Les conjoints appelés en renfort

Marie-Claude Barrette et Mario Dumont photographiés en avril 2003, alors qu’ils allaient voter.
Photo: Agence Reuters Marie-Claude Barrette et Mario Dumont photographiés en avril 2003, alors qu’ils allaient voter.

Blainville — En sautant à pieds joints dans la campagne électorale, Marie-Claude Barrette, la conjointe de Mario Dumont, apportera une «contribution exceptionnelle», puisqu'elle cassera le «cynisme ambiant», a soutenu le chef adéquiste, hier.

Par rapport à la campagne de 2007, les conjoints et conjointes sont plus présents dans celle-ci. C'est du moins ce que Marie-Claude Barrette a fait remarquer lors d'une interview accordée au Devoir, hier. «Les gens l'oublient, mais en 2003, j'avais donné plusieurs interviews», a-t-elle dit. À l'époque, rappelle-t-elle, l'omniprésence de l'épouse de Bernard Landry, Chantale Renaud, avait contribué à attirer l'attention sur les conjoints. En 2007, c'est la présence d'André Boisclair, a-t-elle expliqué, qui a «créé un malaise, puisqu'il n'avait pas de conjoint connu». Par conséquent, afin d'équilibrer les choses, les médias avaient moins porté attention aux conjoints. «J'avais reçu une seule demande d'entrevue.»

Hier, l'épouse de Jean Charest, Michèle Dionne, a prononcé un discours devant des candidates libérales. On la dit plus présente aussi, cette fois-ci. Quant à Claude Blanchet, mari de Pauline Marois, il suit la campagne de plus loin. On aperçoit ici et là l'ancien président de la Société générale de financement (SGF), comme hier à la table d'honneur de la Chambre de commerce de Québec, alors que la chef péquiste prononçait un discours. Mais il ne prend pas la parole publiquement. D'autant plus que les libéraux se servent souvent de M. Blanchet pour épingler Mme Marois.

Marie-Claude Barrette, elle, semble être subitement de toutes les tribunes, depuis le début de la semaine: grande et très sympathique interview dans le Journal de Montréal, à Christiane Charrette en direct et à de multiples interviews dans les radios.

Est-elle une «carte cachée» qu'on aurait sortie alors que le parti voit se confirmer, sondage après sondage, son piètre 15 % d'appuis (en 2007, il avait atteint 31 %)? Non, rétorque-t-on dans l'entourage du chef adéquiste, et ce n'est pas non plus une «bouée», comme on l'a présentée partout. Mme Barrette est sur le pied de guerre depuis le déclenchement de la campagne, insiste-t-on.

Elle-même rappelle qu'elle est une cofondatrice de l'ADQ, qu'elle a connu Mario Dumont au Parti libéral dans la Commission jeunesse et n'a donc jamais été très loin de l'action, participant «à peu près» à tous les rendez-vous partisans: conseils généraux, congrès. On l'a vue du reste très souvent, depuis mars 2007, dans les tribunes du Salon Bleu, lors de la période de questions.

«J'ai toujours été très politisée», dit Mme Barrette. Et aujourd'hui, alors que leurs trois enfants ont grandi, qu'elle se sent «moins fatiguée», elle avait envie de «dire des choses» en public. «Les gens qui s'étonnent que de me voir donner mon opinion ne me connaissent pas, c'est dans ma nature.»

Et ce n'est pas, on s'en doute, des petits sujets comme «Qu'est-ce qu'être la conjointe de... ?», contrairement aux entrevues de 2003. «Cette fois, je parle politique, je veux dire aux Québécois qu'ils doivent s'interroger: qui va travailler pour eux dans

les prochaines années?»

Elle se dit «révoltée» par cette campagne «inutile» dont les Québécois ne voulaient pas. Elle a l'impression que les Québécois s'apprêtent à «baisser la tête» et à dire «bof, même si le premier ministre rit de nous autres, on va revoter pour lui».

Mario Dumont résume: «Ce qu'elle essaie de faire, c'est de brasser les Québécois.» En point de presse hier, le chef adéquiste a prédit que la «contribution» de Mme Barrette «va être importante» et combattra la démobilisation entraînée par les «décisions de Jean Charest». La volonté de ne pas aller voter, «le cynisme ambiant, installé par la campagne libérale, oui, je pense qu'elle peut casser ça», a-t-il tranché hier.

Mme Barrette se dit «plus modeste» et surtout, n'entend pas «compétionner» les porte-parole de l'ADQ et les candidats qui «ont le courage de porter les couleurs d'une formation politique». Elle n'ira pas à Tout le monde en parle à la place de son mari, par exemple...

Mais de parler publiquement peut être périlleux. Au micro du FM 93, à Québec, on lui a demandé de révéler aux auditeurs un aspect méconnu de Mario Dumont. Hésitante, elle a répondu: «Il est très moqueur avec les gens. Tellement, des fois, qu'il peut faire accroire à quelqu'un [par exemple] qu'il a vu un film. Il va parler d'un film et dire "Oui, je l'ai vu" et en parler pendant huit minutes, et la personne sera convaincue qu'il a vu le film. Mais en vérité, il n'a jamais vu ce film là! C'est juste qu'il dit des choses, des généralités. Il est très moqueur comme ça. Il essaie toujours de surprendre les gens.» Lorsque le Devoir lui a rappelé cette confidence maladroite, elle a rigolé: «Ah! j'ai bien dit que c'était un aspect inconnu, en dehors de la politique!»

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Avec Robert Dutrisac et Guillaume Bourgault-Côté

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