3,5 milliards pour les transports en commun... sans PPP

Photo: Jacques Nadeau

Gatineau — Beaucoup pour encourager l'utilisation des transports en commun, mais rien pour décourager de façon contraignante l'usage de l'automobile: ambitieux, le plan Marois pour les transports collectifs présenté hier promet des investissements de 3,5 milliards sur dix ans.

Le financement des 14 propositions dévoilées au terminus de Longueuil proviendra de l'enveloppe de 41 milliards prévue dans le budget par le Plan québécois des infrastructures. Pauline Marois a indiqué qu'il n'était pas envisagé que des péages soient instaurés pour financer ces mesures.

De même, Mme Marois n'entend pas avoir recours aux PPP pour développer ces projets. Les bénéfices pour le Québec sont trop faibles, dit-elle. «Il y a des effets pervers non souhaitables [à utiliser les PPP], estime la chef péquiste. Nous allons revoir tout ça. Mais les projets sur la table seront faits selon le mode traditionnel.»

La formule des partenariats public-privé fait en sorte que l'on confie au secteur privé la conception, la construction et l'entretien d'infrastructures pendant un certain nombre d'années. L'État paie alors une mensualité mais demeure propriétaire. Au terme du contrat, le privé remet la gestion de l'infrastructure au gouvernement — le tout doit alors être en parfait état.

«Les résultats de ce qui s'est passé dans les dernières années sont inquiétants, juge Pauline Marois. La main-d'oeuvre, l'expertise et les profits vont aller à des entreprises australiennes et espagnoles, nos entreprises ne sont pas là; il faut revoir ça.»La leader péquiste a soudainement été interrompus par le président du Syndicat des chauffeurs d'autobus et opérateurs de métro (FTQ), Claude Benoît.

M. Benoît a promis de demander à ses 4000 membres de voter pour le PQ si le parti s'engage formellement à ne plus avoir recours aux PPP pour les projets de transports en commun. Ravie de l'intervention, Mme Marois lui a donné cette garantie. Une petite revanche pour Mme Marois. Cette semaine, la FTQ annonçait qu'elle ne soutiendrait aucun parti dans la présente campagne, ce qui a visiblement déçu plusieurs haut placés au PQ.

Le plan du PQ comprend donc 14 mesures précises. Sur l'île de Montréal, on parle entre autres de prolonger la ligne bleue jusqu'à Pie IX; de réaliser des lignes de tramway entre le centre-ville et le Vieux-Montréal, puis sur l'axe Pie-IX; de concrétiser le vieux projet d'une liaison entre l'aéroport et le centre-ville; d'augmenter le réseau des pistes cyclables et les voies réservées.

Pour les banlieues, plusieurs mesures sont au programme: système léger sur rail pour l'axe Brossard-Montréal, achèvement des travaux du Train de l'Est, tramway pour lier l'aéroport Saint-Hubert au métro de Longueuil, train de banlieue amélioré entre Montréal et Saint-Jérôme, train de banlieue pour lier Châteauguay, Mercier et Longueuil (un projet cher au candidat péquiste de La Prairie, François Rebello)... Au moins la moitié des mesures du PQ sont déjà contenues dans le Plan de transport de la Ville de Montréal, adopté en juin. Certaines sont en cours de réalisation, ou en voie de l'être, et d'autres sont inédites.

L'objectif est au final ambitieux, reconnaît Mme Marois: augmenter de 16 % l'achalandage des transports en commun d'ici 2012. C'est grosso modo le double de ce que proposent les libéraux. Mme Marois a indiqué avoir «consulté des gens qui réfléchissent depuis des années» à ces enjeux. «On nous dit qu'on attendra notre objectif avec les mesures proposées», affirme-t-elle. Pour autant, Mme Marois ne désire pas imposer de mesures dissuasives pour les automobilistes, qu'il s'agisse de postes de péage ou d'interdiction de circuler certaines journées, selon le numéro des plaques des voitures. D'après la chef péquiste, «toutes les mesures du plan visent [déjà] à dissuader les voitures et à encourager le transport collectif». «Le pari qu'on fait, c'est que les transports en commun offrent une véritable alternative, dit-elle. Ils vont être moins coûteux, plus rapides, plus fiables, sécuritaires et confortables.»

La dissuasion viendra donc de l'offre opposée, ajoute-t-elle. «Quelqu'un qui veut se stationner sous un édifice du centre-ville de Montréal va payer 250 $ par mois pour son permis. On doit bien être capable d'offrir nos services collectifs pour beaucoup moins cher.» Du côté de la Ville de Montréal, le responsable du transport collectif, André Lavallé, s'est dit heureux de voir que les propositions de la Ville trouvaient un écho chez les politiciens et a dit espérer qu'on accélère le développement des projets.

En soirée, Mme Marois a tenu un rassemblement avec Gilles Duceppe à Gatineau. Ce dernier lui a donné son appui complet et a promis ques les forces du Bloc travailleront aux côtés de celles du PQ.
1 commentaire
  • Pierre Samuel - Abonné 13 novembre 2008 14 h 44

    De grâce, n'en versez plus...

    Il est de bon ton actuellement chez tous les partis politiques au Québec de "favoriser le transport en commun". Même Québec Solidaire, paraît-il, serait prêt à y investir 10 milliards en 5 ans! Cependant, là où le bât blesse, c'est que tout cela se fera, nous dit-on généralement, "sans imposer plus qu'il ne faut de mesures dissuasives aux automobilistes" soudainement convaincus des "joies" du transport collectif! Faudrait tout de même pas prendre les enfants du bon Dieu pour des canards sauvages!!!
    Ainsi donc, une ville comme Montréal, de plus en plus congestionnée et aux infrastructures de plus en plus déglinguées, pourra continuer à accueillir de plus en plus de véhicules, de plus en plus de Nova-bus inadéquats, de plus en plus de wagons de métro "momentanément interrompus", de plus en plus de pollution...sans brimer personne alors qu'on n'a même pas le courage politique de convertir un bout de rue du Vieux-Montréal en réseau piétonnier durant la saison estivale! De grâce, n'en versez plus, la coupe déborde!