Pour un État fort

Photo: Jacques Nadeau

Trente-cinq pages de promesses articulées autour de huit grandes priorités, mais pas un chiffre pour situer le tout: la plate-forme électorale que dévoilera aujourd'hui le Parti québécois se situe clairement dans l'axe social-démocrate voulu par sa chef, Pauline Marois, sans prêcher par excès de précision.

Le soutien est ainsi ferme en faveur du réseau public de santé, de l'école publique, et d'un État fort en général... ce qui n'empêche pas qu'en annexe,

Mme Marois parle de rénover la social-démocratie en instaurant «une véritable culture des résultats dans nos réseaux publics». État fort, donc, mais aussi surveillé de près.

Voilà ce qui se dégage de la lecture du document, obtenu hier par Le Devoir. Le PQ doit le lancer aujourd'hui à Saint-Eustache, à condition que les présidents de circonscriptions l'acceptent. La plate-forme leur a été remise cette semaine pour approbation. Quelques changements pourraient donc survenir, sans que soit bouleversée l'essence du texte.

Intitulé Le Plan Marois — des actions pour un Québec gagnant, le projet de plate-forme détaille les promesses qui seront mises de l'avant au cours des prochaines semaines par Mme Marois et son équipe. En entrevue au Devoir hier après-midi [voir autre texte en pages A 6 et A 7], la chef du PQ a indiqué que la plupart des intentions contenues dans le document seront précisées au fil de la campagne.

Le PQ ne présentera toutefois pas de cadre financier pour l'ensemble de ces propositions. Seules les huit priorités-engagements seront chiffrés, a mentionné Mme Marois.

On trouve dans le document le premier volet dévoilé hier, concernant les mesures pour contrer les turbulences de la crise économique. Sinon, outre l'économie, la plate-forme s'attarde à l'environnement (sous l'angle croisé de la croissance de la richesse par l'économie verte), au soutien des familles, à la santé, à l'éducation, et enfin à la question de la souveraineté, abordée en fin de cahier. Le mot référendum n'apparaît d'ailleurs nulle part.

L'énoncé des intentions péquistes s'articulent donc autour de huit engagements. D'abord, développer l'ensemble des régions pour qu'elles puissent «pleinement contribuer à la création de la richesse»; assurer à chaque enfant une place en garderie (en entrevue, Mme Marois a indiqué qu'il s'agissait d'une promesse de création de 30 000 places en CPE); offrir de l'aide pour les proches aidants ou les parents qui ont la responsabilité d'un enfant handicapé; lutter contre le décrochage scolaire et l'analphabétisme; protéger l'environnement; assurer aux patients québécois des soins dans les délais requis et un accès plus facile à des médecins de famille, et protéger le français en entreprise de manière à permettre à tous de pouvoir gagner leur vie dans cette langue.

Le dernier élément des priorités parle de la volonté du PQ de faire en sorte que «les Québécois soient fiers de leur identité et qu'ils portent haut et loin» la culture québécoise.

Environnement

Cela dit, la plate-forme propose des lignes directrices d'action pour plusieurs secteurs. Le grand volet économique promet notamment des mesures fiscales de soutien aux entreprises (élimination de la taxe sur le capital avant 2010), la mise en place d'une politique nationale d'occupation dynamique du territoire, l'adoption d'une politique sur l'étiquetage des OGM, le dédommagement des artisans touchés par le crise de la listériose, le soutien au développement de la deuxième et de la troisième transformation du bois et la poursuite de la réforme du régime forestier.

On note pour Montréal la proposition de lui confier un pouvoir habilitant lui permettant d'obtenir plus d'autonomie. Le PQ aimerait aussi adopter un plan intégré de transport collectif à l'échelle québécoise pour doubler l'offre de service dans les centres urbains.

En environnement, le PQ propose des réductions des gaz à effet de serre (GES) de 20 % d'ici 2020, une réduction de la dépendance au pétrole de 30 % d'ici 2030, et une baisse du quart des GES liées au transport d'ici 2020. Le Parti aimerait aussi augmenter de 4000 MW les projets déjà prévus par Hydro-Québec, et augmenter la puissance éolienne. On évoque l'ambition de miser sur le secteur de l'énergie solaire, de l'hydrogène et de la filière géothermique, de manière à favoriser l'efficacité énergétique.

Pour les familles, le PQ promet entre autres un meilleur soutien au moment de la naissance, l'introduction d'une allocation de soutien à la rentrée scolaire, et la multiplication des services de garde dans les lieux de travail, les écoles, les milieux défavorisés. La création d'une banque annuelle de jours de congé pour activité familiale est aussi envisagée.

Soutien aux GMF

En santé, le PQ voudrait compléter le réseau des Groupes de médecine familiale (GMF). En 2007, la plate-forme péquiste évoquait 300 nouveaux GMF, ce qui n'est pas repris ici. Mais Mme Marois et son équipe veulent assurer aux GMF l'accès aux ressources de soutien et élargir leurs heures d'ouverture.

