Mécanique électorale - Debout ou assis?

Le débat télévisé lors des dernières élections québécoises mettait aux prises, dans une formule traditionnelle, Jean Charest, André Boisclair et Mario Dumont.
Photo: Agence Reuters Le débat télévisé lors des dernières élections québécoises mettait aux prises, dans une formule traditionnelle, Jean Charest, André Boisclair et Mario Dumont.

À la table ou aux lutrins? À trois, quatre ou cinq chefs? Avec des questions des électeurs? Avec Stéphan Bureau comme animateur? En chronométrant les réponses ou ad lib? Toutes les questions se posent pour bonifier un débat des chefs, même celle concernant la pertinence d'en organiser un...

Le consortium des télédiffuseurs avait jusqu'à aujourd'hui midi pour s'entendre avec les principaux partis au sujet de cet important point d'ancrage de toute campagne électorale. La formation libérale a fait obstruction sur la forme de l'exercice démocratique à l'horaire de la soirée du 25 novembre, sur trois réseaux (RC, TVA et TQ).

La grande confrontation télévisée existe depuis cinq décennies, et les partis politiques passent beaucoup de temps à en négocier le cadre. Aux États-Unis, les cahiers des charges occupent des dizaines de pages. Selon Jean Charest, la formule privilégiée au débat des chefs fédéraux, une table ronde avec des échanges moins encadrés, ne permettrait pas de confronter les idées et d'aller au fond des choses aussi bien que la façon de faire traditionnelle avec lutrins. D'où ses réticences à plonger des derniers jours.

«Il a raison: je ne crois pas que la table ronde soit la meilleure manière de faire», renchérit Guylaine Martel, professeure du département d'information et de communication de l'Université Laval qui se spécialise dans l'analyse du discours médiatique. Elle a beaucoup publié sur les stratégies argumentatives, le discours oral spontané et la rhétorique du quotidien. «Je ne pense pas non plus que M. Charest ait peur de débattre: c'est un adversaire redoutable et il a gagné toutes ses confrontations.»

Comment? Pourquoi? La spécialiste propose une longue liste de caractéristiques inhérentes aux politiciens performants lors des échanges de ce genre: «La maîtrise des dossiers et la cohérence, le comportement sur le plan interactionnel avec les opposants comme avec le public, le sens de la repartie, le savant dosage entre l'harmonie et l'agressivité, la connivence. On peut rajouter le bon ton de voix et le juste registre de langue qui peuvent être déterminants pour afficher son honnêteté et ses convictions. La langue de bois a ses limites aussi. Jean Charest varie entre l'humour et l'agressivité, l'abstrait et le concret, alors que Stéphane Dion ou Paul Martin n'y arrivaient pas.»

Et Mme Marois? «On l'a tellement peu vue ces derniers mois que, justement, on a hâte de la voir pour se faire une tête. Elle va aussi devoir faire plus naturelle. Elle est bien articulée, mais elle a de la retenue dans le langage, et ce défaut s'affiche plus maintenant qu'elle dirige sa formation.»

Et Mario Dumont? «Il a beaucoup changé au cours des dernières années. Il a pris de l'aisance depuis son premier débat où il hésitait dans son petit costume de nouveau marié. Il est plus naturel, plus authentique et varié. Il joue sur le concret.»

La professeure Martel poursuit une étude concernant l'impact des débats télévisés sur les citoyens. Elle a étudié les réactions à chaud d'un panel d'électeurs en 2003 et souhaite reprendre l'exercice cette fois-ci. «Le plus important pour réussir un débat, c'est d'introduire la présence réelle du public d'une manière ou d'une autre, dit-elle. Les politiciens sont à leur summum devant des citoyens. Certains, comme Jean Charest et Jean Chrétien sont encore meilleurs que tous les autres quand il s'agit d'utiliser les réactions du public.»

Cela dit, la professeure rappelle que l'exercice, bien que nécessaire s'avère on ne peut plus stressant, difficile, pour ne pas dire cruel. «On demande beaucoup aux chefs, dit-elle. C'est épouvantable! Seulement, l'image fait maintenant partie du contenu, comme la personne filtre et porte ce contenu. On ne peut plus faire autrement dans nos démocraties.»

Mme Martel ne croit pas non plus que le débat télévisé des chefs va perdre de l'importance dans nos sociétés, du moins à moyen terme, malgré la croissance phénoménale des nouveaux médias. «L'important, c'est la variété des sources, conclut la professeure. Et puis, cette fois, ce serait dommage de se passer de ce qui s'annonce comme une occasion extraordinaire de voir débattre trois vétérans qui sont généralement très performants.»
3 commentaires
  • Catherine Paquet - Abonnée 12 novembre 2008 04 h 20

    Welcome to the show...

    Les diffuseurs, avec l'accent qu'ils mettent sur le côté spectaculaire ou "excitant" des débats politiques et sur l'importance des cotes d'écoute ne contribuent pas à l'éducation démocratique des citoyens.
    Il se peut, et même il faudrait, que les occasions qu'ont les leaders politiques d'exposer leur programmes et leurs arguments soient des moments sérieux, au risque même d'être "plates" au point de vue télévisuel. Les débats ne doivent pas devenir des combats de boxe à l'issue desquels il faut absolument déclarer un gagnant et si possible par "KO". Les questions politiques, économiques et sociales sont trop importantes pour être traitées de la sorte.
    Cependant, il faut bien admettre que la télévision n'offre plus depuis longtemps que des spectacles. La langue française ne transmet pas très bien cet aspect des choses. Les anglophones, en particulier les américains, utilisent toujours cette formule, quelque soit le sujet traité: Welcome to the show. Si on faisait la même chose en français: Bienvenu au spectacle, les participants et les spectateurs sauraient à quoi s'attendre. Surtout ils ne s'attendraient pas à un débat sérieux sur des enjeux cruciaux. Il se prépareraient à voir un spectacle. Il s'attendraient à voir un des participants s'effondrer au plancher. Ce serait un beau spectacle, mais on ne pourrait pas soutenir que la démocratie a été bien servie.

  • Lyse Lavallée - Inscrite 12 novembre 2008 07 h 38

    L'image avant tout

    Nous l'aurons le débat. Seulement, les idées seront-elles au rendez-vous?

    Est-ce moi ou bien les deux concepts de contenant et de contenu semblent s'exclurent mutuellement de cette campagne?

  • Pierre Véronneau - Inscrite 12 novembre 2008 11 h 55

    Du vaudeville!!

    Burlesque, je ne suis plus capable de m'assoir et de ragarder ces faux débats politiquement correct aseptisés et ennuyants a mourir. Il y a cinq parti "majeurs" pas trois....
    Du préfabriqué, répété, et asticoté.... ce que je voudrais voir c'est un public qui posent des questions en direct... ça n'arrivera jamais, imaginez que les citoyens et citoyennes découvriraient la supercherie que sont nos politiciens et politiciennes. De toutes façons sans élections proportionnelles point de vrai démocratie.
    Pierre Véronneau
    Montréal