Charest et Marois ignorent Dumont

Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et la leader du PQ, Pauline Marois, se sont croisés hier à Montréal, à l’occasion d’une cérémonie marquant le jour du Souvenir.
Photo: Jacques Nadeau Le chef de l’ADQ, Mario Dumont, et la leader du PQ, Pauline Marois, se sont croisés hier à Montréal, à l’occasion d’une cérémonie marquant le jour du Souvenir.

La lutte électorale s'est cristallisée entre Pauline Marois et Jean Charest, hier. Oubliant complètement Mario Dumont, les deux chefs se sont mutuellement accusés d'être de mauvais gestionnaires, au moment où un sondage indique que la fin de la campagne sera un duel entre les deux partis.

Quand Pauline Marois «gère, ça coûte cher», a lancé le chef libéral en début de journée. Selon M. Charest, son adversaire péquiste est la «championne toutes catégories de la mauvaise gestion».

Repassant le bilan ministériel de Mme Marois, M. Charest est remonté jusqu'à l'époque des gouvernements Lévesque pour rappeler des décisions controversées auxquelles a pris part Mme Marois.

Au même moment, à Montréal, Pauline Marois faisait, elle aussi, un bilan sévère des «fiascos» du gouvernement libéral. L'attaque a été menée devant la structure de béton semi-abandonnée de l'îlot Voyageur, qualifiée «de monument érigé à la gloire de l'incompétence» du gouvernement.

Malgré le froid perçant de ce matin de novembre, Mme Marois n'a pas mâché ses mots pour expliquer ce qu'elle pense de la gestion libérale de plusieurs dossiers. «Gâchis», «amateurisme», «comédie d'erreurs», «négligence inacceptable», «cas pathétique», tout y est passé.

La chef péquiste a critiqué plusieurs projets qui ont causé des ennuis aux libéraux. Concernant l'îlot Voyageur, elle a affirmé que «le gouvernement avait toutes les indications pour agir et empêcher ce fiasco. Mais il est resté les bras croisés et s'est traîné les pieds». Elle estime qu'un «gouvernement responsable aurait freiné un projet de ce type».

Sur le CHUM (voir autre texte), Mme Marois a répété son affection pour le site du 6000 Saint-Denis, qui avait été choisi par le PQ au début des années 2000. Les changements de site, d'ampleur du projet et toutes les tractations et hésitations politiques autour «démontrent l'incompétence des libéraux» pour mener de grands projets, juge Pauline Marois.

De passage au Marché Jean-Talon, Mme Marois en a ensuite remis concernant la crise de la listériose. Le gouvernement «avait entre les mains un rapport depuis trois ans, qui disait qu'il fallait faire des tests dans les petites fromageries, a lancé la chef. Mais il ne l'a pas fait. Après, il a paniqué.»

Évoquant ensuite le Suroît, le mont Orford, l'autoroute 30 et les défusions municipales, Pauline Marois en a conclu que «la seule constance qui a marqué les deux mandats [de Jean Charest], c'est une série de fiascos dont la facture sera refilée aux contribuables». Avec lui, «le dossier le plus simple se change en catastrophe», a-t-elle ajouté.

Dumont loin derrière

Et Mario Dumont là-dedans? Pas un mot. En réponse à une question sur cette décision de n'évoquer l'ADQ dans aucun discours — alors que la caravane péquiste a fait campagne dans plusieurs circonscriptions actuellement détenues par les adéquistes —, Mme Marois a indiqué qu'elle veut «remplacer le parti au gouvernement», et pas celui de l'opposition officielle.

Il y a aussi que M. Dumont et l'ADQ ne semblent pas être en très bonne posture une semaine après le déclenchement des élections. Un sondage Léger Marketing publié hier dans Le Journal de Montréal indiquait que l'ADQ récolte aujourd'hui 14 % des intentions de vote. En 2007, l'ADQ avait recueilli 30,8 % des voix, et 18 % en 2003.

