Journée noire pour Mario Dumont

Photo: Antoine Robitaille, Le Devoir
Confrontée à un refus de la Commission scolaire de Montréal de voir l’ADQ visiter l’Institut de formation aérospatiale en période électorale, l’équipe du chef adéquiste a devancé en catastrophe une vis
Photo: Photo: Antoine Robitaille, Le Devoir Confrontée à un refus de la Commission scolaire de Montréal de voir l’ADQ visiter l’Institut de formation aérospatiale en période électorale, l’équipe du chef adéquiste a devancé en catastrophe une vis

Gatineau et Mirabel — Rendez-vous à une mauvaise adresse, vidéos caustiques retirées du site Internet, commission scolaire qui refuse de recevoir l'ADQ: la journée a été très difficile pour Mario Dumont, hier.

Peu avant midi, hier, le chef adéquiste a dû personnellement demander aux gestionnaires du site Internet de l'ADQ de retirer des vidéoclips contenant des attaques personnelles à l'endroit de la chef péquiste, Pauline Marois. Grâce à des photos truquées, on la présentait dans des vêtements et des lieux somptueux, arborant des bijoux étincelants. On la traitait de «snob», on la comparait tant au personnage tintinesque la Castafiore qu'à Madame de Pompadour (on rebaptisait Mme Marois Pompe-à-fric...) et on s'y moquait de sa piètre maîtrise de l'anglais. Un clip présentait Mme Marois et son mari, Claude Blanchet, comme des «gagnants à vie» de Loto-Québec.

Le style d'attaque rappelait par certains aspects celles des conservateurs à l'endroit du chef libéral, Stéphane Dion, sur Internet, lors de la dernière campagne. À la question «est-ce votre côté conservateur qui ressort dans ces vidéos?», M. Dumont a rétorqué «c'est mon côté drastique qui vient de régler ça dans l'autobus!». Certains des clips sont «très humoristiques», s'est-il défendu, et resteront sur le site. «J'entends à rire, vous me connaissez, j'entends à rire, mais les affaires inacceptables sont débarquées du site. Je viens de réaliser ça, et c'est réglé», a-t-il tranché, souhaitant mettre cette affaire derrière lui le plus vite possible. Il a ajouté que n'est pas là «l'esprit de la campagne» que son parti veut faire. «C'est sûr que c'est tentant, parce que ce sont des affaires qui circulent sur Internet, [...] et YouTube a ce potentiel. Il y a plein d'affaires qui circulent sur tout le monde. C'est tellement facile de mettre juste le lien», a-t-il précisé, insistant pour dire que son équipe allait désormais «apprendre à se retenir» et soutenant que ce n'était pas des gens de l'ADQ qui produisaient ce type de matériel.

Pauline Marois et le PQ se sont refusés à tout commentaire, hier. Dans son entourage, on n'a toutefois pas hésité à rappeler «l'affaire Élodie Gagnon-Martin», fausse identité d'un blogueur adéquiste qui s'amusait à produire et à diffuser sur «Les dessous de la politique», ce même type de parodies (qui furent aussi disponibles sur un autre blogue intitulé «Chez nous c'est pas Pauline» ainsi que sur le «Blogue de centre-droit», de David Chrétien, un militant adéquiste). En septembre 2007, après que Le Devoir eut publié un texte sur l'histoire du blogue «Les dessous de la politique», il avait été fermé.

Adéquistes acidulés

Les adéquistes sont très actifs dans la blogosphère et ont développé un style unique fait de photos truquées et de moqueries diverses. Lors de la campagne électorale de 2007, le blogue adéquiste «Le Surfeur autonome», produit par Pierre Morin, (ardent adéquiste et ancien du cabinet de Mario Dumont des années 2004-2007), avait attiré l'attention des grands médias, où il avait été cité à de multiples reprises. M. Morin, qui signait à l'époque MisterP, est depuis le printemps 2007 chef de cabinet du vice-président de l'Assemblée nationale, Marc Picard. M. Morin est désigné comme «le blogueur» par l'entourage de M. Dumont.

Pendant la campagne électorale fédérale, un autre blogue adéquiste anonyme est apparu, intitulé «Bleu Québec, parce que la droite n'est pas une maladie», qui s'attaquait principalement au Bloc, mais aussi au PQ et au PLQ, surtout à l'approche du lancement de la campagne électorale. Dans ce blogue, on s'en est pris fortement aux deux transfuges, André Riedl et Pierre-Michel Auger. Selon M. Riedl, croisé la semaine dernière dans les couloirs du Parlement, ce blogue «contient du matériel clairement diffamatoire» à son endroit et à l'endroit de M. Auger. Des accusations graves qui ont été d'ailleurs reprises sur un des sites de l'ADQ où l'on diffuse une revue de presse. «Lorsque je saurai qui fait ce site, je vais le poursuivre devant les tribunaux», a déclaré le député Riedl.

