L'épuration des eaux usées reste un projet inachevé

En 2007, au Québec, les villes ont déversé dans les cours d'eau et notamment au fleuve à 45 178 reprises des eaux usées non traitées parce que leurs égouts débordaient littéralement, faute de bassins de rétention de capacité suffisante.

De plus, et malgré l'efficacité de sa gigantesque usine d'épuration, Montréal rejette toujours chaque jour au Saint-Laurent 1,3 tonne de phosphore, ce qui équivaut à 16 % de la charge totale de cet élément chimique qui favorise l'eutrophisation des cours d'eau et l'apparition des algues bleu-vert.

Ces chiffres indiquent, selon une étude conjointe publiée hier par trois groupes environnementaux — Eau Secours, Great Lakes United et l'Union Saint-Laurent-Grands Lacs — que l'épuration des eaux usées n'est pas terminée au Québec, notamment parce que la plupart des usines municipales n'ont pas réglé le problème des surverses ni celui des rejets de plusieurs industries branchées sur les réseaux d'égouts municipaux.

Et selon Martine Ouellet, la présidente d'Eau Secours, à ce problème, il faut en ajouter un autre, qualifié «d'inquiétant et qu'il faudra examiner à fond», soit la multiplication dans les nouveaux quartiers «d'égouts séparés» qui laissent filer sans épuration au fleuve tous les toxiques émis chaque jour par les milieux urbains. Le gouvernement québécois et les villes choisissent cette méthode polluante plutôt que d'investir dans des équipements d'épuration capable de traiter ce lixiviat de la vie urbaine.

Certes, reconnaît le bilan environnemental des trois groupes, la première phase de l'assainissement du Saint-Laurent a amélioré la situation. Quelque 7 milliards y ont été investis en 20 ans dans les égouts et les usines d'épuration. Mais, en plusieurs endroits et faute d'une surveillance serrée, on connaît des problèmes de raccordements croisés, qui font aboutir des eaux usées domestiques directement aux cours d'eau, sans traitement.

Aujourd'hui, 55 % des eaux usées du Québec sont traitées dans des stations physicochimiques, mais souvent sans traitement secondaire, ce qui impose au fleuve de consacrer une importante partie de son oxygène pour digérer ces apports. De plus, l'absence de désinfection des eaux usées dans la plupart des usines d'épuration constitue une autre source importante de contamination du fleuve, ce à quoi la méga-usine de Montréal entend remédier d'ici quelques années.

D'autre part, des surverses d'eaux usées non traitées se produisent régulièrement quand des eaux de pluies remplissent les égouts à pleine capacité.

Au Québec, l'essentiel des surverses surviennent en temps de pluie. L'étude a recensé 27 137 débordements en période de pluie, soit 59 % des 45 178 surverses déclarées par les villes au ministère des Affaires municipales et des régions en 2007. Mais, souligne l'étude, 20 villes sont responsables de surverses systématiques en temps normal, ce qui est contraire aux exigences de l'Environnement à cause de la trop faible capacité de leurs équipements.

Les trois groupes préconisent une réduction substantielle de la consommation d'eau pour réduire les surverses, la construction de bassins de rétention, une gestion plus serrée du ruissellement urbain et des rejets industriels, une meilleure gestion des déchets dangereux domestiques qui aboutissent souvent au lavabo ou à la toilette, ainsi que l'utilisation de produits biodégradables et moins nocifs pour les écosystèmes aquatiques.

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