Le premier ministre veut bien consulter libéraux et néo-démocrates, mais pas les bloquistes - Les trois chefs solidaires du Bloc

Saguenay — Déplorant que «l'instabilité» demeure à Ottawa après la prorogation du parlement, Jean Charest a enjoint les conservateurs de Stephen Harper à respecter le Bloc québécois, à adopter un plan face à la crise et un budget qui «répond aux besoins et aux intérêts du Québec». Pour Pauline Marois, par ses gestes, cette semaine, le chef conservateur a «largué le Québec». Mario Dumont s'est en revanche montré relativement satisfait de ce temps d'arrêt qui, espère-t-il, assainira l'atmosphère à Ottawa.

Jean Charest a souligné hier au crayon gras que les troupes de Stephen Harper étaient mal placées pour mépriser le Bloc, comme ils l'ont fait ces derniers jours, car à plusieurs moments cette formation politique «a été un partenaire du gouvernement fédéral» conservateur, notamment pour ses budgets 2006 et 2007.

«Tous les Québécois méritent le respect», a fait valoir le chef libéral. Selon lui, il faut «respecter le choix exprimé par l'électorat et par les Québécois lors des dernières élections générales» pancanadiennes. «S'ils ont choisi d'élire les députés du Bloc québécois, il faut respecter ce choix, et chaque député à la Chambre des communes a voix au chapitre et a donc le droit de s'exprimer.»

Sortant de sa réserve des jours précédents au sujet de l'énoncé économique du gouvernement Harper, M. Charest a soutenu qu'il était «essentiel que le gouvernement fédéral, comme les autres gouvernements dans le monde, travaille sur un plan de soutien à l'économie qui va être énergique».

Pour M. Charest, ce plan devrait comprendre entre autres des «investissements majeurs dans les infrastructures et une aide aux entreprises». Le chef libéral a aussi plaidé pour que le budget fédéral qui sera déposé le 27 janvier réponde «aux besoins et aux intérêts du Québec», notamment les chômeurs et les aînés. «Ça nous prend un budget qui tient compte de la réalité de tous ces Québécois. Un tel plan donc va arriver, nous l'espérons», a-t-il soutenu, lisant une déclaration écrite face au Cercle de presse du Saguenay, hier en début d'après-midi, à Chicoutimi.

Le Québec largué

Pour Pauline Marois, le mal est fait : le premier ministre Stephen Harper a coupé les ponts qu'il tentait d'établir avec la nation québécoise. «M. Harper a littéralement largué le Québec», a déclaré Pauline Marois au cours d'un point de presse à Saint-Jean-sur-Richelieu. Elle estime que l'énoncé «politique et dogmatique» du gouvernement Harper qui a mis le feu aux poudres était «carrément une vengeance à l'égard du Québec». Elle a accusé Stephen Harper d'avoir voulu régler ses comptes avec le Québec. «Le Québec s'est levé debout pour lui dire: c'est inacceptable, ce que vous faites», a dit Mme Marois, qui a déploré que Jean Charest, de son côté, soit «resté à genoux». «Le message qu'il [M. Harper] envoie aux Québécois est celui d'un rejet [...]. Et c'est vrai qu'il avait tenté de construire des ponts, mais c'étaient des ponts artificiels», comme cette reconnaissance de la nation québécoise qui «ne veut rien dire», a-t-elle insisté. Cette crise politique alimentée par l'attitude de M. Harper pourrait toutefois favoriser la sortie du vote péquiste lundi, croit Mme Marois. «Si cette crise a comme impact de réveiller les souverainistes qui s'étaient un peu assoupis, je dis tant mieux.»

Selon la chef péquiste, la crise met en lumière le fait qu'il existe deux nations au Canada. «Les intérêts des uns et des autres s'opposent parfois. Et dans le cas présent, ils se sont opposés très clairement», a-t-elle fait observer. En ce qui concerne les chances que la coalition formée par le Parti libéral du Canada et le Nouveau Parti démocratique survive à la prorogation, Pauline Marois n'a pas voulu se commettre. «Je ne suis pas devin. Je ne lis dans les boules de cristal. S'il y a une chose que je sais, c'est que le Bloc québécois, lui, va se tenir debout.»

Que Charest paie, dit Dumont

Mario Dumont s'est montré relativement satisfait du dénouement temporaire de la crise. «C'était la seule chose qui devait arriver. Il n'y a plus rien de bon qui pouvait se faire à Ottawa avec une telle atmosphère.» Le chef de l'ADQ a dit souhaiter que les députés se fassent «ramener à l'ordre» par leurs électeurs durant les Fêtes, et qu'ils reviennent «dans une atmosphère un peu plus saine». «Le vrai message, les députés ne vont pas le passer, ils vont le recevoir.» À propos de la montée de «Quebec bashing» entendue ces derniers jours, M. Dumont estime que le ton de l'intervention du premier ministre Harper était de nature à calmer le jeu, hier. «Mais il doit continuer à traiter tous les partis d'opposition sur un pied d'égalité», a-t-il dit en faisant référence au Bloc québécois. «Des manifestations contre une coalition saugrenue ne doivent pas se transformer en manifestation contre le Québec, a-t-il ajouté. M. Harper est le premier responsable d'un appel au calme là-dessus.» Il estime néanmoins que le Canada a vécu des moments de «confusion» davantage que de «tension». Mario Dumont espère par ailleurs profiter des effets indirects des problèmes ayant animé la scène fédérale cette semaine. «On sous-estime le lien qu'il y a entre ce qui s'est passé à Ottawa [et la tenue des élections au Québec]: la soif de pouvoir», a-t-il dit lors d'une entrevue dans une station de radio de Québec.

«Les Québécois ont pu voir deux dérapages, a ajouté M. Dumont en point de presse. Jean Charest qui déclenche des élections dont personne ne veut, qui n'a jamais écouté personne, et le Parlement fédéral qui a dérapé en n'écoutant personne. Lundi, les électeurs auront l'occasion de s'exprimer [là-dessus] et de passer un message» aux politiciens, croit-il. Ainsi, si les gens en ont «assez de ce genre de comportement», ils doivent punir M. Charest. Et comme Pauline Marois a signé un pacte avec le diable constitutionnel (Stéphane Dion), la seule solution sera de voter ADQ. «On fait le pari que les électeurs qui sont nationalistes vont préférer voter pour un parti autonomiste» que d'encourager le couple Marois-Dion, a indiqué M. Dumont.

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