Kyoto: le Québec rêve en couleurs

Photo: Jacques Nadeau

«L'inventaire québécois 2006 des gaz à effet de serre (GES) publié lundi dernier confirme que le Québec n'a aucune chance d'atteindre l'objectif qu'il s'est fixé en adhérant au protocole de Kyoto.»

C'est ce que soutient Denis L'Homme, ancien sous-ministre associé au ministère des Ressources naturelles et responsable du dossier énergétique au Québec au milieu des années 90, dans une réaction écrite qu'il a fait parvenir au Devoir pour replacer les choses en perspective après le «pétage de bretelles» qui a entouré la semaine dernière la sortie de ce bilan. Daniel Breton, cosignataire de la déclaration, candidat défait du NPD dans la métropole et ancien porte-parole de la coalition Québec-Kyoto, est du même avis que lui sur cette question.

Denis L'Homme estime que non seulement le Québec ne pourra atteindre la cible canadienne durant les cinq ans prévus par le protocole, mais il pense que le Québec ne pourra probablement pas atteindre l'objectif en 2012, soit durant la seule et dernière année de la période quinquennale de réductions.

Pour respecter ses engagements, le Canada — et le Québec qui a fait siens ces objectifs par motion unanime de l'Assemblée nationale — doit réduire en moyenne ses émissions de 6 % sous leur niveau historique de 1990 entre 2008 et 2012.

Mais le plan québécois sur les changements climatiques, a admis la semaine dernière la ministre du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs, Line Beauchamp, cible l'objectif de -6 % pour la seule année 2012. La ministre a dit espérer que les efforts d'autres secteurs et des autres gouvernements vont aider le Québec à atteindre l'objectif quinquennal de Kyoto.

«L'atteinte des objectifs de Kyoto est véritablement hors de portée maintenant, précisait Denis L'Homme en entrevue au Devoir. Contrairement à ce qui s'est fait en Europe, le Québec a trop attendu, et les mesures définies l'an dernier vont exiger des années avant de produire des résultats. De plus, il faudrait aller beaucoup plus loin que l'objectif de -6 % sur la fin de la période quinquennale si on veut que la moyenne soit conforme à l'objectif réel. Or rien n'est prévu pour y arriver, et le gouvernement envoie plutôt des messages contradictoires aux acteurs économiques quand il a approuvé des projets comme ceux de Bécancour, Cacouna et Rabaska. Il continue d'ailleurs de le faire en construisant des ponts et en ajoutant au réseau d'autoroutes.»

L'ancien sous-ministre responsable du portefeuille de l'énergie estime à partir de son expérience des cercles du pouvoir que les gouvernements actuels «n'ont aucunement l'intention, ni la volonté de prendre le contrôle du dossier des changements climatiques», car il leur faudrait adopter des mesures exigeant une fermeté et une détermination qu'ils n'ont pas.

Les émissions québécoises ont augmenté de 1,6 % par rapport à celles de 1990 alors qu'elles devraient présentement se situer à -6 % depuis le 1er janvier dernier.

«Les cheveux m'ont dressé sur la tête», dit-il, quand il a vu ministre et écologistes vanter le Québec pour avoir réduit ses émissions trois années d'affilée et de «se rapprocher» de l'objectif au point de devenir à terme le seul État nord-américain à atteindre cette cible.

«Il aurait fallu du même souffle dire clairement à la population que le Québec rate les objectifs de Kyoto et qu'il ne s'en rapproche pas beaucoup. On ne mérite d'ailleurs pas de se péter les bretelles, car le Québec n'a pas fait beaucoup d'efforts pour en être là, principalement grâce à l'hydroélectricité. Si on avait été des producteurs de pétrole, notre bilan ne serait certainement pas plus reluisant que celui de l'Alberta, car ce qui s'est fait n'est pas le résultat de choix et d'une volonté politique clairement affirmée. Notre bilan en matière de transports, la principale source d'émissions au Québec, montre clairement que le Québec n'a pas pris les devants pour changer les choses.»

Le camionnage, une des principales causes des émissions du secteur des transports, n'a pas encore fait l'objet d'une stratégie de remplacement, donne en exemple l'ancien sous-ministre associé. Il ajoute qu'il ne voit d'ailleurs rien poindre de tel à l'horizon, ce qui n'est pas de bon augure pour l'avenir si l'on veut rattraper notre retard un jour pour rejoindre le reste de la communauté internationale.
13 commentaires
  • Dominic Pageau - Inscrit 10 novembre 2008 01 h 28

    On est en élection monsieur L'Homme

    Lors des campagnes, les partis chantent plein de belle chanson. Comme l'air de Kyoto est accrocheur, on la chante en coeur, avec leurs bons amis les verts.


    C'est pas parce que l'air est accrocheur que les paroles sont vraies. Donc, il est possible et probable que Charest se pète les bretelles avec du vent et qu'il fabule.

    Tout comme les verts qui nous sortent des histoires d'horreur à tout bout de champ, c'est la fin, c'est pire que toutes nos prévision....

    Ouais, ça ne se réchauffe plus depuis 10 ans.

  • Mario Tremblay - Abonné 10 novembre 2008 08 h 13

    Pourquoi tant d'étonnement?

    Vous décrivez un projet mené par des politiciens. C'est la même chose lorsqu'ils se vantent de leurs résultats économiques, et qu'ils n'y sont pour rien!
    La gouvernance par sondage ne permet pas de proposer de projets collectifs, seulement des actions ponctuelles, non intégrées et souvent contradictoires.
    Les gens se désintéressent de la politique parce qu'ils sont moins stupides que ce que croient les politiciens.

  • André Fauteux - Inscrit 10 novembre 2008 08 h 59

    Les bâtiments, premiers responsables

    Ce qu'on oublie de dire, en identifiant le transport comme première source de
    gaz à effet de serre (GES), c'est qu'en réalité les déplacements se font en bonne partie pour
    desservir nos bâtiments, source numéro un de GES avec une proportion de 50 % (source : architecture2030.org).
    Il faut adopter au plus vite de strictes mesures d'efficacité énergétique dans les bâtiments
    neufs et existants. C'est ce que souhaitent plusieurs acteurs, dont l'Agence de l'efficacité
    énergétique du Québec. Malheureusement, peu de gens sur le terrain (élus, entrepreneurs ou consommateurs) y voient une urgence. Ils ne réalisent pas qu'en plus de leurs déplacements, la clé de la lutte aux changements climatiques réside avant tout dans leurs habitudes de consommation à la maison et au bureau.

  • Maurice Arbour - Inscrit 10 novembre 2008 08 h 59

    C'est la faute du fédéral,voyons donc!

    Le gouvernement de M.Charest prend prétexte du défaut du gouvernement fédéral de verser quelques centaines de millions de dollars au Québec au titre de Kyoto pour laisser faire, laisser aller.Le gouvernement Charest n'est pas plus vertueux que celui de l'Alberta et cette fuite en avant était prévisible deopuis longtemps.

  • Fernand Trudel - Inscrit 10 novembre 2008 09 h 27

    Les alarmistes à l'oeuvre, Françoeur en tête

    Monsieur Françoeur aurait mérite de retourner à la chasse car il continue à mêler les cartes. L'annonce officielle du Ministre de l'environnement dans un communiqué de la semaine dernière est que le Québec a dépassé la cible de Kyoto soit -7% alors que Kyoto est de -6%.

    Les papetières ont fait leur part, l'industrie forestière roule au ralenti et menace de s'effondrer et Rabaska a acheté des crédits à la bourse du carbone pour couvrir les opérations de son usine avec un beau certificat zéro pollution dans le hall d'entrée.

    Alors que les industries souffrent de la baisse de l'exportation du à la crise américaine, Monsieur Françoeur s'arrache les cheveux sur l"atteindre des objectifs du protocole de kyoto.

    Pour lui et la génération Y, ils préfèrent avoir de beaux espaces verts qu'à préparer leur avenir dans l'ère glacière qui se pointe et refusent l'héritage des boomers, leur systèeme économique basée sur le travail et la recherche. Eux qui veulent donner en héritage aux générations dans 100 ans une planète propre quel qu'en soit le prix, refusent celui de leurs générations précédentes. Qui nous dit que dans 100 ans les générations subséquentes ne les blâmeront pas de les avoir mis dans la dèche préférant sauver la planète plutôt de préserver nos acquis et la recherche des sources nouvelles sources d'énergie pour se mouvoir et se chauffer.

    Déjà aux États-Unis, le 44ème président est en train de stopper la recherche de réserves pétrolières "off Shore" aux grands applaudissements des écolos et de la gauche démocrate et protectionniste, de quoi tirer dans l'aile de l'économie chancelante qu'il promet relever. Pourtant en Californie, la majorité a stoppé la recherche sur les biocarburants et refuser les fonds nécessaires. De quoi s'inquiéter sur l'avenir énergétique et économique nord américaine.

    Ici au Canada, les verts comme Monsieur Françoeur rêvent de fermer les sables bitumineux de l'Alberta et l'exploitation "off Shore" au large de Terre-Neuve pour atteindre les cibles de Kyoto, cette arnaque semblable au bogue de l'an 2000. Le devoir a même interrogé Eddy Goldenberg qui a déclaré que le gouvernement savait à la signature en 2002 que les cibles ne seraient pas atteintes car entre 1990 et 2002, les exploitations énergétiques que les verts conspuent, ont haussé leurs opérations sans que le gouvernement n'en tienne compte dans le protocole rendant impossible son atteinte.

    Respecter Kyoto, c'est fermer les exploitations pétrolières nous foutant dans la dèche car déjà 12% du budget québécois (8,4 milliards par année) provient de la péréquation puisée dans les redevances pétrolières. Quand le rêve vert lancé par Al Gore, le même vice-président qui n'a pas signé Kyoto et qui gaspille l'énergie, demande aux pays riches de se serrer la ceinture pour baisser de moins de un degré dans 100 ans la température de la planète basée sur des calculs informatiques flous et incertains d'ordinateurs qui ne peuvent prédire sans se tromper la température 48 heures à l'avance. C'est dans cet avenir incertain que Monsieur Françoeur a choisi d'établir ses priorités. On pourra toujours s'acheter des couettes chez Wal-Mart pour se prémunir du froid et faire la file comme en Russie pour faire le plein d'essence ou simplement avoir des tickets de rationnement comme dans le temps de la guerre. C'est le cadet des soucis de nos alarmistes du climat...