plutôt que le Québec, peut leur fournir la majorité qu'ils convoitent, a soutenu Mme Jérôme-Forget. «Ils ont encore des députés, ici, au Québec, a-t-elle toutefois souligné. Je crois que ce serait faire preuve de myopie de leur part que d'exclure le Québec dans leur raisonnement. Ce pays inclut le Québec.»

La ministre des Finances ne s'est toutefois pas montrée totalement négative à l'égard du budget fédéral. «C'est un budget où il y a des bons volets, et il y a des volets qui sont extrêmement négatifs.» Parmi les aspects positifs, elle a relevé que le Québec recevra quelque 300 millions de dollars de plus en assurance-emploi et pour la formation de la main-d'oeuvre. En outre, la Banque de développement du Canada (BDC) et Exportation et développement Canada (EDC) disposeront de cinq milliards de plus pour soutenir le secteur manufacturier. Les investissements supplémentaires dans les infrastructures et le programme de rénovation — deux avenues que le Québec privilégie déjà — trouvent évidemment grâce à ces yeux.

La péréquation

Mais Mme Jérôme-Forget ne cessera pas de fustiger Ottawa pour les changements qu'il apporte à la péréquation, «un geste très autoritaire», a-t-elle dit. Selon les calculs contenus dans le budget Flaherty, le Québec perdra l'équivalent d'un milliard de dollars en péréquation dès 2009-2010. Le Québec aurait reçu environ 9,35 milliards si la formule de péréquation en vigueur depuis 18 mois était appliquée alors qu'il ne récoltera plus que 8,36 milliards, selon le ministre fédéral des Finances.

Mais Mme Jérôme-Forget conteste les chiffres avancés par Jim Flaherty.

Elle a rappelé que le baril de pétrole ne se transige plus à 150 $US le baril mais bien à 44 $US. Elle ne peut croire que l'Ontario risque de devenir une province qui aurait droit à la péréquation, comme l'a déjà affirmé le fédéral. «Ces prémisses-là sont fausses», a-t-elle déclaré.

Ainsi, selon les évaluations du ministère québécois des Finances, le Québec ne perdrait que 75 millions en péréquation en 2009-10. En revanche, il écoperait l'année suivante, la nouvelle formule retranchant 695 millions aux versements destinés au Québec.

Si la réduction de la péréquation est le pire élément de ce budget, Monique Jérôme-Forget a aussi noté que le fédéral a diminué de 83 millions le Transfert social canadien. De plus, Québec veut obtenir le même traitement pour les dividendes d'Hydro-Québec que ceux d'Hydro One, la société d'État ontarienne, dans le calcul de la péréquation, ce qui représente une somme substantielle de 250 millions.

Enfin, Monique Jérôme-Forget a reconnu que les chiffres qu'elle a présentés pour l'année prochaine dans son énoncé économique, il y a à peine deux semaines, ne tiennent plus. Un déficit n'est plus exclu, dans son prochain budget. La ministre des Finances a souligné que M. Flaherty avait révisé à la baisse les prévisions de croissance pour le Canada, qui sont passées d'une croissance de 0,6 % à un recul de 1,2 %. «Il est clair que je vais devoir mettre mes chiffres à jour», a-t-elle indiqué. «Il est clair que le Québec va être grandement affecté.»

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