Kathleen Weil dans Notre-Dame-de-Grâce - Demain matin, un ministère l'attend...

Kathleen Weil est une étoile montante du PLQ. Jean Charest a tenté aux deux élections précédentes de la convaincre de faire le saut en politique.
Photo: Jacques Nadeau Kathleen Weil est une étoile montante du PLQ. Jean Charest a tenté aux deux élections précédentes de la convaincre de faire le saut en politique.

Alors, on dit à l'allemande comme dans Kurt Weill, ou à la française comme dans Simone Weil? «À la française, répond à la néopoliticienne montréalaise Kathleen Weil. Ou encore à l'anglaise, mais pas à l'allemande. En fait, ce n'est pas très important. Dites comme vous voulez...»

Ach so, vaille que vaille, what's in a name? Franchement, si un bon génie, un savant sain ou même un organisateur politique — enfin, on se comprend —, esquissait la recrue idéale d'un parti, tous paliers confondus, le canevas théorique ressemblerait fort probablement à la vraie de vraie Kathleen Weil, candidate libérale dans la circonscription Notre-Dame-de-Grâce.

Fille de bonne famille, diplômée du collège Marie-de-France et de McGill, parfaitement bilingue, elle s'active charitablement depuis plusieurs années, notamment comme présidente et directrice générale de la Fondation du Grand Montréal. L'organisme communautaire qui recueille des fonds et les redistribue dans tous les secteurs, la santé, l'éducation et la culture. Pour ne rien gâter, comme le remarquait récemment un chroniqueur de The Gazette, la dame au patronyme passe-partout a du charme à revendre.

«Mon père répétait toujours qu'il fallait donner quand on avait reçu, dit encore Mme Weil. Il disait aussi qu'il faut aider les autres pour se sentir bien soi-même. J'ai retenu la leçon, comme tout le monde dans ma famille.»

Justice sociale

Le père en question, médecin américain, a quitté sa Caroline du Nord dans les années 1930 parce qu'il n'en pouvait plus des discriminations. À Montréal, il a pratiqué en hôpital tout en multipliant les interventions auprès des démunis. Sa mère admirait Norman Bethune, le docteur rouge, mort auprès des révolutionnaire chinois, et elle a largement contribué à l'érection à Montréal de la statue qui commémore la vie et l'oeuvre du médecin engagé. Le monument a récemment été réinstallé dans un environnement plus convivial à l'intersection Guy et De Maisonneuve.

«Mes parents ont toujours été motivés par la justice sociale», dit celle que les observateurs décrivent comme une libérale de gauche mais qui préfère la vieille appellation de bleeding heart liberal du temps de sa mère. «La question de la justice sociale m'intéresse aussi, mais, en fait, toutes les questions politiques et sociales me passionnent: l'environnement, le transport, la santé, les loisirs et les sports, les arts et la culture. Il faut aussi porter une attention particulière à l'économie et aux écarts socio-économiques.»

Jean Charest a tenté aux deux élections précédentes de convaincre la perle rare de faire le saut. La Fondation du Grand Montréal a ses bureaux Place Ville-Marie, près de ceux du premier ministre. «Cette fois, j'ai accepté parce que j'ai quatre enfants et que, les deux dernières fois, ils étaient trop jeunes pour que je les quitte, explique-t-elle. Maintenant, la plus jeune a treize ans, et les plus vieux sont dans la vingtaine. En plus, je ne voulais pas quitter la Fondation du Grand Montréal. J'avais besoin d'y contribuer encore plus. Ce n'est pas facile de se lancer en politique. On quitte l'anonymat privé pour sauter dans l'arène, sous les projecteurs. C'est très angoissant.»

Communauté anglophone

Pourquoi s'en faire? Même si elle habite la circonscription voisine de Westmount, Kathleen Weil devrait passer dans NDG comme un courriel sur Hotmail. Son prédécesseur, Russel Copeman, a cumulé des majorités quasi soviétiques: 15 451 voix en 2003, 10 472 en 2007. «C'est vrai que je suis en terre très, très libérale, et certains se demandent pourquoi je fais campagne. Je veux faire sortir le vote et je veux surtout comprendre les enjeux. C'est d'ailleurs quand j'ai commencé à me promener sur le terrain que mes angoisses de candidate ont disparu.»

Le jour de la tournée de presse, elle visitait New Hope, un organisme d'entraide alimentaire fréquenté par de vieilles dames anglophones du coin. La solitude s'avère particulièrement poignante chez elles, d'autant plus quand les veuves ne reçoivent plus de visite de leurs enfants ayant filé à l'anglaise sur le continent.

«Pour la communauté, la force et la résilience de ses institutions s'avèrent d'une grande importance, commente Mme Weil. Il faut les protéger. L'autre enjeu important de la communauté, c'est celui des personnes âgées et de plus jeunes aussi qui ne maîtrisent pas assez le français, mais qui ne doivent pas rester isolées. La communauté anglophone du Québec est la communauté la plus bilingue au Canada, mais il reste encore des poches de population qui ne le sont pas encore assez.»

La candidate libérale a aussi passé du temps au bureau du Carrefour Jeunesse Emploi où on lui a encore exposé les données vitales de la circonscription-société des nations. Au dernier compte, pendant une année, le centre a offert des services à des Québécois et des Néo-Québécois originaires de plus de 85 pays.

La liste des sorties sur le terrain pendant la campagne comprend aussi bien une participation au bal de la communauté noire de la Barbade qu'un blitz de porte-à-porte, conservé pour les derniers jours. Ses électeurs se plaindront peut-être alors d'avoir à subir une nouvelle campagne, ce qui n'arriverait pas si souvent dans NDG.

Par contre, si les libéraux l'emportent, il demeure indéniable qu'une part de la communauté anglo-montréalaise voit déjà la fabuleuse recrue comme sa prochaine digne représentante au cabinet. A liberal anglo star is born titrait récemment une gazette. L'étoile en question refuse évidemment de dire si on lui a promis un ministère.

«Honnêtement, jamais je n'aurais demandé ça! Je suis issue de la communauté anglophone. Je comprends ses enjeux. Je parle sa langue. Quand je rencontre quelqu'un ici, au bout de quelques questions je découvre immanquablement des connaissances communes. Louise Harel a dit qu'elle avait préféré le travail de députée à celui de ministre et je la crois. J'ai quitté un emploi extraordinaire et j'espère en trouver un autre si je suis élue...»
2 commentaires
  • Patrick Lepine - Inscrit 1 décembre 2008 21 h 55

    Elle veut surtout comprendre les enjeux, voilà qui est inquiètant...

    Une aspirante candidate pour le titre de députée, voir de ministre, qui veut surtout "comprendre" les enjeux, me paraît bien néophyte comme politicienne. Quel dommage que de la voir se lier avec la lie...

  • Paul Corbeil, Québec et Labrador - Inscrit 15 avril 2010 16 h 59

    Kathleen Weil peut elle parler sans que le Jacques P. Dupuis intervienne continuellement en son nom

    Kathleen Weil peut elle parler sans que le ministre arrogant Jacques P. Dupuis intervienne continuellement en son nom ou est elle inapte en cette chambre!