Véronique Hivon dans Joliette - Un nouveau gros bonnet pour le PQ

Véronique Hivon est une star montante du Parti québécois. Il s’agit de sa deuxième campagne et elle baigne déjà dans ces eaux troubles comme un poisson dans son bocal.
Photo: Jacques Grenier Véronique Hivon est une star montante du Parti québécois. Il s’agit de sa deuxième campagne et elle baigne déjà dans ces eaux troubles comme un poisson dans son bocal.

Une visite d'usine alimentaire en pleine campagne électorale. Un filet à cheveux trucideur d'image. Un duo de reporters pour croquer la scène cocasse, dont un photographe salivant à l'idée du cliché assassin. Cela vous rappelle quelque chose? Le chef bloquiste Gilles Duceppe regrette encore d'avoir laissé la meute des défaiseurs de réputation immortaliser sa visite d'une usine à fromage, un vilain bonnet sur la tête, en 1997.

Alors, vendredi matin, dès que sont apparus les bottes en caoutchouc, le sarrau blanc et l'infernal couvre-chef nécessaire à la visite des installations de l'usine Dessert & Passion au nord de Joliette, la candidate péquiste Véronique Hivon a réclamé une très compréhensible trêve photographique. «S'il vous plaît, ce ne serait même pas drôle», a-t-elle dit poliment au mitrailleur, avec un petit je ne sais quoi d'implorant dans la voix.

Ce serait d'autant plus dommage de défaire sa réputation avec une niaiserie semblable que celle de la candidate péquiste dans Joliette ne cesse de prendre du mieux. Elle fait partie des têtes d'affiche mises en valeur dans la toute première campagne télévisée de sa formation lancée la semaine dernière sur le thème «un enfant, une place». Maka Kotto aussi est là, comme Pierre Curzi et Pauline Marois bien sûr. Le parti espère visiblement faire une vedette de sa jeune recrue photogénique. Et franchement, en toute objectivité, Véronique Hivon a tout ce qu'il faut pour se démarquer avantageusement.

Une star montante

Avocate diplômée de l'université McGill, elle a obtenu une maîtrise de la London School of Economics (comme Jacques Parizeau) et poursuit en ce moment une autre formation supérieure à l'École nationale d'administration publique. «J'ai beaucoup étudié et j'aime ça», dit-elle laconiquement quand on lui fait remarquer cette propension à cumuler les diplômes. Elle a travaillé comme attachée politique et directrice de cabinet adjointe du ministre de la Justice à la fin de la dernière décennie puis comme avocate-conseil dans les domaines du droit constitutionnel, des relations intergouvernementales et de l'administration de la justice.

À vrai dire, on la dirait sortie d'un autre âge péquiste, celui des années 1970-80, quand la formation indépendantiste attirait la crème des administrateurs d'État. La veille de la rencontre, le sénateur indépendant Jean-Claude Rivest publiait une lettre ouverte jugeant que le PQ n'a tout simplement pas l'équipe pour prétendre bien diriger le Québec en 2008.

L'ancienne éminence grise de Robert Bourassa mentionnait toutefois l'exception de quelques candidatures excellentes de jeunes femmes. La fleur flatteuse, après le pot critique, visait certainement Mme Hivon. «La force d'une équipe est dans son équilibre, répond-elle en entrevue au Devoir, dans un café-librairie, devant un café, quelques minutes avant d'entamer sa longue journée de politicienne en campagne. Il y a des jeunes et des moins jeunes et il y a beaucoup de gens de très grande qualité, Sébastien Cloutier, Camil Bouchard, Bernard Drainville, Maka Kotto, Pierre Curzi, Monique Richard. Il y a de la relève, un bon dosage. En plus, des jeunes femmes en politique, il n'y en a jamais des masses.»

Alors, pourquoi a-t-elle choisi le PQ? Elle évoque le programme social lié au projet constitutionnel de la formation. Pour, elle, le PQ et le PLQ, ce n'est donc pas blanc bonnet et bonnet blanc. «Les valeurs progressistes du Parti québécois m'attirent, et il me semble important d'acquérir la maîtrise de tous les leviers pour réaliser ce programme pleinement.»

Elle ajoute venir «d'une famille de péquistes très convaincus». N'empêche, il ne sera question qu'une ou deux seule fois de la souveraineté pendant la tournée matinale. Dans les sondages, l'option en chute libre apparaît en queue de liste des priorités de l'électorat.

Des électeurs blasés

Il s'agit de sa deuxième campagne et elle baigne déjà dans ces eaux troubles comme un poisson dans son bocal. Véronique Hivon a eu la témérité de se présenter contre le ministre-médecin Philippe Couillard dans Jean-Talon en 2007. Cette année, elle atterrit chez elle, dans Joliette où son père dentiste a élevé sa famille.

Joliette, l'ancien fief de Guy Chevrette, est à reprendre pour le PQ. Aux dernières élections, l'adéquiste Pascal Beaupré a arraché le siège par moins de 800 voix. Malgré l'hécatombe prévisible pour la formation de Mario Dumont, Mme Hivon ne tient rien pour acquis. «J'ai été désignée candidate il y a plusieurs mois et je ratisse la circonscription depuis, explique-t-elle. Je me lève aux petites heures et je me couche très tard. Je vais rencontrer les gens où ils sont. Je visite les usines et les commerces de jour et je fais du porte-à-porte le soir.»

Le petit échantillon de vendredi a permis de constater que le principal sujet de prédilection des électeurs, ce n'est ni la santé, ni l'éducation, ni même l'économie, mais bien la campagne elle-même. Le citoyen a l'urne épuisée. «C'est tellement platte qu'on soit encore en élection!, lui a lancé René Bellehumeur, un des quelque cinquante travailleurs de l'usine de chaux Graymont, rencontré pendant la pause du matin. Et puis un gouvernement minoritaire, ce n'est pas si méchant que ça.»

