Entrevue avec la ministre de la Culture et des Communications - St-Pierre réclame d'Ottawa qu'il remette leur dû aux artistes

Christine St-Pierre
Photo: Jacques Nadeau Christine St-Pierre

Le gouvernement fédéral doit absolument injecter de l'argent dans le secteur culturel pour compenser les compressions imposées cet automne, estime la ministre de la Culture et des Communications, Christine St-Pierre. Mais celle-ci refuse de s'engager à agir si Ottawa laisse en plan le secteur des tournées à l'étranger.

«Je m'attends [pour le budget fédéral] à ce qu'avec tous les signaux envoyés depuis plusieurs mois, le fédéral réalise et confirme l'importance des tournées à l'international et qu'il aide les artistes» en ce sens, a affirmé Mme St-Pierre lors d'une longue entrevue accordée au Devoir jeudi.

La ministre, qui entame un deuxième mandat à son poste, aimerait «qu'à tout le moins, on puisse récupérer l'équivalent des sommes que nos artistes» ont perdues. «Je veux qu'ils soient satisfaits et qu'ils puissent continuer à évoluer à l'international.»

Mme St-Pierre a eu un premier contact jugé «cordial» avec le nouveau ministre du Patrimoine canadien, James Moore, lundi. «Ça a replacé les liens», dit-elle. Elle a qualifié la rencontre de «bonne» et d'encourageante pour les relations futures, mais M. Moore «n'a pas pris d'engagements».

N'empêche, Christine St-Pierre affirme être «très confiante, très optimiste» à la veille du dépôt d'un budget attendu comme rarement par le milieu culturel. «Je mets beaucoup d'espoir sur ce budget», dit-elle.

Mais questionnée à savoir ce que Québec pourrait faire si Ottawa reste sur ses positions, Mme St-Pierre refuse de s'avancer. Le gouvernement Charest pourrait-il compenser les pertes que subiront les compagnies québécoises si les budgets de certains programmes coupés ne sont pas rétablis d'une manière ou d'une autre? Si elle reconnaît que les «deux gouvernements ont des responsabilités» envers les artistes, la ministre affirme qu'il n'est pas question de payer plus.

«Chaque fois qu'on me pose la question, je réponds: je vais aller le chercher où, l'argent? Chez les malades? Dans les écoles? Chez les aînés? On a augmenté de notre côté le budget du Conseil des arts et des lettres... On va donc attendre le budget [fédéral] et on regardera les hypothèses ensuite.»

TVQ

Concernant la principale promesse des libéraux en matière de culture faite lors de la dernière campagne — l'abolition de la TVQ sur les produits culturels québécois —, Mme St-Pierre promet que ce sera une réalité d'ici la fin du mandat de son parti.

Quand exactement? La ministre n'a pas voulu dire si le prochain budget provincial comprendra cette mesure, qui coûtera environ 50 millions au gouvernement.

«C'est toujours à l'ordre du jour, mais c'est une mesure qui se traite dans les budgets. Ils [l'équipe de Monique Jérôme-Forget] travaillent sur le budget. Mais je peux être assurée de la volonté de remplir cet engagement», dit-elle.

Interrogée sur les pressions qu'elle-même peut faire pour s'assurer que ce prochain budget soit satisfaisant pour son ministère, Mme St-Pierre répond «être comme tout le monde: je veux que mes engagements soient remplis le plus rapidement possible... Mais je suis sûre que les gens qui préparent le budget regardent cette question [de la TVQ] .»

Le problème consistant à savoir comment appliquer cette mesure demeure aussi ouvert: Mme St-Pierre reconnaît les difficultés inhérentes à l'identification d'un produit «québécois» (par exemple: un album de Céline Dion produit par une compagnie américaine), mais croit qu'il y a «plusieurs secteurs où la question ne se posera pas longtemps».

Souveraineté

Autre élément qui a été mis de l'avant par le gouvernement libéral — cette fois lors de la campagne fédérale —, la question de la souveraineté culturelle demeure aussi au programme, selon la ministre St-Pierre. Et cela même si les libéraux n'en ont pas parlé lors de la campagne provinciale, alors que le Parti québécois en a fait un cheval de bataille constitutionnel.

Selon Christine St-Pierre, le gouvernement Charest mettra en place des équipes de négociation et demandera des rencontres avec le fédéral. Objectif: trouver une entente permettant au Québec de gérer les programmes et les budgets relatifs à la culture. Pas question, toutefois, de rouvrir la Constitution.

«On pense qu'on est capables d'aller chercher une entente avec Ottawa, dit Mme St-Pierre. On en a fait dans le passé pour la main d'oeuvre, les congés parentaux et la santé.»

Mais ici encore, la ministre ne veut pas établir d'attentes précises. En avril 2008,

Mme St-Pierre et son collègue des Affaires intergouvernementales avaient envoyé à Ottawa une lettre demandant le rapatriement des fonds culturels. Près de 10 mois plus tard, le fédéral n'a même pas accusé réception de l'envoi.

En campagne électorale, la chef du Parti québécois, Pauline Marois, avait indiqué être prête à aller jusqu'à l'organisation d'un référendum si Ottawa ne répondait pas positivement à sa demande de souveraineté culturelle. Christine St-Pierre dit de son côté qu'il «faut attendre de voir ce qui va arriver avec les pourparlers. Je ne suis pas encore rendue là [aux conséquences].»

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