Lorsque Le Devoir a questionné M. Dumont sur les blogues, celui-ci a répété ce qu'il avait dit il y a un an, c'est-à-dire qu'il s'y publie un peu n'importe quoi et que, dans une campagne électorale, il vaut mieux être sur le terrain que dans le cyberespace. «On peut perdre pas mal de temps avec ça. Moi, un candidat qui me dit qu'il va bloguer, je n'y crois pas tellement.»

La commission scolaire qui dit non

Comme un malheur ne vient jamais seul, hier en fin de matinée, la Commission scolaire de Montréal a informé l'ADQ que, malgré une entente conclue la semaine dernière, elle ne voulait plus que M. Dumont aille visiter l'Institut de formation aérospatiale (IFA). «La Commission scolaire a tiré la plogue ce matin», a déploré le chef adéquiste lors d'une brève visite dans l'autobus des journalistes.

La Commission scolaire de Montréal a soutenu qu'elle avait adopté le 6 novembre (lendemain du déclenchement des élections) une «recommandation» au sujet des activités partisanes lors de la campagne électorale. «Afin d'éviter tout malentendu, le Service des communications recommande de ne pas autoriser la tenue d'événements partisans ou médiatiques à l'intérieur des locaux ou sur le terrain des écoles», dit le texte de la «recommandation», qui n'est toutefois pas signé. On prétendait éviter de «mêler» les activités pédagogiques normales des écoles avec la volonté des candidats «de se faire prendre en photo avec des enfants». «Nous ne voulons pas, non plus, que nos établissements servent de toile de fond ou de prétexte pour des annonces ou des promesses électorales. Par exemple, l'École des métiers de l'aérospatiale peut devenir très alléchante en période électorale.»

En fin d'après-midi, M. Dumont, qui propose l'abolition des commissions scolaires, a eu ce commentaire : «Une commission scolaire n'a pas laissé d'autonomie à son institution locale; ça a plutôt tendance à prouver le bien-fondé du programme de l'ADQ.»

L'équipe du chef adéquiste a donc décidé de devancer en catastrophe une visite à L'Ambroiserie, une érablière de Mirabel, qui est aussi un vignoble produisant des alcools entièrement faits à partir de l'érable. Mario Dumont y a fait une sortie sentie contre la Société des alcools du Québec, qui ne facilite pas la tâche aux producteurs québécois en ne leur donnant pas assez de place sur les rayons. «Toute la gamme des produits de l'Ambroiserie est disponible au Japon et en Europe, mais pas au Québec! C'est absurde.»

Mauvaise garderie

La journée du chef adéquiste avait aussi mal commencé en raison de problèmes d'organisation. Des militants et des policiers ont été dirigés à une mauvaise adresse, la Garderie Enfantastique, à Hull. Or, c'était à une garderie du même nom, à Gatineau, que le chef et les candidats devaient en réalité se rendre.

En après-midi, M. Dumont a expliqué son «lundi noir» de la campagne 2008 en invoquant les «ajustements normaux de début de campagne», avant de lancer une flèche au chef libéral: «C'est peut-être encore plus vrai quand le déclenchement est un peu sournois, comme celui que M. Charest nous a fait vivre», a-t-il dit en fin de journée.

À Gatineau, dans la garderie, M. Dumont a présenté sa politique familiale, presque identique à celle de son programme de 2007, dont l'aide aux parents de 100 $ par semaine destinée aux 73 000 enfants «oubliés dans le carcan libéralo-péquiste». La mesure avait été condamnée par le Conseil du statut de la femme au printemps 2007, parce qu'elle inciterait les femmes à rester à la maison. Un jugement qualifié d'«archaïque» par M. Dumont hier, car, selon lui, les hommes, «de plus en plus», choisissent aussi de rester à la maison avec les enfants. Un gouvernement adéquiste accorderait aussi un crédit de 5000 $ aux familles choisissant d'avoir un troisième enfant.
12 commentaires
  • Eric Shannon - Inscrit 11 novembre 2008 05 h 48

    Mais le noir lui sied si bien...

    En février 2007, en tant que chef de l'opposition, Ti-Mario est venu faire une tournée de "conférences-spectacles" en France. Un One-man show du niveau des plus mauvais clips des Têtes à claques ou comme un épisode des Tannants doublé en Espéranto.