La politicienne sait évidemment quoi répondre. «Nous nous sommes battus contre l'idée d'aller en campagne et nous voulions collaborer, a-t-elle lancé à l'ouvrier et à ses collègues attablés. Vous avez maintenant le choix de remplacer ce gouvernement qui ne veut pas gouverner par un autre qui veut le faire.»

Pour cette portion de la tournée, la jeune péquiste était accompagnée d'un vieux routier bloquiste condamné à l'opposition fédérale pour l'éternité, Pierre Paquette député de Joliette. Il a montré fièrement aux employés une lettre d'opinion de son cru publiée ce matin-là par Le Journal de Montréal.

«La campagne nationale demeure très formatée pour les médias nationaux, reconnaît Mme Hivon, en attendant l'ouverture des portes d'une microbrasserie. Les reportages télévisés résument les propos des chefs en clips de dix secondes. Dans les circonscriptions, les candidats vivent une tout autre réalité. Il y a deux journaux dans Joliette et une radio. Nous ne sommes pas constamment scrutés et nous pouvons rencontrer les gens pour leur parler directement.»

Sans compter la possibilité d'arborer un bonnet en paix. Finalement, le rendez-vous crypto-éthilique n'a pas lieu en raison d'un lapin posé par le dirigeant du fabricant de bière. La candidate a donc opté pour le salon de coiffure voisin, le Cosmos, où d'autres dames sous d'autres coiffures déshonorantes, ont demandé elles aussi au photographe de ne pas immortaliser la scène. Une cliente sous bonnet a répété que «le mauvais choix de déclencher des élections» la désolait énormément...

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5 commentaires
  • roger montreal - Inscrit 17 novembre 2008 00 h 51

    Avec tous les départs , M.RIVEST me nomme les vedettes libéraux,, que le P.Q n a pas

    M.RIVEST peut il me nommer les gros noms, des libéraux de CHAREST dans cet élection ,avant de dire que le parti QYÉBÉCOIS,/ n a pas les personnes capables de gouverner.
    Avec tous les départs, aux parti libéral,quel super vedette CHAREST a t il que le parti QUÉBÉCOIS n a pas en ce moment nommez moi les.
    Je veux bien croire qu il est libéral, mais il faut être malhonnête pour dire des sottises semblables.
    ROGER MONTREAL
    ROGER MONTREAL

  • Louis Lapointe - Abonné 17 novembre 2008 09 h 02

    Vous avez oublié Johanne Morasse, députée de Rouyn-Noranda-Témiscamingue

    Bonjour M.Baillargeon,

    Mme Johanne Morasse, députée péquiste de Rouyn-Noranda-Témiscamingue, est une mère de 6 enfants, a un doctorat (Ph. D.) en foresterie de l'Université d'Helsinki, elle a enseigné douze ans à l'Université Laval. Avant de devenir députée, elle était directrice d'un centre de recherche sur la bio diversité.

    En avez-vous oublié beaucoup d'autres comme elle dans votre très courte liste?

  • Michelle Bergeron - Inscrit 17 novembre 2008 13 h 54

    M. Rivest dans le champ

    Il voit Tellement rouge qu'Il a perdu tout son sens critique.
    Il devrait voir si derrière l'organisation du PLQ il y a des gens des commadites comme c'est le cas dans la Mauricie. après tout il faut être naïf pour croire que les enveloppes brunes s'arrêtaient à la porte du Québec. Il a boublié que nous ne sommes pas encore indépendant. Où est Marc-Yvan Côté ce temps=ci?
    qui a toujous refusé de dire à qui était destiné le cash dans les enveloppes brunes? La culture libéral n'a pas de frontière M. Rivest et l'on rerouve souvent les mêmes personnes des deux côtés.

  • Jean Desjardins - Inscrit 17 novembre 2008 15 h 56

    Une lueur d'espoir...

    Qu'il fait plaisir de voir de nouvelles figures politiques jeunes, éduquées, bien formées, autonomes, ayant de la consistance dans les idées et équilibrées au plan personnel.

    Bravo à mesdames Hivon et Morasse, tout en espérant qu'elles serviront de modèle à d'autres nouveaux arrivages qui contribueront à rénover de fond en comble la couleur et le climat de nos partis politiques. Je suis d'avis que le Parti Québécois est une terre fertile pour recevoir ces lueurs d'espoir et je les félicite pour être atterries à cet endroit... Merci, au passage, à madame Elsie Lefebvre pour son trop court et rafraîchissant passage à l'assemblée nationale.

    Y aurait-il enfin une porte de sortie vers un futur plus jojo pour le Québec avec cette nouvelle génération de femmes et d'hommes (où se cachent-ils, ceux-là ?) politiques, qui pourraient un jour prendre avec aplomb le leadership des destinées politiques du Québec, Ces vrais leaders inspirants qui nous manquent si cruellement, en 2008 ?

    Jean Desjardins

  • Roland Berger - Inscrit 17 novembre 2008 16 h 29

    Pas gagné !

    Dans les années 1960-1970, le PQ a grandi grâce à l'éventail impressionnant de candidat ayant une formation universitaire. Dans le temps, les Québécois accordaient généralement leur confiance à ce type d'individus. Depuis, le vent néolibéral a passé. Les candidats qui inspirent maintenant confiance sont des gens qui ont réussi en affaires, qu'ils l'aient fait sur le dos des autres ou non. Lors de la révolution tranquille, le Québec avait troqué ses curés pour des intellectuels. Dans les années 1980 et 1990, il a troqué ces derniers contre des représentants plus ou moins chromés du capitalisme. C'est comme avancer en arrière.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario