La FTQ retire son appui au PQ

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a pu passer sans encombre hier la «ligne» de manifestants souverainistes favorables à Jean-Claude St-André, victime selon eux d’une injustice pour avoir exprimé sa dissidence au sein du PQ.
Photo: Jacques Nadeau La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a pu passer sans encombre hier la «ligne» de manifestants souverainistes favorables à Jean-Claude St-André, victime selon eux d’une injustice pour avoir exprimé sa dissidence au sein du PQ.

Dure fin de semaine pour Pauline Marois. Après les événements musclés de samedi, où le brasse-camarade à l'investiture de Scott McKay a occulté le lancement de la plate-forme du parti, la journée d'hier a été marquée par l'annonce que la FTQ — un allié traditionnel du PQ — n'appuiera aucun parti durant la campagne.

Dans un communiqué laconique — la centrale n'a pas voulu expliquer sa décision —, le président Michel Arsenault a indiqué que cette position de la FTQ «s'est nettement dégagée [de la réunion] du Bureau de la centrale», samedi.

Ce n'est pas la première fois que la FTQ s'abstient de s'engager auprès d'un parti (1998 et 2003, par exemple). Mais lors de la dernière élection, l'ancien président Henri Massé avait convoqué la presse aux côtés d'André Boisclair pour lui offrir un «appui indéfectible». La FTQ, qui compte plus de 550 000 membres, a aussi appuyé le Bloc québécois cet automne.

Indiquant qu'une plate-forme de questions à poser aux partis est en cours de préparation, M. Arsenault a mentionné que «le point central de ce document sera la santé, le renforcement du système public, le rappel de la loi 33 et de ses règlements qui mettent la table pour la création d'un monopole privé sur un nombre indéterminé d'interventions chirurgicales».

Or, la plate-forme péquiste, dont parlait Le Devoir samedi, est claire à ce sujet: les dispositions de la loi 33 «qui favorisent le développement des cliniques privées» seraient abrogées sous un gouvernement péquiste, qui vise un «renforcement du système public de santé».

En point de presse hier matin, Pauline Marois a affirmé ne pas s'en faire outre mesure au sujet de cette décision de la FTQ. «Pour moi, l'important n'est pas nécessairement d'avoir l'appui des centrales, mais d'avoir l'appui des travailleurs, qu'ils soient syndiqués ou pas. [...] Je ne suis pas déçue, c'est la réalité. Il faut être respectueux du choix des gens.»

Manifestation

Cette annonce de la centrale des travailleurs a prolongé une dure séquence pour Mme Marois. Vendredi, une fuite dans les médias d'un document interne du PQ a ramené à l'avant-plan les problèmes d'image de la chef péquiste, jugée «snob» par plusieurs.

Samedi, l'investiture de l'ancien chef des verts dans l'Assomption, Scott McKay, a tourné à la foire d'empoigne un brin burlesque. Des partisans du candidat rejeté, Jean-Claude St-André, ont tenté de bloquer l'accès à la salle.

Cet événement a fait en sorte d'occulter complètement le lancement de la plate-forme du parti, qui n'a finalement été remise aux journalistes qu'en début de soirée.

L'affaire St-André a aussi eu des répercussions hier à Montréal, alors que Mme Marois venait présenter les 29 candidats du PQ sur l'île de Montréal (y compris Soulanges), dans une école de la Petite-Patrie. Une quinzaine de manifestants rassemblés sous l'égide des Jeunes patriotes ont en effet profité de l'occasion pour redire leur désaccord avec la décision du PQ de bloquer la candidature de M. St-André.

La manifestation s'est toutefois déroulée dans le calme, les journalistes étant au final plus nombreux que les militants patriotes. Mme Marois a pu passer sans encombre la «ligne» de manifestants.

Sous les drapeaux des Patriotes, du Québec et même du défunt R.I.N., les militants souverainistes ont simplement scandé leur appui à Jean-Claude St-André, victime selon eux d'une injustice pour avoir exprimé sa dissidence au sein du PQ.

La candidature de M. St-André pour porter les couleurs péquistes dans L'Assomption a été refusée jeudi par le Conseil exécutif national. Des motifs administratifs (une dette de 50 000 $ contractée au cours de la campagne 2007 n'a pas été remboursée par l'association du PQ dans l'Assomption) et politiques expliquent la décision, M. St-André ne s'étant pas rallié au choix du parti de mettre au rancart l'obligation de tenir un référendum dès le premier mandat.