    Comme j'habite Lyon, je me suis rendu à la représentation de mon quartier, question de voir comment le démagogue national allait se dépatouiller avec les cousins amoureux de la belle province.

    J'en ai été abasourdi. C'était surréaliste. Mario a réécrit l'Histoire. Rien de moins.

    Non seulement il a fait preuve d'ignorance complète en matière de culture française mais en plus, il a fait une présentation tout à fait éronnée de la Révolution tranquille. Selon Dumont, la Révolution tranquille est dû au fait que l'économie de la province était aux mains des anglais. Pas un mot sur la séparation de l'état et du clergé. Pas un mot sur les bancs d'églises qui se sont vidé. Pas un mot sur les abus commis par le clergé. Rien.

    Pronant une réforme de la machine administrative au Qc, Ti-Mario a proclamé qu'il serait plus rapide de prendre un vol Montréal-Paris pour se faire soigner que de rester à Montréal. Que démarrer une entreprise au Qc était tellement compliqué au niveau administratif que ça décourageait les gens.

    Ne faut-il pas être ignorant pour raconter des trucs pareils ? N'importe qui connaissant un tantinet la France sait que l'administration française est probablement une des plus lourdes en Occident. J'ai eu mon entreprise au Qc pendant 5 ans et ça n'a rien à voir avec l'entreprise que je viens de démarrer en France. Les procédures, les papiers (et les papiers et les justificatifs et les papiers...) n'en finissent pas. Il y a tellement d'organismes et de procédures qu'on s'y perd. Rien n'est informatisé, centralisé ou facile.

    De grâce Mario, si tu veux faire de la politique, arrête avec la démagogie et l'étalement de l'ignorance. J'ai pas envie de rentrer dans mon pays avec un opportuniste qui ralentit les vrais débats. Reste en noir, mais va le pavaner ailleurs.

  • Brun Bernard - Inscrit 11 novembre 2008 07 h 18

    Il est bête ce gars là.

    C'est certain il fait du palinisme. Il ne veut pas que les arbres de Noël disparaissent mais son "amour" catholique envers autrui ne suit pas du tout. Il préfère faire l'imbécile. Ce monsieur manque d 'éducation et semble totalement irresponsable. C,est étonnant comme les gens de droite, les populistes, les racistes et autres infirmes politiques se ressemblent par leur attitude stupide, par leur incapacité à ne pas être subtil, voire intelligent. il ne nous restera donc pas grand parti pour qui voter en toute confiance. Bof, on est tellement occupé qu'on n'aura pas le temps d'aller mettre un chiffon d'une urne qui ne servira à rien de toutes façons et la vie roulera avec ou sans sans qu'on s'en aperçoive de toutes façons. de toutes façons quel choix avons-nous? Ils sont prêt à tout pour avoir un siège de 1er ministre ou 1ère femme (ça fait branché et à la mode ces temps-ci. Quelle désolation, un véritable désert politique sans foi ni loi. Maman!

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 11 novembre 2008 09 h 08

    Le silence est d`or Mario

    À multiplier les bévues le message de démagogue fait son chemin. Mario va rencontrer son Waterloo le 8 décembre. Il aura perdu toute crédibilité par son discours. Mario oubli d`écouter. Et pour se faire il doit garder le silence des sages.

  • Guy Lemieux - Inscrit 11 novembre 2008 10 h 17

    @ M.Brun

    Selon votre expérience mon cher M.Brun vous avez cette intélligence (selon votre critique) Présentez-vous comme solution .

  • André Morency - Inscrit 11 novembre 2008 11 h 16

    Tous les moyens sont bons...

    Ce qui est fascinant, c'est que, pour la droite, la fin justifie toujours les moyens. Qu'il s'agisse de l'ADQ, de Jeff Fillion ou de Bush, il semble que le principe fondamental, c'est qu'il faut gagner à tout prix. Mensonges, tromperies, calomnies, démagogie, rien n'est trop bas pour obtenir satisfaction.

    À l'opposé de ce mépris manifeste pour les électeurs, la gauche s'efforce de communiquer avec les citoyens sur une base de respect, en faisant appel à leur raison, plutôt qu'en excitant leur colère.

    Alors que la droite s'acharne à convaincre le peuple qu'il est une victime et qu'il doit se venger, la gauche s'efforce de lui faire prendre conscience de son pouvoir et de sa capacité à façonner un monde meilleur.

    Entre l'aliénation et la responsabilisation, Mario et sa gagne ont clairement fait leur choix !