Étude commandée par Greenpeace - Les coûts de rénovation de Gentilly-2 pourraient exploser

La centrale nucléaire Gentilly-2
Photo: La centrale nucléaire Gentilly-2

Une étude commandée par Greenpeace à un expert des États-Unis conclut que les coûts de rénovation de la centrale Gentilly-2, actuellement évalués à 1,9 milliard de dollars, pourraient littéralement exploser parce que plusieurs risques n'ont pas été analysés avant de donner le feu vert au projet.

Selon cette étude, dont Le Devoir a obtenu copie, Hydro-Québec fait face à «une incertitude importante liée à la réglementation», car les exigences de la Commission canadienne de sécurité nucléaire (CCSN) risquent d'être les mêmes pour la centrale québécoise que pour les nouveaux réacteurs CANDU 6 de Pickering B en Ontario.

L'étude en question a été signée par le professeur Gordon R. Thompson, directeur de l'Institute for Resource and Security Studies du Massachusetts et professeur à l'Université Clark, à Worcester, dans le même État. Le professeur Thompson a déjà réalisé une étude en 2000 pour le Comité sénatorial responsable du dossier nucléaire.

Cet universitaire estime que les réacteurs de type CANDU 6 engendrent des risques supplémentaires parce que leur système de refroidissement fonctionne à l'eau lourde et qu'il est sous pression, un risque de plus par rapport aux systèmes qui utilisent l'eau légère comme agent modérateur et caloriporteur. Ailleurs, note l'étude, on exige systématiquement des systèmes fonctionnant à l'eau légère et à l'uranium enrichi, contrairement aux CANDU 6, qui fonctionnent avec de l'uranium naturel.

Cette tendance rejoint l'Ontario qui a pris la décision «d'exclure le CANDU 6 de la liste des designs inclus dans l'appel d'offres pour la construction de nouvelles centrales nucléaires dans cette province», précise le professeur Thompson. L'Ontario misera désormais sur des réacteurs comme l'ACR-1000, le système AREVA français ou AP1000 de Westinghouse. Ces deux derniers fonctionnent à l'eau légère et à l'uranium enrichi.

Selon le professeur Thompson, le problème avec le CANDU 6 de Gentilly, c'est qu'«aucune analyse probabiliste du risque n'est présentement accessible». De plus, si la tendance «professionnelle» finit par prédominer au sein de la CCSN, ajoute le chercheur, il est hautement probable que cet organisme exigera des «analyses de sécurité longues et coûteuses» de risques, comme elle l'a fait pour Pickering B.

Ces délais et les coûts des mesures de sécurité supplémentaires susceptibles de résulter de ces exigences pourraient «affaiblir» davantage le dossier de la rénovation de Gentilly-2, dont Hydro-Québec a déjà dit qu'il est peu viable sur le plan économique.

Un exemple des exigences citées par le professeur Thompson: les organismes réglementaires demandent de plus en plus aux nouvelles centrales de résister «à des actes malveillants». On exigera ainsi que la structure de confinement puisse résister à une attaque par avion. Or, affirme le rapport, «le design CANDU n'a pas de dispositions particulières pour résister à une attaque. En conséquence, si cette tendance se maintient, une nouvelle centrale CANDU 6 pourrait se voir refuser une licence dans plusieurs pays».

La course aux armements

Il existe présentement dans le monde onze centrales atomiques de type CANDU 6, soit deux au Canada — Gentilly 2 et Pointe-Lepreau au Nouveau-Brunswick — et neuf autres en Argentine, en Chine, en Roumanie et en Corée du Sud. Quatre projets font aussi l'objet de pourparlers en Argentine, en Jordanie, en Roumanie et en Turquie notamment.

Mais ces réacteurs posent trois types de risques «qui n'ont pas été correctement évalués», selon l'universitaire étasunien, soit le risque d'émissions accidentelles ou par malveillance, le détournement possible de l'uranium épuisé à des fins militaires et le risque d'exigences normatives supplémentaires qui feraient exploser les coûts actuels.

Côté risque, précise le rapport, un CANDU 6 peut subir une «violente excursion de puissance» et rompre ses équipements de confinement, comme cela s'est produit à Tchernobyl, si ses systèmes de modération et de refroidissement tombent en panne par accident ou par acte «malveillant».

Ces risques pourraient être jugés secondaires, poursuit le rapport, pour certains pays qui voudraient profiter de l'utilisation d'uranium naturel dans ces réacteurs pour produire du plutonium à des fins militaires, ce qui est beaucoup plus difficile à faire avec de l'uranium enrichi. Il en résulte, conclut le rapport, qu'une «centrale de type CANDU 6 pourrait être le choix logique d'un gouvernement qui jongle avec l'idée de se constituer un arsenal militaire». Le Canada, précise l'universitaire, «a déjà par le passé contribué sans le vouloir à la prolifération de l'arme nucléaire en fournissant à l'Inde le réacteur CIRUS destiné à la recherche dans les années 1950 à la condition que le réacteur soit utilisé seulement à des fins pacifiques.» En réalité, l'Inde en a plutôt profité pour produire du plutonium afin de se doter de l'arme atomique.

Au Canada, cette probabilité est certes jugée inexistante. Mais l'étude note que «la culture d'analyse probabiliste du risque fait défaut» ici et que l'industrie tout comme les organismes réglementaires «ont tenu pour acquis depuis trois décennies que la probabilité d'une violente excursion de puissance dans une centrale CANDU 6 était très basse grâce à l'utilisation de deux systèmes d'arrêt à action rapide». Mais de récentes investigations ont démontré, poursuit le professeur Thompson, que «l'analyse utilisée dans l'évaluation de la performance du système d'arrêt est défectueuse». À son avis, une évaluation complète de ces risques doit être faite et rendue publique avant qu'un dernier feu vert ne soit donné au projet de Gentilly ou que d'autres CANDU 6 ne soient construits ailleurs dans le monde.

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