Lucie Leblanc dans Deux-Montagnes - L'ADQ dans le coeur

Femme de terrain, Lucie Leblanc, se dit déçue par les «deux partis traditionnels».
Photo: Jacques Nadeau Femme de terrain, Lucie Leblanc, se dit déçue par les «deux partis traditionnels».

Une députée adéquiste dans un centre de femmes, un organisme on ne peut plus communautaire, comprenant en plus une halte-garderie. La situation pourrait faire sourire quand on se rappelle que la formation de Mario Dumont demeure la seule à ne pas promettre de créer plus de places dans de nouveaux services de garde. L'ADQ propose plutôt d'accorder aux familles une allocation de 100 $ par semaine pour chaque enfant d'âge préscolaire qui ne fréquente pas une garderie subventionnée.

En fait, la situation n'a rien de cocasse. La députée en question, Lucie Leblanc, représente la circonscription de Deux-Montagne et s'y représente. Vendredi dernier, elle visitait donc le Centre de femmes La Mouvance, à Saint-Eustache, pour solliciter des appuis, mais aussi afin de recevoir des remerciements pour avoir poussé à la roue d'un projet de monument aux femmes victimes de la tuerie de Polytechnique, le 6 décembre 1989.

L'oeuvre d'environ 23 000 $ de la sculpteuse-verrière Odette Filion, la première pièce commémorative du massacre en dehors de Montréal, sera dévoilée jeudi prochain, quelques jours avant les élections. «Mme Leblanc nous a beaucoup aidés dans ce projet», a résumé Janique Durand, infirmière et chargée de projet au sein du Centre avec l'approbation manifeste des six autres employées ou bénévoles présentes.

Pourtant, encore une fois, tout ce beau monde ne devrait-il pas se sentir plus à l'aise auprès d'une candidate de Québec solidaire plutôt qu'avec une candidate à la droite du centre qui appuyait le candidat conservateur de la région à la dernière élection fédérale? «Notre priorité, c'est la famille, explique l'adéquiste aux travailleuses communautaires, en guise de réponse à la question journalistique. Et nous voulons couper en haut, dégraisser la machine, pour aider le bas. Il faut ramener l'argent à la base, là où on en a vraiment besoin. Et puis, est-ce de centre-droit que de vouloir créer de la richesse et de mieux la distribuer?»

Pragmatique déçue

Femme de terrain, Lucie Leblanc, se définit comme une pragmatique déçue par les «deux partis traditionnels». Ex propriétaire d'une entreprise en informatique et comptabilité, elle s'est engagée en politique en 1998, d'abord comme conseillère municipale puis comme mairesse de Sainte-Marthe-sur-le-Lac. Elle a notamment piloté la création de la première véritable bibliothèque municipale digne de ce nom, puis la définition d'un premier plan d'aménagement du territoire de sa ville développé jusque-là selon le bon vouloir des promoteurs.

«Si je me suis impliquée au municipal et si je me représente aujourd'hui au provincial, c'est que je peux faire la différence, j'en suis convaincue, dit-elle en entrevue au Devoir après la rencontre au Centre de femmes. Je suis à l'écoute, alors que les deux autres partis sont de trop grosses machines qui proposent les mêmes vieilles solutions bureaucratiques. J'ai encore la profonde conviction qu'à l'ADQ on change les choses en prenant l'option de l'autonomie, des personnes, des organismes, du Québec tout entier.»

C'est le maître-mot qui traverse son discours. «Au Québec, on a trop souvent pris des décisions loin de la réalité. Même les subventions aux entreprises sont sur ce modèle, sans efforts. Il faut faire confiance et favoriser l'autonomie.»

Son quartier général de candidate occupe deux étages d'un ancien commerce un peu miteux. Aucune affiche électorale ne décore les murs. «On n'est pas souvent ici parce qu'on préfère s'activer sur le terrain», dit-elle.

La femme, qui a les pieds bien ancrés sur le plancher des vaches, défend quelques dossiers majeurs pour son coin du Québec, situé dans la couronne nord de Montréal, dans le 450 où l'ADQ a réussi une soudaine et éclatante percée il y a moins de deux ans. D'abord, le dossier du transport en commun, et en particulier le projet prioritaire de construction de nouvelles places de stationnement près de la gare, pour les usagers du lien ferroviaire de Deux-Montagnes. «Des gens arrivent tôt pour avoir une place et ils dorment dans leur voiture en attendant le train. C'est inacceptable. La solution est simple: il faut construire un stationnement de 1300 places, comme le promet le programme triennal d'investissement de l'Agence métropolitaine de transport. Il ne manque que la volonté politique»

Elle veut aussi développer un plan d'intervention de lutte contre le décrochage scolaire, une plaie dans la région qui affecte un garçon sur deux, une fille sur trois. «J'ai proposé d'organiser une table de concertation avec le personnel scolaire, les parents, les entrepreneurs, tout le milieu. Les études sont faites. Il faut foncer.» Elle mentionne finalement le sempiternel problème de l'engorgement de l'urgence de l'hôpital régional, un des pires du Québec de ce point de vue névralgique.

«On est un jeune parti. Mario Dumont a fait son mea culpa pour certaines erreurs. Mais nous n'avons pas eu beaucoup de temps non plus pour mieux nous organiser et mieux maîtriser le travail à l'Assemblée nationale. Les deux autres formations sont avantagées de ce point de vue.»

Tous subissent le cynisme des électeurs, un mal équitablement répandu dans le Québec, où les élections se succèdent à la queue leu leu. Mme Leblanc a d'ailleurs ménagé ses électeurs potentiels avec une campagne d'affichage plus «sobre et minimaliste». Sur les pancartes, le nom de sa formation rétrécit au minimum.

«Au lieu de faire du porte-à-porte, on devrait siéger à l'Assemblée nationale, termine-t-elle. Ma paye, c'est quand les gens me disent qu'ils apprécient mon travail. Jean Charest a misé sur la non-participation le jour du scrutin. J'espère qu'au contraire la population va se choquer et aller voter contre lui et pour nous.»

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