Réduction du temps d'attente - Le ministre de la Santé n'a pas les ambitions de son directeur des urgences

Yves Bolduc
Photo: Jacques Nadeau Yves Bolduc

Québec - Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Yves Bolduc, refuse de s'engager à éliminer les séjours de 48 heures ou plus dans les urgences, un objectif pourtant clairement énoncé dans le plan stratégique 2005-2010 de son ministère.

Au cours d'un point de presse hier, Yves Bolduc a réduit à un simple «désir» la volonté exprimée mercredi par le directeur national des urgences, le Dr Pierre Savard, d'en finir d'ici un an avec les attentes de 48 heures ou plus sur des civières à l'urgence. Qualifiant l'objectif formulé par le Dr Savard de «très ambitieux», Yves Bolduc estime que «fort probablement, ce n'est pas un objectif atteignable». Alors qu'en 2003 le chef libéral Jean Charest promettait d'éliminer les délais d'attente dans le réseau de la santé dès son accession au pouvoir, Yves Bolduc croit pour sa part qu'«il y a eu trop de promesses dans le passé, trop d'engagements de tous les partis».

«Yves Bolduc ne vous promettra rien», a affirmé le ministre, ce qui n'est pas sans contraster avec son prédécesseur, Philippe Couillard. «En tant que médecin, j'ai compris depuis longtemps qu'on ne pouvait promettre à un patient de le guérir mais qu'on pouvait lui promettre, par contre, de faire tout en notre pouvoir pour y arriver», a souligné le Dr Bolduc.

Les deux partis d'opposition se sont étonnés, hier, que le ministre n'ait pas participé à la rencontre de presse où le Dr Savard et le Dr Michel Bureau, le directeur général des affaires médicales et universitaires du MSSS, ont exposé les objectifs du ministère en matière de délais aux urgences, la part grandissante des chirurgies de la cataracte que les cliniques privées assumeront et la réduction de l'attente en radiologie. M. Bolduc a expliqué qu'il s'agissait d'un briefing technique où le ministre n'a pas sa place «parce que c'est des informations objectives qui doivent être données».

Le ministre a également contredit le Dr Bureau qui, selon La Presse, a affirmé que certains types d'opérations, comme les chirurgies des cataractes, tendront à disparaître des hôpitaux pour être effectués presque exclusivement dans les cliniques médicales spécialisées (CMS) du secteur privé. «Il n'est pas question de transférer un grand volume de cataractes dans des cliniques privées», a soutenu M. Bolduc. Le ministre a cependant cité deux projets de cliniques privées qui entendent faire des chirurgies de la cataracte payées par le régime public, le premier dans les Laurentides, et le deuxième aux abords du nouveau Centre hospitalier de l'Université de Montréal (CHUM).

À l'heure actuelle, l'attente moyenne dans les urgences au Québec est passée de 16,5 heures en 2007 à 16,7 heures en 2008, une situation «similaire», selon M. Bolduc. Le nombre de patients qui attendent plus de 48 heures dans les urgences est passé de 25 000 à 27 000, de 5,5 % à 6 % du total, depuis 2003.

Selon le porte-parole de l'opposition officielle en matière de santé, Bernard Drainville, le gouvernement n'a pas fait la démonstration qu'il était moins cher de faire les chirurgies de la cataracte dans les cliniques privées plutôt que dans les unités spécialisées à grand volume du réseau public. Le porte-parole adéquiste, Éric Caire, croit pour sa part que la direction nationale des urgences, créée l'an dernier, sert de «paravent» au ministre. À ses yeux, le gouvernement souffre «d'engagite aiguë», en promettant des résultats qu'il ne livre pas.

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