Du pain et des jeux

Photo: Agence France-Presse (photo)

À quoi Jean Charest s'engage-t-il en soutenant le projet des Olympiques à Québec? La promesse sera-t-elle payante ou coûteuse? En revisitant les Jeux de 1976 et les candidatures de Québec pour ceux de 2002 et de 2010, on constate surtout que, pour l'instant, plus ça change, plus c'est pareil.

Québec — Été 1994: après deux mandats libéraux, Daniel Johnson doit défendre son parti aux élections de septembre. Le PQ dirigé par Jacques Parizeau a le vent dans les voiles et le passage de M. Johnson au Trésor lui a valu beaucoup d'antipathie au pays des fonctionnaires.

Reste le rêve olympique. «Avec 55 millions de dollars dans sa besace pour les Jeux olympiques d'hiver de 2002 [...], Daniel Johnson a lancé une offensive de charme sur la capitale», écrit Gilles Lesage dans Le Devoir du 29 juillet.

Le 18 août, en éditorial, le journaliste concède que «l'appui du gouvernement et de la population est manifeste». Or, ajoute-t-il, «est-ce une raison suffisante, alors même que l'argent est rare et les budgets insuffisants pour les missions essentielles du gouvernement, pour faire miroiter des réalisations, olympiques et autres, dont le moins qu'on puisse dire est qu'elles ne sont pas vitales»?

À l'époque aussi, l'économie était au coeur des débats. «La question est d'autant plus pertinente qu'il y a quelques semaines à peine, aussi bien M. Johnson que M. Parizeau se faisaient fort d'être frugaux et d'écarter toute prodigalité, fût-elle dictée par des considérations électoralistes. Les voici désormais toutes voiles dehors, multipliant promesses... capitales et engagements tous azimuts.»

L'espoir olympique n'empêchera pas M. Johnson de perdre ses élections et le Québec élit un gouvernement péquiste majoritaire. L'année suivante, Parizeau pousse le Québec vers un nouveau référendum.

Quinze ans plus tard, Gilles Lesage est estomaqué de voir les politiciens renouer avec ce qu'il décrit comme de la «mégalomanie». «Les gouvernements n'ont pas le choix. Il y a une espèce d'aura qui entoure les Olympiques en dépit du flop monumental de 1976. Mais une fois que le train est parti, c'est bien difficile à arrêter. Ça devient une affaire politique.»

Jean Charest martèle depuis le début de la campagne qu'il souhaite la tenue prochaine des Jeux à Québec. En 2018 ou en 2022. «Il n'y a pas une ville au monde qui est mieux placée pour recevoir les Jeux olympiques d'hiver que la ville de Québec. Ça, c'est ma conviction à moi», a-t-il déclaré mardi à Québec. Mario Dumont a, lui aussi, laissé entendre qu'il soutiendrait la candidature de la capitale et les deux ont pris des engagements en faveur du projet très populaire d'agrandissement du Colisée. Quant à Pauline Marois, elle n'a pas encore pris position pour les Olympiques mais sa députée Agnès Maltais s'est dite favorable au projet de Colisée, lequel requiert du gouvernement du Québec au moins 100 millions de dollars en investissements, au dire des promoteurs.

En 2008 comme en 1994, le destin du projet olympique est intimement lié à celui du Colisée. Et aujourd'hui comme hier, c'est l'homme d'affaires Marcel Aubut qui pousse dans le dos des gouvernements. À l'époque, il leur demandait d'investir des millions dans un nouveau Colisée afin de retenir les Nordiques et, tant qu'à y être, pour servir la candidature olympique. Cette fois, c'est l'inverse. Il laisse à d'autres le projet du Colisée mais s'en sert pour promouvoir le rêve olympique.

Et ça marche. Cette semaine, Jean Charest s'est engagé à soutenir le projet olympique en finançant la mise à neuf de l'anneau de glace Gaëtan-Boucher (neuf millions de dollars)... et en mettant sur la table 50 millions de dollars pour le nouveau Colisée. Le tout pour un total de 59 millions de dollars, soit un peu plus que ce que Johnson avait fait miroiter en 1994. Mais à l'époque le projet était beaucoup plus avancé qu'aujourd'hui.

