Le ministre de la Santé se défend de revenir au duplessisme

Devant répondre de ses récents gestes et déclarations laissant entendre qu'il valait mieux avoir des amis députés libéraux pour attirer plus de médecins et améliorer les soins dans son secteur, le ministre de la Santé Yves Bolduc s'est défendu de vouloir introduire le duplessisme en santé.

Hier, Le Devoir révélait que le ministre avait invalidé la décision de son comité-conseil qui s'opposait à des demandes de dérogations faite par le Département régional de médecine générale de Montréal pour finalement autoriser l'embauche de trois omnipraticiens à l'hôpital LaSalle. Un peu plus tôt cette semaine, le ministre avait incité les électeurs de Ville-Marie à voter pour un candidat libéral afin de faire avancer les dossiers en santé dans la région du Témiscamingue.

«Je suis vraiment quelqu'un qui est là pour défendre intérêt de chacun des établissements et comtés, et c'est indépendant du côté politique», a-t-il affirmé.

Le chef de l'ADQ, Mario Dumont, a profité de l'occasion pour lancer hier de nouvelles salves contre Jean Charest. «Ce qui est plus grave dans ce cas-ci, et ce n'est plus l'affaire d'un ministre, c'est lorsque la partisanerie politique vient jouer jusque dans l'accès des gens aux soins de santé. Et ça, ça relève du premier ministre», a-t-il dit.

Interrogé à l'émission matinale de Paul Arcand sur son ingérence pour favoriser l'embauche de trois médecins à l'hôpital LaSalle, Yves Bolduc a réitéré que c'était le droit du ministre de le faire. «Il faut se répartir les médecins entre toutes les régions, mais il faut être capable comme ministre d'agir et de prendre une décision pour protéger les soins à la population.» Il s'est défendu d'avoir favorisé la circonscription de la députée libérale Monique Jérôme-Forget au détriment des régions. «Le CSSS Lachine-LaSalle a défusionné les deux établissements et il a fallu revoir leurs plans d'effectifs et rapidement consolider celui de LaSalle pour éviter des ruptures de services», a-t-il dit. «Dans n'importe quel autre comté on aurait agi de la même façon, parce que c'est une situation exceptionnelle», a-t-il insisté.

Régions

N'empêche, son geste a fait l'envie des régions en manque de médecins. En Abitibi-Témiscamingue, où il reste 7 postes d'omnipraticiens à pourvoir en plus de ceux des spécialistes, on s'est dit surpris par ce geste de faveur. «Ça m'étonne. Ce n'est pas une pratique commune», a soutenu Élisabeth Larouche, adjointe au directeur des affaires médicales de l'Agence de santé et des services sociaux de l'Abitibi-Témiscamingue. Les postes sont généralement pourvus et répartis selon les Plans régionaux d'effectifs médicaux, communément appelé les PREM, d'après un comité formé des fonctionnaires du ministère et de membres de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. «On ne favorise pas [les dérogations]. Toutes les régions ont demandé clairement à ce que le ministre soit strict sur les PREM. Parce que si on commence à faire ça, à moins que ça ne soit justifié, ça ouvre la porte à plusieurs établissements. Pourquoi favoriser une région plutôt qu'une autre?»

Un point de vue qui trouve écho également en Mauricie. «À La Tuque, la ville la plus près est à 140 kilomètres. Mais à Montréal c'est plus facile de traverser le pont pour aller voir un médecin», a souligné pour sa part Luc Grégoire, conseiller aux affaires médicales de l'Agence de santé et des services sociaux de la Mauricie. «Nous, ici, on privilégie la gestion à travers les PREM», a-t-il poursuivi.

Selon la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec, il manque à la province l'équivalent à temps plein de 760 médecins omnipraticiens, alors qu'elle en compte 8193, soit un déficit de 9,3 %. Ce déficit serait de 18 % en Outaouais, de 1 % à Québec et de 11 % à Montréal.

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Avec la collaboration de Guillaume Bourgault-Côté

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