Mme Marois a répété hier en point de presse qu'il était à ses yeux primordial qu'un candidat qui souhaite porter les couleurs du PQ pour une élection approuve la plate-forme qu'il est censé défendre devant les électeurs.

Mais pour les membres de Solidarité St-André (formé samedi soir, le comité compte pour l'instant quelques membres, mais on affirme avoir reçu 300 courriels de soutien de différents péquistes), la situation est inacceptable et mérite que la «campagne du PQ soit torpillée», ainsi que l'exprimait un manifestant.

«Ça ne restera pas lettre morte», jurait Marilyne Lacombe, porte-parole de l'exécutif de l'Assomption, qui soutient entièrement M. St-André. Selon Mme Lacombe, aussi membre des Jeunes patriotes, il n'y avait aucune raison de rejeter la candidature du candidat. «Le PQ aurait dû laisser les gens de l'Assomption voter pour choisir leur candidat.»

Mme Lacombe dit croire que Scott McKay «est un bon candidat», mais elle estime que le PQ sans la possibilité d'un référendum rapide n'est pas «bien différent d'un gouvernement libéral». Refusant de dire si l'exécutif qu'elle représente tentera de nuire à M. McKay durant la campagne, elle a mentionné qu'elle ne voterait pas pour le parti duquel elle est membre. M. St-André annoncera quant à lui cette semaine quelle suite il veut donner aux événements.

Mme Marois a dit espérer que le candidat malheureux «mettra de côté tout forme d'action qui pourrait nuire à cette campagne».

Des militants furieux

Sur le parvis de l'école de Petite-Patrie, des militants étaient furieux de la tournure des événements. «Ils sont à peine une douzaine et ils veulent infiltrer notre campagne parce qu'ils n'ont pas les moyens d'en faire une. Les membres du PQ ont voté [concernant le référendum]: s'ils ne sont pas d'accords, qu'ils aillent militer ailleurs et qu'ils fondent leur propre parti», martelait Jean Saint-Louis, membre dans Gouin.

«Je me suis fait traiter de fédéraliste en arrivant ici. C'est la pire insulte qu'on m'a faite dans ma vie, c'est ridicule, indiquait Patrick Scenno, 35 ans. M. St-André n'a pas respecté les règles. Au dernier conseil national, tout le monde était d'accord, sauf lui. Là, cette histoire arrive, et on a l'air d'une gang de clowns. Les fédéralistes ont beau jeu de dire qu'on se chicane encore entre nous.»

Mais pour d'autres, pas de panique: «c'est une crisette et ça va passer», pense Jean Thériault, militant et membre du PQ dans Gouin.

Dans la salle où quelque 500 personnes étaient réunies, Pauline Marois a pour sa part fait abstraction de ces événements pour concentrer la teneur d'un discours énergique contre Jean Charest, sa seule cible depuis le début de la campagne: attente dans les hôpitaux, autoroute 30, dossier du CHUM (où le PQ répète depuis quatre jours que si le site du 6000 Saint-Denis avait été maintenu, les premiers patients auraient déjà été soignés), îlot Voyageur («un monument à la gloire de l'incompétence» des libéraux, selon Mme Marois), baisses d'impôts, hausses de tarification, la chef péquiste a donné à ses troupes plusieurs occasions d'applaudir, au cours du premier grand rassemblement du PQ dans cette campagne.

L'autobus du PQ sera aujourd'hui à Saint-Jérôme, Blainville et Mascouche.
5 commentaires
  • Etienne Merven - Inscrit 10 novembre 2008 07 h 40

    Démarrage difficile...

    Pas très positif pour le PQ tous ces remous...
    De plus, la chef péquiste n'est pas assuré de l'appui des Jeunes patriotes, dont le jappage pour barrer la route à Trudeau n'a pas donné grand chose... Mais, par les temps qui courent, le PQ ne peut qu'accueillir favorablement l'appui de 150 personnes...

