PQ et PLQ - qui copie qui ?

Joliette et Montréal — Des accusations larvées de «vol d'idées» ont marqué hier la campagne québécoise. Pauline Marois a admis la similitude entre les programmes électoraux des péquistes et des libéraux. Pas en reste, Mario Dumont a accusé Jean Charest de «manquer d'honneur» parce qu'il a attendu la campagne électorale pour se ranger à l'idée d'aider les couples infertiles. Après son mea-culpa de dimanche, M. Dumont fait désormais de la «différence adéquiste» un de ses messages principaux.

Pauline Marois a dû se défendre hier de proposer une plate-forme électorale qui, dans ses grandes lignes, présente plusieurs similitudes avec celle du Parti libéral — et vice-versa.

Le dévoilement des intentions péquistes en matière d'éducation a accentué hier cette impression selon laquelle, sans référendum pour séparer les options, les deux partis se ressemblent. Dans leur plan-éducation, les péquistes recyclent une annonce libérale faite ce printemps.

Interrogée à ce sujet hier, Mme Marois a reconnu que c'est surtout le calendrier d'action qui sépare les deux programmes, plus que le fond des choses. En santé, en éducation, en transport en commun, en intervention de l'État, les similarités abondent et le PQ donne pour l'instant l'impression de se chercher une identité face au parti au pouvoir.

«C'est vrai que c'est préoccupant», indiquait hier un proche du parti, toujours au fait de ce qui se passe au haut niveau. «C'est Jean Charest qui vole les idées et qui essaie de se faire passer pour un social-démocrate, dit-il. Ce n'est pas crédible. Il y a des différences fondamentales entre nos programmes. Mais dans le contexte actuel, c'est bien possible qu'on ne les note pas.»

La campagne suscite en effet peu d'intérêt jusqu'ici, il est loin d'être assuré que les électeurs prendront le temps de s'attarder aux subtilités différenciant l'un et l'autre des deux partis.

Par exemple, les deux partis proposent chacun de porter le réseau des centres de la petite enfance (CPE) à maturité pendant le prochain mandat. La formule diffère, mais pas le résultat: un réseau de quelque 235 000 places. La différence?, demandait-on à Mme Marois le 10 novembre? «Lui [M. Charest] le fait sur une plus longue période.»

Dimanche, à Saint-Jean-sur-Richelieu, Pauline Marois devait répondre sensiblement à la même question concernant le plan du PQ pour les aînés. Le PQ propose 500 millions pour soutenir les soins à domicile, alors que les libéraux ont annoncé un plan de 400 millions visant les mêmes objectifs ce printemps. Du pareil au même? «Nous, nous agissons promptement», a rétorqué Mme Marois.

Hier, Mme Marois présentait à Terrebonne sa plate-forme en éducation, dont l'élément central est la réduction du nombre d'enfants par classe [voir autre texte], avec exactement les mêmes paramètres que le programme libéral.

Questionnée à ce sujet, Pauline Marois a reconnu qu'un «certain nombre d'idées sont pareilles. D'autres sont différentes. En éducation, ce qui nous différencie, c'est que nous voulons accélérer les investissements qui doivent être faits».

Mais encore? Les programmes ne sont-ils pas trop similaires? «Il reste 21 jours à la campagne, a répondu la chef péquiste. Déjà, je crois que nous nous différencions de leur plan en ce qui concerne notre plan économique. Il y a des éléments semblables, mais des éléments différents aussi. D'ici la fin de la campagne, vous aurez l'occasion de voir apparaître sûrement des orientations qui nous démarqueront de façon très éclairante.»

En après-midi, Mme Marois devait revenir sur le sujet après avoir appris que les libéraux avaient fait volte-face sur la fécondation in vitro. «Pendant six ans, les libéraux ont dit non, non, non. Et subitement, ils sont pour. Pourquoi? Parce qu'on est en élections et qu'il vient de s'apercevoir que c'est une bonne idée. Mais c'était une bonne idée bien avant l'élection.»

N'empêche, Mme Marois est souvent contrainte depuis le début de la campagne de dénoncer les métamorphoses de Jean Charest. Sa ligne de tir à cet égard ne change pas et dit qu'on «ne peut pas avoir confiance en Jean Charest», qu'il «pratique un nationalisme de façade» et qu'il fait preuve «d'opportunisme politique»...

Mais comme l'indiquait hier un petit élève d'une classe visitée par Pauline Marois à Terrebonne: «Il n'y a pas un million d'idées différentes.» Le jeune Étienne parlait des problèmes d'un comité de loisir de sa classe de quatrième année. Mais d'autres y ont vu une allusion indirecte à ce qui se passe dans la campagne actuelle.