«J'ai l'impression que les politiciens se sentent obligés d'embarquer là-dedans», poursuit M. Lesage en rappelant qu'au début des années 1970, Pierre Elliott Trudeau et Robert Bourassa n'avaient eu d'autre option que de se rallier au projet olympique de Drapeau. Et qu'à la fin des années 1990, le maire de Québec Jean Paul L'Allier avait soutenu «bien malgré lui» le projet olympique. «Vous savez, "Du pain et des jeux", ça fait 3000 ans que ça marche», ironise-t-il.

Chroniqueur sportif à Radio-Canada, Robert Frosi se montre tout aussi perplexe. «Celui qu'on entend, je crois, c'est davantage le candidat Charest que le premier ministre. Parce que le premier ministre aurait étudié le dossier avant de faire des voeux pieux.»

Frosi trouve le geste de M. Charest prématuré parce que le Comité olympique canadien semble peu emballé par le projet. En entrevue cette semaine, le président du COC, Michael Chambers, a dit que le projet n'était pas dans son écran-radar et qu'il en avait plein les bras avec les Jeux de Vancouver et la candidature de Toronto pour les Jeux panaméricains de 2015. «Pour avoir la candidature, ça prend absolument le soutien du COC. Ce qui me fait dire que la déclaration de M. Charest est purement électoraliste. Il met la charrue avant les boeufs.»

Il faut dire que le COC n'avait pas manifesté beaucoup plus d'enthousiasme pour la candidature de Québec en 2010. Québec, faut-il le rappeler, a échoué deux fois à accueillir les Jeux d'hiver, au profit de Salt Lake City en 2002 et de Vancouver en 2010. Ces deux échecs, croit Robert Frosi, sont peut-être son principal avantage. «En 2002, on partait dans tous les sens. On allait à la guerre avec un lance-pierre et on ne savait pas ce qu'était une candidature. On y allait avec notre coeur. On s'est aperçu que ça prenait aussi du lobbying, des soutiens politiques. À cause des erreurs du passé, on peut penser qu'il y a une partie du travail qui est faite.» Pour peu qu'on en tire des leçons dans un sens comme dans l'autre...
5 commentaires
  • Jacques Lafond - Inscrit 13 novembre 2008 08 h 59

    Oui aux olympiques à Québec

    Alors c'est oui. Les olympiques d'hiver à Québec serait une excellente chose pour le prestige et le moral de toute la nation québécoise. En passant, les jeux de Montréal en 1976 n'ont pas été un échec comme beaucoup le prétendent.

    Les jeux de Montréal ont été un immense succès et on en récolte encore les avantages aujourd'hui ... et ce malgré l'incroyable propagande négative qu'il y a eu depuis ce temps ...

  • gaetanfo - Inscrit 13 novembre 2008 10 h 15

    Et de vrais montagnes....

    Sérieusement, sait-on ce que sont les Rocheuses (Calgary, Vancouver) ou les Alpes (Albertville, etc.) ?

    Québec a-t-il quelque chose de comparable à offrir ?

  • Gilles Delisle - Inscrit 13 novembre 2008 10 h 40

    Mégalomanie!

    Cet excellent journaliste d'expérience, M. Lesage, ne s'y trompe pas! Ces projets mégalomanes,comme celui de vouloir à tout prix conserver le Grand Prix à Montréal, sont de la poudre aux yeux pour électeurs. D'un côté, Charest, le politicailleur, qui espère "surfer" sur cette grosse vague pour camoufler un des pires règnes politiques que le Québec ait connu. De l'autre, un homme d'affaires qui en mène large depuis qu'il a vendu sa concession de hockey, et qui aimerait bien profiter de cette grosse "affaire". Entre les deux, le bon peuple qui va payer pour un projet qu'il n'a pas les moyens de se payer, mais qui est tellement rassembleur quand on écoute ses beaux parleurs!

  • Jacques Lafond - Inscrit 13 novembre 2008 10 h 44

    À Monsieur Gaétan Fortin

    Québec a autant à offrir, et encore beaucoup, beaucoup mieux ...

  • mhglrnu@gmail.com - Inscrit 13 novembre 2008 12 h 21

    ti Jacques.

    Excuser moi mr Lafond,Montréal 30 ans a paye c'est long,tout ceux qui cesont graisser la pate "tous de bon bailleur de fond" Cest sa que vous désirez pour Québec? Et le Québec tout entier.Moi jevous dis non merci.Oui il aurait du etre dis ilya 18 ans.