Le chef libéral ne répond plus aux questions portant sur son intégrité

Le chef libéral, Jean Charest, n’a pas l’intention de commenter l’oeuvre de l’un de ses plus fidèles détracteurs, Patrick Bourgeois.
Photo: Jacques Nadeau Le chef libéral, Jean Charest, n’a pas l’intention de commenter l’oeuvre de l’un de ses plus fidèles détracteurs, Patrick Bourgeois.

Semblant confiant dans son succès lundi prochain, Jean Charest ne veut plus répondre aux questions, même lorsqu'elles portent sur son intégrité.

Il a refusé, hier, pour une seconde fois en une semaine, de dire ce qu'il entendait faire à la suite de la publication de l'ouvrage du militant indépendantiste Patrick Bourgeois, La Nébuleuse, voyage au coeur des relations non recommandables de Jean Charest. Dans ce livre au ton pamphlétaire, presque haineux à l'endroit de M. Charest, M. Bourgeois reprend des questions au sujet d'un pont d'or que la haute finance fédéraliste aurait fait à l'ancien chef conservateur pour le convaincre de passer en politique provinciale et pour lui «lier les mains» à ses intérêts.

Mise en demeure

Or, lorsque M. Bourgeois avait posé les mêmes questions dans son journal Le Québécois en 2005, soutenant qu'il n'avait pas les moyens de son train de vie, Jean Charest l'avait mis en demeure de se rétracter sans quoi il le traînerait devant les tribunaux. Un journaliste et un pupitreur du Journal de Sherbrooke qui avaient repris les questions de M. Bourgeois avaient également été mis en demeure. Quebecor les avait congédiés. M. Charest n'a toutefois jamais mis à exécution sa menace de poursuivre M. Bourgeois.

Depuis une semaine, M. Charest soutient qu'il n'a «pas lu le livre» et qu'il n'y voit pas une question pertinente pour le vote du 8 décembre. Lorsqu'on lui fait remarquer que M. Bourgeois remet en question son intégrité dans l'ouvrage, M. Charest prend une attitude résignée: «Je sais et il l'a fait dans le passé et il va continuer à le faire. Il ne changera pas», laissant entendre que, cette fois, il laisserait dire. De toute façon, a-t-il indiqué, d'ici au 8 décembre, il veut «consacrer toutes ses énergies» à convaincre «les Québécois de donner un mandat» à son gouvernement. Par la suite? «Ça devient une question très hypothétique», a-t-il répondu.

Dans son livre, M. Bourgeois tente de faire un lien entre le prétendu «pont d'or» et le salaire annuel de 75 000 $ que le PLQ a versé à M. Charest depuis 1998 sans le faire savoir publiquement.

Réforme parlementaire

L'existence de ce salaire, révélée en mars 2008 par TVA, avait accéléré, à l'Assemblée nationale, une réflexion sur le dévoilement, par les élus, de toutes leurs sources de revenus. Le Québec est la seule province au Canada où les élus n'ont pas à faire une telle déclaration. Depuis ce moment, les trois partis d'opposition ont travaillé sur une Réforme parlementaire globale qui comprendrait un code d'éthique imposant une telle déclaration. Avant le déclenchement des élections, «les partis s'entendaient à 95 %», a indiqué une source bien au fait du dossier, mais certains craignent que le projet de réforme parlementaire ne soit abandonné après le 8 décembre, surtout si le gouvernement devient majoritaire. Joint hier, le jurisconsulte Claude Bisson estime que les élus «ne peuvent reculer dans ce domaine-là», «compte tenu du chemin qui a été fait» depuis quelques mois. Le jurisconsulte a actuellement pour fonction de fournir à tout député qui en fait la demande «un avis écrit et motivé sur la conformité d'une situation éventuelle de ce député avec les dispositions concernant les incompatibilités de fonctions et les conflits d'intérêts prévus dans la Loi sur l'Assemblée nationale». Si l'actuel projet de réforme parlementaire était adopté, il deviendrait une sorte de commissaire à l'éthique.

Lorsqu'il est devenu chef de l'opposition à l'automne 1998 (l'élection avait eu lieu le 30 novembre), lors de sa toute première conférence de presse (le 15 décembre), Jean Charest avait mentionné que le PLQ lui avait payé un salaire depuis son arrivée à la tête de la formation politique (en mai 1998), mais avait laissé entendre qu'une fois élu, il ne le recevrait plus.

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