Dumont outré

En matinée, c'est un Mario Dumont outré qui avait dénoncé la récupération, par Jean Charest, d'une idée portée par l'ADQ depuis un an, celle d'aider les couples infertiles. Pourtant, a-t-il dénoncé, le premier ministre la «bloque» au Parlement depuis un an. «En campagne électorale, il va essayer de devenir le héros d'une situation où il a été l'empêcheur. Il va essayer de devenir le héros d'un progrès dont il a été depuis 12 mois le fossoyeur. Je déteste les attaques personnelles en campagne électorale, mais je suis obligé de dire que Jean Charest manque d'honneur», a-t-il accusé.

Seule l'ADQ peut faire valoir une préoccupation pour ce type de dossier, a fait valoir M. Dumont hier, qui a insisté sur la notion de «différence adéquiste». Cette différence se fait voir aussi dans des dossiers de sécurité publique, a expliqué le chef adéquiste. L'ADQ a promis hier l'embauche de 400 policiers supplémentaires qui seraient affectés, par exemple, aux phénomènes de cybercriminalité, à la lutte contre l'alcool au volant et aux gangs de rue.

Autre différence adéquiste, selon M. Dumont: lui a été capable d'«autocritique», contrairement aux autres partis, a-t-il soutenu. Rappelant son mea-culpa de dimanche, M. Dumont a lancé que «c'est malheureux de ne pas être capable d'admettre ses erreurs», mais que c'est pire encore de refuser de «voir les dommages pour des patients, pour des malades, dans les corridors des urgences», une attaque dirigée vers Pauline Marois.

Les quelques erreurs «de procédure», à l'Assemblée nationale des adéquistes ne pèsent pas lourd par rapport au «congédiement [sic] de 1500 médecins et de 4000 infirmières» et aux difficultés du CHUM, a-t-il soutenu.

M. Dumont a soutenu que le PQ et le PLQ n'avaient pas grand-chose à offrir de différent, sauf le retour à d'anciens débats usés: «On s'en souvient d'une époque où c'était [l'alternance] PQ-Libéral, à peu près les mêmes visions, ça s'ostinait toujours [pour savoir] s'il y aurait un référendum ou pas de référendum, [alors] que l'ensemble des sujets qui affectaient la vie réelle de la classe moyenne passaient en dessous de la table.»

Patate et pomme de terre

Selon le politologue Jean-Herman Guay de l'Université de Sherbrooke, la ressemblance entre les programmes du Parti libéral du Québec et du Parti québécois est effectivement plus évidente que jamais. Les deux partis sont «beaucoup plus semblables qu'autrefois».

D'une part, le PLQ est devenu interventionniste d'une manière qui rappelle les mandats Bourassa: hausse du salaire minimum, aide aux manufacturiers, accélération du programme d'infrastructure. «C'est au fond une approche inspirée de Keynes», l'économiste (1887-1982) qui favorisait des interventions actives de l'État dans l'économie. «On est loin du Jean Charest de 1998» qui voulait abolir la SGF ou de celui de 2003 qui comptait «réinventer le Québec».

D'autre part, le Parti québécois, en laissant tomber la promesse de tenir un référendum, a presque mis la souveraineté sous le boisseau. Sans compter qu'il est «un peu moins à gauche» depuis l'arrivée de Pauline Marois à sa tête. L'évolution de la position péquiste en matière de droits de scolarité où le gel n'est plus vraiment une option, le démontre.

Les deux «grands partis», comme on les appelait avant 2003, s'entendent aussi tacitement au sujet du cours Éthique et culture religieuse. Ils ont aussi pratiquement fait les mêmes promesses dans la capitale nationale. En santé aussi, les deux programmes jouent dans les nuances, note Jean-Herman Guay.

En définitive, on en est presque, dit le politologue, à ramener une antique question: «Quelle est la différence entre une pomme de terre et une patate?» Question que posaient autrefois les observateurs de la scène fédérale lorsqu'ils se penchaient sur les différences et les similitudes entre le Parti libéral du Canada et le Parti progressiste conservateur. Jean-Herman Guay croit que l'on en est au point où l'on a «presque besoin d'un baccalauréat en science politique pour faire une différence entre les deux».

Dans cette situation, il est juste de dire que l'ADQ est essentiellement différente des deux autres partis, note Jean-Herman Guay. «Il y a une différence adéquiste, mais est-ce qu'elle plaît? Ça, c'est une autre histoire.»

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