Crise parlementaire à Ottawa - Harper divise les gens

Québec — Le discours à la nation du premier ministre Stephen Harper relève d'une «rhétorique qui divise les gens», a dit Jean Charest hier soir, ajoutant que «ce n'est pas ce dont le Québec a besoin». Pour Pauline Marois, «les masques sont tombés», y voyant «la fin d'un certain fédéralisme d'ouverture». Quant à Mario Dumont, il s'est dit déçu par tout le monde et estime que le «parlement avait touché le fond du baril».

Après un rassemblement de 200 militants dans Beauce-Nord hier soir, le chef libéral Jean Charest a soutenu que le discours du premier ministre canadien avait renforcé ses «convictions qu'en politique, il faut respecter le choix qui a été exprimé démocratiquement par tous les citoyens incluant tous les Québécois». Il a enjoint tout le monde à Ottawa à se concentrer sur l'économie.

La chef du Parti québécois Pauline Marois a pour sa part affirmé la déclaration de Stephen Harper s'est accompagnée «d'une sorte de Quebec bashing», a déploré Mme Marois. «Peu importe les points de vue des gens, nous vivons dans une démocratie et nous devons être respectueux les uns les autres», a-t-elle dit. Selon le chef péquiste, Stephen Harper aurait dû «tendre la main», essayer de trouver «une voie de solution». Il a plutôt choisi de réitérer ce qu'il avait déjà dit au moment de son énoncé budgétaire qui était «davantage un énoncé politique et dogmatique», juge-t-elle. «Et si nous nous retrouvons aujourd'hui dans une crise, c'est parce que lui-même l'a provoquée.»

Charest défend le Bloc

Plus tôt dans la journée, Jean Charest avait rompu avec son mutisme des derniers jours sur la crise à Ottawa, et s'était avoué préoccupé par le «sentiment de Quebec bashing qu'on retrouve dans le reste du Canada», un «piège» dans lequel «des gens sont tombés» ces derniers jours. Du même souffle, il avait défendu la légitimité du Bloc québécois à Ottawa.

Le chef libéral a qualifié le sentiment de Québec bashing de «complètement inutile» dans un contexte où «on a un enjeu économique majeur». Il a intimé ceux qui s'y adonnent de se concentrer sur l'économie et d'«arrêter de faire des procès d'intention». «Ça ne donne rien», a-t-il soutenu. Puis, il a défendu la légitimité du Bloc québécois en soulignant le fait que «la démocratie a parlé le 14 octobre». Selon lui, les quelque 1,4 millions d'électeurs québécois qui ont voté pour le Bloc ont droit au respect, comme tous les autres électeurs, «peu importe leur origine, peu importe le parti qu'il représente. Ils ont le droit de s'exprimer». Après tout, a-t-il souligné, la présence de souverainistes au parlement fédéral n'est pas sans précédent: «En 1867, [...] les députés de la Nouvelle-Écosse élus à la Chambre des communes étaient tous, sans exception, envoyés à Ottawa pour séparer la Nouvelle-Écosse du Canada!» Il a déclaré : «Je vis dans une société où les gens peuvent être fédéralistes ou souverainistes, mais se respectent, et la même chose devrait être vraie dans le parlement fédéral. On n'a pas à faire de procès d'intention de quiconque parce qu'il défend une position ou l'autre.»

Plus tôt, le chef libéral avait réitéré sa position des derniers jours selon laquelle le gouvernement du Québec n'a pas à se prononcer pour ou contre la formation d'une coalition. «On n'a pas à faire des choix», a-t-il dit.

Dumont déçu

Après avoir supporté les conservateurs ces derniers jours en demandant notamment à Gilles Duceppe de «renier sa signature», Mario Dumont s'est montré très déçu de la tournure des événements hier soir.

«Ce qui est arrivé est assez malheureux pour l'ensemble de la population, a-t-il dit devant l'Assemblée nationale. Les chefs avaient convoqué les gens devant leur téléviseur pour leur dire quoi? Qu'ils n'ont rien compris, qu'ils n'ont pas saisi que la population veut que ce cirque cesse.»

M. Dumont a écorché Stephen Harper. «Il n'y a pas eu d'ouverture de la part du premier ministre. Pas de reconnaissance d'erreurs commises, pas de corridor de dialogue ouvert.» Mais il a aussi souligné que personne n'avait fait preuve d'ouverture. «On a vu les chefs s'enfoncer les uns après les autres dans des positions qui ne mènent nulle part», estime-t-il.

Le chef de l'ADQ juge que le discours de M. Harper n'a pas permis d'apaiser les esprits. «Il n'y a pas eu d'appel à l'égalité de tous les députés», a-t-il dénoncé en faisant référence aux attaques de M. Harper contre les souverainistes qui, selon M. Harper, ne peuvent pas collaborer à la coalition. «C'est une chose de constater les accointances improbables, c'en est une autre de traiter inégalement les députés.»

Et maintenant? Mario Dumont souhaite que la session parlementaire soit prorogée. «La situation est assez grave et déplorable, les esprits sont devenus tellement malsains. Le mieux qui pourrait arriver serait que tout ce monde sorte du Parlement et s
Il espère que les «esprits pourront se refroidir pendant le temps des Fêtes» et que les partis reviendront «avec un peu plus de lumière après s'être fait taper sur les doigts par la population».

Plus tôt dans la journée, M. Dumont avait dénoncé le silence de Jean Charest dans cette crise, en plus de souligner que l'intervention de Jacques Parizeau dans le débat démontrait la «faiblesse» de Pauline Marois.

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