De manière générale, on parle de renforcer le système public de santé et d'opérer une rupture avec certaines décisions phare de Philippe Couillard. La Loi 33 sera abrogée sous un gouvernement péquiste, pour freiner le développement des cliniques privées. De même, on voudrait freiner le développement des assurances privées duplicatives, fermer la poste à la mixité et faire un meilleur usage des blocs opératoires. L'emphase serait aussi mise sur la prévention générale des problèmes de santé, de même que sur des politiques permettant aux personnes âgées de demeurer à la maison plus longtemps.

En éducation, le PQ entend lutter contre le décrochage, l'analphabétisme, valoriser l'école publique, diminuer le nombre d'élèves par classe, favoriser l'intégration des élèves pour qui l'école n'est pas facile. Des réinvestissements dans l'enseignement supérieur sont prévus. Une mesure précise: permettre aux étudiants de retarder le paiement de leurs frais de scolarité à la fin de leurs études.

Enfin, sur l'épineuse question de la souveraineté, la plate-forme reprend les lignes directrice adoptées après l'arrivée de Mme Marois. On ne parle pas de référendum, mais d'un «engagement à faire progresser le Québec». Au menu: protection des champs de compétence provinciaux, de l'identité québécoise et de la culture québécoise. Mme Marois n'entend pas «rester les bras croisés en attendant le grand soir» de la souveraineté, a-t-elle dit en entrevue.

On retrouve entre autres dans le document les idées de l'adoption d'une constitution et d'une citoyenneté québécoise, d'un renforcement du statut de la langue française et de la mise en place de mesures spécifiques pour les entreprises de moins de 50 employés (la loi 101 ne s'applique pas à celles-ci).

Si la plate-forme telle qu'elle sera présentée aux médias demain ne contient pas de chiffres ni de précisions — très peu de mesures sont développées au-delà de l'intention —, c'est qu'elles seront explicitées durant la campagne, a indiqué Pauline Marois. En 2007, la plate-forme présentée par André Boisclair avait fait l'objet d'une évaluation financière complète.
17 commentaires
  • Alexandre Gosselin - Inscrit 8 novembre 2008 00 h 40

    Je vous demande de me faire confiance...

    Vos idées sont excellentes madame Marois et je serai le premier à voter pour vous quand vous pourrez prouver que ces idées sont applicables dans la réalité. La scinece politique relève de l'utopie, mais la politique elle-même relève de l'administration. Apportez-moi des preuves s'il-vous-plait. Je ne peux vous faire confiance sans base solide. Je ne voterai pas pour la meilleure idée, mais pour la plus adéquate aux situations politiques actuelles.

  • Brun Bernard - Inscrit 8 novembre 2008 07 h 08

    Amateurisme.

    Un parti qui ne s'ouvre pas aux citoyens en mettant cartes sur table n'est pas un parti pour lequel on peut avoir confiance. Ni chiffres ni précisions, c'est de l'amateurisme. Madame Marois n'est pas à la hauteur du dialogue et fait du McCain car elle dit qu'elle expliquera tout pendant sa campagne. Ce qu'elle ne pourra pas faire. Un bon parti sérieux devrait savoir ce qu'il a à faire bien avant des élections mais là, c'est juste avant, très juste avant. Au moins ce n'est pas après. Le PQ devrait s'inscrire dans la ligue d'improvisation de Montréal, on rigole là-bas. Pour le français, elle ne touchera pas les entreprises les plus importantes car elle les ferait partir ailleurs tandis que les petites sont prises couteau sous la gorge comme bouc émissaire de la loi 101. Il n'y a pas grand courage là-dedans mais beaucoup d'opportunisme. Cette politique là, cette façon de faire de la politique bateau, on en a marre.

  • Gilles Néron - Inscrit 8 novembre 2008 08 h 44

    Encore au combat, visière baissée

    Guillaume B-C rides again! L'ami de Boisclair ne lâche pas.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 47

    Uner femme forte pour un État fort "moins provincial" pour l'instant

    Peu de choses à redire sur cette plate-forme électorale là.

    Mme Marois ne peut quand même pas aller plus vite sur la souveraineté que où la majorité de Québécois sont prêts à se rendre.

    Nous avons ici, l'occasion d'élire notre première femme à la tête de notre gouvernement du Québec. Elle a tout ce qu'il faut pour faire moins "provincial".

  • Pierre-Yves Pau - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 44

    Les soviets contre le démagogue

    Résumons: rien de nouveau. Des dépenses, encore des dépenses présentées comme des 'investissements' alors qu'il ne s'agit en fait que de subsides au divers groupes de pression qui constituent la base du parti québécois. La seule chance de Pauline, c'est que l'attentisme, la démagogie, l'hypocrisie et le clientélisme cynique de Jean Charest commencent à écoeurer bien des Québécois, y compris ceux (j'en suis) qui ont voté pour lui par le passé. Au moins le PQ ne fait pas mystère des intérêts pour qui il roule. S'il est battu, le PQ le sera sur l'archaïsme soviétique de son programme économique et fiscal; s'il est battu, le PLQ le sera sur la personalité antipathique de son chef.