Privatisation partielle d'Hydro-Québec - Le mauvais moment, dit Parizeau

Cowansville — Mario Dumont «ressuscite» une bonne idée mais «qui date de bien longtemps» en prônant la privatisation partielle d'Hydro-Québec. Et il le fait «au moment le moins pertinent», a tonné l'ancien premier ministre Jacques Parizeau, hier, en entrevue téléphonique au Devoir.

«Vous avez vu dans quel état est la Bourse? Non, mais!», a éclaté l'ancien chef péquiste d'un rire homérique. Mario Dumont a proposé jeudi de vendre un bloc de 7,5% d'actions d'Hydro afin de rembourser 10 milliards sur la dette du Québec, qui avoisine les 150 milliards.

M. Parizeau trouve que de «choisir ce moment pour en parler démontre que [Mario Dumont] a un sens de la pertinence assez bizarre, c'est le moins qu'on puisse dire».

À ses yeux, ces 20 dernières années, il aurait sans doute été bon d'avoir ce débat. D'ailleurs, en 1997, Jacques Parizeau, alors chef de l'opposition, avait rappelé cette idée qu'il avait une première fois examinée en 1985.

Dans les années 80, raconte-t-il, la première ministre britannique Margaret Thatcher avait privatisé plusieurs sociétés d'État. «C'était intéressant, c'était nouveau», car on créait des «golden share» qui garantissaient l'indépendance des sociétés par rapport aux multinationales, se rappelle-t-il.

M. Parizeau a vu et voit toujours des avantages à la privatisation partielle. «Ça ne serait pas mauvais qu'on prépare le marché, qu'on habitue les gens à ça», a-t-il soutenu. Mais les réticences, dans le passé, se sont apparentées à un «soulèvement psychologique général» à l'endroit d'une entreprise devenue un «symbole de fierté nationale». À ses yeux, la privatisation partielle n'aurait pas d'incidence sur les tarifs puisque la Régie continuerait à exercer ses pouvoirs. Il croit que d'avoir des actionnaires privés ne ferait pas de tort, «il pourrait y avoir un Yves Michaud» pour poser des questions à l'assemblée des actionnaires.

Jacques Parizeau se souvient des études juridiques sur le scénario de privatisation où il avait pris conscience que si l'on excédait 10 % de participation non étatique, Hydro-Québec serait devenue taxable au sens du droit fiscal fédéral. «Ça pourrait représenter des sommes énormes, 800 à 900 millions», se souvient l'ancien ministre des Finances. Par conséquent, privatiser en partie, c'est «préparer la suite», précise-t-il, une privatisation plus importante, une fois la souveraineté acquise. «Ça me semble plutôt drôle dans un parti qui ne veut pas être souverainiste», dit-il en référence à la proposition de l'ADQ.

Et l'ex-président de la Standard Life, Claude Garcia, qui a proposé il y a un an la privatisation totale de la société d'État, pour effacer la dette du Québec? «Dans son cas, c'est une approche dogmatique.»

M. Garcia devait au reste prononcer un discours intitulé «La privatisation d'Hydro-Québec :une source d'enrichissement pour les citoyens du Québec», le 12 novembre, une communication parrainée par l'Institut économique de Montréal. Mais jeudi, cela a été reporté au 3 février 2009.
7 commentaires
  • BERTRAND LEGER - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 26

    Parizeau a raison !

    Ce n'est pas le moment ! la Bourse est en crise ! ce n'est pas le bon temps pour lancer une émission d'actions.
    Dumont mélange tout...

  • Jean-François Couture - Inscrit 8 novembre 2008 09 h 53

    Parizeau demeure le phare dans la nuit !

    Il est dommage que Mr. Paul en ait décidé autrement et que le Québec continue à s'auto détruire sous la tutelle de ses "zbires" de Charest et Harpeur Inc. qui se font un devoir de mettre la hache dans un Québec fort au sein du supposé pays dont nous n'avons toujours pas signé la constitution. Quelle sinistre farce et honte collective !

    La politique, c'est l'art de consulter les gens sur ce à quoi ils n'entendent rien, et de les empêcher de s'occuper de ce qui les regarde. - Paul Valéry

    Parizeau demeure l'homme politique (avec René) qui a le plus accompli dans l'histoire de notre nation pour créer les conditions d'un Québec moderne et économiquement viable. (Hydro et Caisse de Dépôt)

    De constater l'ampleur de la campagne de salissage que nos soi-disant maîtres lui ont fait subir et le mépris ouvertement exprimé par plusieurs est d'un pathétique navrant qui confirme leur victoire sur la psyché de la nation autant que le décervelage systématique qui suit inexorablement son cours...

    Merci Mindfuck Inc. il est plus facile de régner sur une nation d'idiots du village que sur des citoyens bien éduqués et informés !

    Les mensonges et la crédulité s'accouplent et engendrent l'opinion. - Paul Valéry

  • Roland Berger - Inscrit 8 novembre 2008 10 h 24

    Et ça recommence...

    Alors que Parizeau était chef du PQ et premier ministre, les libéraux l'ont traité d'aristo pour le discréditer auprès d'une classe moyenne qu'eux-mêmes méprisaient à qui mieux mieux. Et voilà que ça recommence. Pauline Marois serait snob, la pauvre, étiquète que lui ont collé des membres de son propre parti. Sont-ils payés par Charest ?
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario

  • Jacques Charlebois - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 46

    Qui a dit que Mario n'attendrait pas un moment plus propice que maintenant ?

    Somme toute, Jacques Parizeau n'invalide pas la proposition de Mario Dumont.

  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 8 novembre 2008 13 h 25

    La fondation de l`Hydro-Québec.

    Vous souvenez-vous qui a profité de la nationalisation? Paul Desmarais et Power Corporation. En 1962 la nationalisation a requis $350 millions d`emprunts avec la contribution de Jacques Parizeau. Maintenant on voudrait vendre 7.5% des actifs d`Hydro-Québec. Qui croyez-vous achèterait ces actions sous-évaluées? Paul Desmarais et Claude Garcia bien sûr. Et puis on rembourserait une partie de la dette du Québec. Imaginez un autre Charest voyant une opportunité fabuleuse de faire croître la dette du Québec une fois de plus. Je ne fabule assurément pas puisque ces temps-ci Charest veut accroître la dette à coup de milliards.