Bilan des dernières élections - Les militants de l'ADQ ont du mal à s'expliquer leurs résultats désastreux

Le chef de l’ADQ, Mario Dumont
Photo: Clément Allard Le chef de l’ADQ, Mario Dumont

Drummondville — Le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, juge qu'au-delà du triste sort qu'a connu son parti lors des élections du 8 décembre, c'est la santé même de la démocratie au Québec qui a été mise à mal.

Quelque 150 députés, candidats défaits et organisateurs adéquistes ont procédé samedi à un bilan des élections du 8 décembre dernier sans parvenir à élucider les causes précises du désastre qui ne leur a laissé que sept élus à l'Assemblée nationale.

«Qu'est-ce qu'on doit comprendre de ce qui s'est passé dans l'esprit de 700 000 adéquistes qui ne sont pas représentés aux urnes [et qui] sont simplement restés chez eux?», s'est demandé le chef de l'Action démocratique du Québec, Mario Dumont, dans une allocution qui a clôturé cette journée de réflexion tenue à huis clos pour l'essentiel.

Cette question, c'est l'ensemble du peuple québécois qui devra y répondre, a soutenu Mario Dumont. Aux États-Unis, on s'est beaucoup interrogé sur la faible participation aux élections à la présidence jusqu'à ce que surviennent l'ascension puis l'élection de Barack Obama, a-t-il rappelé. «Le peuple québécois va aussi devoir faire collectivement le post-mortem de cette campagne, a dit M. Dumont. C'est la santé démocratique du Québec qui a été secouée le 8 décembre.»

Si la réponse est que le chef libéral, Jean Charest, a déclenché une élection «tellement pas nécessaire, tellement pas souhaitée» qu'elle a engendré cette réaction de l'électorat, «il y a un lourd poids de responsabilité qui vient avec ça», a fait valoir M. Dumont.

Aux dernières élections, l'ADQ a obtenu 530 000 voix, soit 700 000 de moins qu'en 2007, tandis que le Parti libéral du Québec ne récoltait que 50 000 votes de plus et le Parti québécois, 15 000. Le taux de participation des électeurs a chuté de 70 % à 57 %. Les adéquistes en déduisent que ce sont leurs sympathisants qui ont boudé ce scrutin.

Question de temps

Aucun des adéquistes présents n'a remis en cause, du moins publiquement, le programme du parti. «Nous estimons que nos idées sont bonnes, que nos idées sont essentielles pour l'avenir du Québec», a souligné Gérard Deltell, député de Chauveau, le seul nouvel élu adéquiste. Tout au plus faut-il mieux les expliquer à la population, mieux faire passer le message.

Certes, Mario Dumont a reconnu que l'inexpérience de ses troupes en 2007 a nui au parti. «Il fallait à la fois apprendre et performer; c'est une position qui était très difficile.»

Dans la même optique, Gérard Deltell estime que les 41 députés adéquistes élus en 2007 ont manqué de temps. «Le principal handicap de la cohorte de 2007, ç'a été le temps, juge-t-il. Bien là, notre principal atout, nous de la cohorte de 2008, c'est le temps. On a quatre ans devant nous. Donc, il ne faut pas brûler les étapes, il faut être patient.»

Les adéquistes ne se précipiteront pas pour choisir leur nouveau chef. Son élection pourrait ne survenir qu'en 2010. D'ici à quelques semaines, quelques mois tout au plus, Mario Dumont aura tiré sa révérence. Il a d'ailleurs confié que son emploi du temps, en bonne partie, visait maintenant à préparer son avenir personnel. On doit donc s'attendre à ce que le parti désigne un chef intérimaire.

Lors de la prochaine réunion de l'exécutif de l'ADQ, Me Marc-André Gravel présentera ses recommandations visant la course à la succession de Mario Dumont. La date de cette réunion n'est pas encore fixée. Jusqu'ici, aucun des prétendants possibles au sein de la députation, que ce soit Éric Caire ou François Bonnardel, n'a confirmé qu'il serait ou non de la course. Gérard Deltell a réitéré hier qu'il ne se porterait pas candidat. À ses yeux, l'occasion est belle pour prouver que l'ADQ n'est pas le parti d'un seul homme.

Rappelons que la direction de l'ADQ a été remaniée: Mario Charpentier a remplacé Tom Pentefountas à la présidence, et le jeune Simon-Pierre Diamond, élu en 2007 et défait en 2008, a remplacé Jean-Simon Venne à titre de directeur général.
3 commentaires
  • Sophie Maheu - Abonné 19 janvier 2009 07 h 01

    Un exercice essentiel mais rarement réussi

    Pas facile de faire un bilan lorsque une partie importante des causes d'un échec nous revient. Cela demande de faire preuve de lucidité et surtout de courage.Bien peu de gens possèdent ces deux qualités.Le PQ pour sa part, s'est toujours refusé d'avouer y compris à lui-même pourquoi il s'était fait battre en 2003. S'en est-il seulement rendu compte ?Je n'ai pas souvenance en effet que ce parti ait creusé beaucoup du côté de l'arrogance qu'il manifestait de plus en plus au pouvoir. La direction et la députation péquistes ont-ils seulement réalisé combien s'était élargi le fossé entre eux et les citoyens dans l'exercice de gouverner. En clair, ce gouvernement n'écoutait plus que lui-même. L'ADQ et le PQ risquent fort de reproduire les mêmes erreurs advenant un retour du balancier. Remarquez que Jean Charest et son sempiternel prétendu problème de communication ne fait pas mieux.

  • Jean Maxime - Inscrit 19 janvier 2009 07 h 53

    De bonnes idées, il y en a à profusion

    Le fait est qu'il ne suffit pas d'avoir de bonnes idées, on doit être en mesure de les correctionnaliser (les rendre opérantes). L'ADQ embrasse tellement large, qu'elle a probablement semblé [aux yeux des électeurs...] incapable de les mener à terme ou leur sont tout simplement inacceptable. (privatisation d'Hydro-Québec)

    Désolé M. Dumont, les Québécois-e-s ne veulent pas d'un parti qui manque de focus. En politique, le focus n'est pas quelque chose que l'on peut acquérir avec le temps, c'est qui permet de survivre au quotidien.

  • Jacques Gagnon - Inscrit 19 janvier 2009 16 h 33

    Incroyable !

    Ils ne se voient pas aller ces pauvres adékystes. Leurs idées sont impeccables, leur organisation sans faille, à part l'inexpérience, pas de problèmes. Ils ont bien fait quelques erreurs, mais en gros, il faut blâmer le peuple de ne pas être allé voter.

    Il faut croire et cela tendrait à prouver que, lorsqu'on est poche, on ne s'en rend pas toujours compte.

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