Les élections québécoises dans l'ombre de la crise canadienne

Alors que l'inattendu scénario qui se dessine à Ottawa fait craindre le pire à Mario Dumont, Pauline Marois s'est réjouie hier de savoir que l'accession probable de Stéphane Dion à la tête du pays rapportera un milliard au Québec. Jean Charest, quant à lui, est resté discret quant aux soubresauts spectaculaires qui agitent la capitale.

Pauline Marois s'est montrée particulièrement satisfaite que l'entente intervenue entre les trois partis à Ottawa rende caduc l'énoncé économique du gouvernement Harper, abolissant ainsi des changements à la formule de péréquation qui privait le Québec d'un milliard de dollars.

Mais la chef du Parti québécois a dû s'expliquer sur le fait que, grâce à l'appui du Bloc québécois, Stéphane Dion, le père de la Loi sur la clarté, devienne premier ministre jusqu'en mai. «Le Bloc québécois a agi de façon pragmatique et responsable. On ne va quand même pas sacrifier un milliard de dollars parce que Dion va être là pendant cinq mois. Il y a quand même un bout», a-t-elle soutenu au cours d'un point de presse en début de soirée à Saint-Charles-Borromée.

«En rejetant l'énoncé économique du gouvernement Harper, le Bloc québécois a fait plus en quelques jours que Jean Charest en six ans», a fait valoir Mme Marois qui, tout au long de la journée, avait déploré le mutisme du chef libéral devant Ottawa.

Mario Dumont pense toutefois exactement le contraire. S'exprimant devant des militants à Saint-Lin-Laurentides en soirée, il a carrément demandé au Bloc québécois de renier sa signature.

«Le Bloc avait le pouvoir de faire plier Stephen Harper, a-t-il dit. Au lieu de ça, il se retrouve à couronner Stéphane Dion.»

M. Dumont juge que les Québécois n'ont pas voté pour que le Bloc s'allie à une coalition «de partis centralisateurs dirigée par l'auteur de la Loi sur la clarté référendaire».

Après avoir refusé ces derniers jours de commenter la situation qui sévit à Ottawa, Mario Dumont a plongé tête première dans la crise hier après-midi.

Au terme d'un rassemblement militant organisé à Louiseville, M. Dumont s'est livré à un plaidoyer en faveur du maintien au pouvoir du gouvernement conservateur, au nom des intérêts du Québec.

Un cirque

M. Dumont, dont les accointances avec les conservateurs sont connues, a demandé au premier ministre Harper «d'arrêter ce cirque». «Il faut qu'il change son discours et qu'il écoute clairement les partis d'opposition», a-t-il souhaité. Stephen Harper doit «comprendre qu'il est minoritaire», estime M. Dumont.

Mais le chef adéquiste en a surtout contre l'attitude du Bloc québécois. Selon lui, le parti de Gilles Duceppe trahira son mandat s'il participe à la coalition dirigée par Stéphane Dion. Mario Dumont associe ce dernier à Pierre Elliott Trudeau et Jean Chrétien en matière de relations fédérales-provinciales.

«Si la résultante, c'est 30 mois d'un gouvernement centralisateur dans son approche [...], il y a quelqu'un qui a oublié en chemin l'intérêt supérieur du Québec. Comme nationaliste, je sens le besoin d'un rappel à l'ordre.»

M. Dumont pense que les élus du Bloc seront menottés s'ils participent à la coalition. «Ils ne seront ni dans le gouvernement ni dans l'opposition. Ils vont créer une nouvelle catégorie qui va s'appeler les "limbes politiques". [...] Ils n'auront ni le droit de parler ni celui d'agir [ou de critiquer]», croit-il.

Rappelant la formule de Jacques Parizeau («s'autopeluredebananiser»), le chef de l'ADQ évalue que les élus bloquistes sont en train de «s'autobackbencheuriser» en se plaçant dans la situation d'appuyer un gouvernement sans en faire partie. Les back-bencher désignent les parlementaires d'arrière-banc, ceux que l'on n'entend jamais.

Charest discret...

De son côté, Jean Charest souhaite que la crise à Ottawa s'achève «le plus rapidement possible». Il veut que le Québec ait devant lui «un gouvernement qui a un agenda économique», a-t-il spécifié, tout en refusant de commenter de façon plus détaillée la situation au fédéral. En après-midi, dans la circonscription d'Huntington, il soutenu que les événements se bousculaient trop à Ottawa pour les commenter.

... et prudent

Pour le reste, le chef libéral s'est montré extrêmement prudent. Il a répété ce qu'il avait dit vendredi: la crise à Ottawa est la preuve que «crise économique et crise politique ne font pas bon ménage». À une question sur les raisons qui l'amenaient à ne pas se prononcer sur ce sujet, il s'est réfugié dans la formule: «Vous m'amenez dans l'analyse de ce qui est en train de se passer au gouvernement fédéral. Moi, je n'en suis vraiment pas là. J'en suis à la défense des intérêts du Québec comme premier ministre pour tous les Québécois.»

À ses yeux, il n'y a que lui qui défend les intérêts du Québec sans avoir les mains liées à un parti fédéral: Pauline Marois ayant à ses yeux admis qu'elle avait les mains «liées par» le Bloc, et Mario Dumont, par le Parti conservateur.

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