  • peogrimard - Abonné 10 novembre 2008 08 h 00

    La glissade

    Pourquoi le PQ est-il abandonné par ses alliés traditionnels que sont les grands syndicats ? LA CSN l'avait fait en 2007, maintenant c'est au tour de la FTQ.
    On le constate depuis l'ère Boisclair, le PQ glisse vers la droite, pour aller chercher les votes perdus à l'ADQ. Et le retour de Pauline, que l'on croyait progressiste lors de la course à la chefferie de 2005, n'a rien fait pour stopper ce mouvement : la glissade se poursuit. Et l'on pourrait même arguer que cela se fait depuis le départ de René Lévesque de la tête du parti : Johnson, Parizeau, Bouchard et Landry ne sont pas réputés être de grands progressistes non plus.
    La FTQ n'a pourtant rien d'un syndicat radical, bien loin de là, mais elle commence à se sentir en rupture face aux positions péquistes. En fait, le PQ ressemble au Parti Libéral du Canada, en se positionnant dans le «grand centre». On le remarque, au fédéral, les syndicats appuient le NPD ou le Bloc, deux partis semblables dans leurs positions sociales et économiques. Au Québec, l'appui syndical se dirige vers la gauche : en 2007, Québec solidaire avait profité de l'appui de la CSN

    Et cette crise identitaire du PQ ne se reflète pas que dans ses rapports externes : les souverainistes purs et durs s'agitent et menacent maintenant la crédibilité de la campagne et de Marois. Comme quoi, le PQ ne peut pas glisser vers l'électoralisme sans y laisser des plumes ou plus.

  • andré michaud - Inscrit 10 novembre 2008 08 h 52

    encore les purs et durs..

    Le PQ fut toujours un parti miné par les purs et durs.

    Ce sont eux qui ont eu la tête du fondateur du parti M.Lévesque..et qui chaque année à l'anniversaire de la mort de M.Lévesque crachent sur sa mémoire, le traitant même parfois de traître...

    ce sont eux qui empêcheront toujours que le chef du PQ soit vraiment un chef...

    advenant un oui ce serait la guerre sainte qui serait déclenchée par les purs pour l'intégrisme linguistique etc...
    Ces gens ont remplacé nos anciens curés, et comme eux croient détenir LA vérité qu'ils veulent imposer aux autres citoyens..qui seraient tous des caves colonisées et bla bla bla..

    Tant que le PQ n'aura pas pris ses distances avec ces intégristes, et qu'Il ne les aura pas renié, aucun futur n'est possible pour le PQ...

  • marcel vinet - Inscrit 10 novembre 2008 09 h 17

    petit probleme....

    sans souveraineté,pas de parti québécois au pouvoir car fondamentalement, c est comme avoir le pouvoir sans l avoir,c est renier la philosophie meme du parti et gouverner quand meme sans gouverner...vaut mieux le parti libéral qui est dans la réalité de la confédération,alors toute la campagne électorale du P.Q. devrait vraiment etre faite sur l idée que si le parti est élu et bien il fera l indépendance le lendemain,enfin ce serait une lumiere au bout du tunnel de l obscurité totale depuis tant d années...Marcel

  • Claude Archambault - Inscrit 10 novembre 2008 10 h 40

    C'était très prévisible

    Que l'on veuille l'admettre ou non, le PQ est une coalition de plusieurs option social et économique, il tire la majorité de ses orientations de la gauche mais il n'est pas un parti pour la gauche, il tente des percé vers la droite, mais il n'est pas un parti pour la droite. Ce qui est le ciment c'est la souveraineté et l'espoir un jour de voir ce rêve se réaliser. À l'intérieur du parti il y a aussi plusieurs variation de ce rêve, certains voient un Québec souverain à l'intérieur du Canada et d'autres un pays complètement indépendant et sans aucune attache politique ou autre avec le Canada seulement des accords commerciaux.
    Dès que ce rêve n'est pas évoqué et potentiellement réalisable lors d'une élection (on l'a vue avec Boiclair) il y a démobilisation total du parti. Les pur et dur cris au meurtre et préparent les couteaux, la coalition de gauche tente de prendre le dessus et celle de droite la même chose. On se retrouve alors avec un parti totalement incontrôlable et incapable de gouverner.
    Sans la promesse de référendum, personne ne met ses visons de coté et c'est le conflit.
    Ce que le Québec a besoin c'est :
    2 partis politique d'allégeance fédéraliste (il peu y avoir des couleurs nationalistes mais pas souverainistes) d'orientation centre droite et centre gauche et un parti résolument indépendantiste sans aucun programme politique autre que celle de faire un référendum sur l'indépendance du Québec le lendemain de son élection et de déclencher des élections aussitôt élu car leur mandat ne serait pas de gouverner mais seulement de se soumettre à la volonté du peuple d'avoir un référendum sur la souveraineté. C'est la seule façon de s'assurer qu'un référendum sera gagnant car il sera demandé par la majorité des citoyens.
    En mettant le référendum sur la glace et en tentant de réaligner le parti vers le centre droit, La Marois coure à sa perte et à celle du parti. Il y aura démobilisation et conflit interne.