Selon ce même sondage, le Parti libéral tient toujours la tête avec 41 % des intentions, contre 35 % pour le PQ. Le parti de Mme Marois pourra toutefois se réjouir en observant les intentions de vote chez les francophones (le vote anglophone est plus concentré), où il obtient la faveur de 39 % des électeurs, contre 34 % pour le PLQ.

Si ces prédictions s'avèrent, la firme HKDP calcule que les libéraux obtiendraient 65 sièges, contre 58 pour le PQ et seulement 2 pour M. Dumont et son «équipe».

Jean Charest est considéré par 40 % des répondants comme le meilleur premier ministre, alors que 30 % estiment qu'il s'agit de Pauline Marois, et 11 % de Mario Dumont. Le taux de satisfaction du gouvernement est passé de 62 % à 55 % en un mois, et 30 % des sondés ont indiqué que le déclenchement hâtif des élections influerait négativement sur leur vote.

Ni M. Charest ni Pauline Marois n'ont voulu commenter le sondage, hier. Mais Mme Marois a admis avoir eu «une fin de semaine un peu difficile», ce qui ne l'a pas nécessairement désavantagée, croit-elle. «On mesure parfois les gens dans l'adversité», a-t-elle dit.

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Avec La Presse canadienne
6 commentaires
  • Eric Shannon - Inscrit 12 novembre 2008 03 h 24

    L'ignorance

    Tient, en voilà une bonne stratégie, non méconnue de Ti-Mario d'ailleurs. Si toute la province pouvait faire pareil, ça serait pas mal...

  • Stéphan Gauvin - Inscrit 12 novembre 2008 07 h 43

    Donc l'ADQ serait une solution aux vieux partis

    Le PLQ dit que l'ADQ n'a pas d'expérience est-ce vrai ou est-ce une stratégie de fausseté pour avoir le pouvoir?
    La même chose pour le PQ envers l'ADQ.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 12 novembre 2008 08 h 08

    L'ADQ va devoir ramer fort pour ne pas disparaître

    Le "timing" a fait défaut à l'ADQ. Ce parti avait une brochette de forts candidats en 2003 comme Mme Marie Grégoire. Tous se sont fait battre et ne se sont pas représentés en 2007 après avoir été échaudés par leurs défaites. Fait que...la récolte de candidats adéquistes de 2007 a été trop de faible niveau ce qui explique les sondages décevants pour l'ADQ qui tire son chef vers le bas sauf pour 2 ou 3 de leurs élus qui paraissent efficaces.

    Aussi, l'idée d'autonomie du Québec dans le Canada demeure trop vague : Comment l'appliquer sans référendum quand on sait que le fédéral est contre ?

  • Brun Bernard - Inscrit 12 novembre 2008 09 h 11

    Désolation.

    On se croirait dans la ferme de mon grand-père. De 3 Partis, on va démocratiquement aller vers 2 Partis. Québec solidaire, les Verts, et autres petits partis, ça n'existent pas dans le dialogue démocratique au Québec. Ils vont faire un débat assis, quelle nouveauté, et ils seront 3 pas plus. Faut-dire que la démocratie à cause de la crise financière n'a pas assez d'argent pour avoir une salle un peut plus grande pour faire venir tout le monde en même temps. C'est ça ou rien nous dit-on même si on n'est pas d'accord. Ce déficit dans la volonté démocratique fait que dans le fond on s'en fout de leurs éructations électorales.

  • Lorraine Dubé - Inscrite 12 novembre 2008 13 h 07

    L'ADQ n'a pas de bilan à défendre

    Mario n'a pas de bilan à la gouvernance dans le cadre restrictif canadien...et, pas grand chose à proposer, le Québec ayant toujours été autonomiste tout au long de son histoire.
    Lorsque l'actualité met en évidence une tendance...Mario s'y colle automatiquement.