Pauline Marois en entrevue au Devoir - Un déficit si nécessaire, mais de façon temporaire

Photo: Jacques Nadeau

Pauline Marois promet aux Québécois de ne pas revenir à l'ère des déficits... mais elle n'exclut pas qu'un éventuel gouvernement péquiste soit obligé d'y avoir recours pendant un certain temps. L'important, dit-elle, c'est que l'équilibre budgétaire soit atteint au terme de la période budgétaire gouvernementale de cinq ans.

En entrevue éditoriale au Devoir, hier, la chef du Parti québécois a reconnu que le contexte financier actuel pourrait ne pas permettre à son parti de respecter chaque année ses intentions de présenter un budget équilibré. Il pourrait y avoir des périodes où il serait déficitaire, mais Mme Marois assure que ce sera temporaire.

«S'il arrive des circonstances telles, on va s'assurer que sur la période de cinq ans il n'y ait pas de déficit et que tout soit équilibré. On a trop bûché pour ça [revenir aux déficits de l'avant-Bouchard]. On a payé un prix lourd. On s'est arraché le coeur à atteindre cet équilibre», a indiqué Mme Marois.

Elle n'a pas voulu rejeter l'hypothèse de toucher aux taxes ou aux impôts de la population, tout en prenant soin de dire que ce n'était pas son intention. «On ne voudrait pas le faire, a-t-elle dit. Mais il serait très périlleux de dire qu'on ne touchera pas à ça. Donnons-nous un peu d'espace pour pouvoir faire les bons choix [...]. Il ne faut pas se piéger.» Chose sûre, Mme Marois estime qu'il serait «complètement bête» d'augmenter les impôts dans le contexte actuel.

Questionnée au sujet de l'apparent manque de précision de la plate-forme électorale qu'elle présentera aujourd'hui, Mme Marois a reconnu que le parti avait parfois manqué de temps pour l'étoffer. «On aurait pu aller plus loin dans la description, être plus concrets. On n'est pas passés à l'aspect plus descriptif, mais ça ne change rien aux principes ou à la philosophie», dit-elle.

Le document sert donc à «donner les grandes actions». «On a une bonne expérience de l'appareil gouvernemental», dit Mme Marois, convaincue que la population saura faire confiance au PQ pour appliquer concrètement et élargir les intentions évoquées. «Les politiques vont s'imprégner de ce qui est là.»

Misant sur une sorte de «réingénierie» de l'État (débureaucratisation, allégement des organigrammes, assouplissement des structures), Pauline Marois a indiqué que son intention n'était pas d'abolir des organismes, mais bien de s'assurer de l'efficacité de chacun d'eux. Elle a réaffirmé à plusieurs reprises son engagement envers le système public (garderies, école, santé) et la gratuité de certains services... tout en râlant contre la conversion de Jean Charest à l'interventionnisme étatique, un changement non crédible selon elle.

Snob ou pas?

Combative, Mme Marois ne paraissait aucunement ébranlée par la divulgation, dans La Presse d'hier, d'un document interne du PQ soulignant les problèmes de perception de la chef péquiste dans la population, plusieurs la trouvant «snob», selon le document.

Mme Marois se dit certaine que la population changera d'opinion dès lors que les gens la connaîtront mieux ou auront l'occasion de lui parler directement. «J'adore parler aux travailleurs, au monde. Je suis une travailleuse sociale, après tout.» Alors, pas question de changer quoi que ce soit dans sa personnalité, même si c'est parfois «dur pour l'ego».

«Il faut être capable d'entendre le point de vue des gens. Or, il y a des gens qui disent qu'elle a l'air snob, Mme Marois. Et les gens qui me fréquentent disent que c'est le contraire. Alors, OK, on va essayer de faire en sorte que ça paraisse davantage. Mais je ne changerai pas ma façon d'être et mon comportement.»

Concernant l'auteur de la fuite du document (elle a parlé de gens «malveillants»), Pauline Marois a lancé qu'elle ne s'en préoccupait pas. «Quand je suis revenue au PQ, j'ai pris une décision: dans ma tête, je me suis dit, ils ne me feront pas faire ce que je n'ai pas le goût de faire, et je vais rester ce que je suis, avec ma simplicité, mes idées, ma vision.»

Et malgré l'apparence de dissensions au sein du PQ — où l'aile pure et dure rechigne à l'idée de voir la question de la souveraineté placée au second plan de la campagne —, Mme Marois jure qu'elle a réussi à imposer sa discipline. «Ce qui est important dans la discipline d'un parti, c'est qu'on adopte des orientations et qu'on soit solidaires de ces orientations. [...] Je suis heureuse des choix qu'on a faits. Je me sens vraiment à l'aise avec mon parti, et j'ai l'impression que mon parti n'est pas trop mal à l'aise avec moi non plus.»
9 commentaires
  • Brun Bernard - Inscrit 8 novembre 2008 07 h 37

    Yes, we can't.

    Ça va coûter très cher aux québécois cette politique du flou. Avec la récession actuelle, ce n'est vraiment pas le moment opportun cette politique. Décidément, le PQ n'est pas en harmonie avec l'air du temps. Moi à 36 ans, je ne crois plus à ce parti du tout et pour quoi que ce soit. Laissez place à une nouvelle génération plus accrochée à la modernité, à l'avenir. Pourquoi, nous la jeunesse du Québec, devrait-on subir encore cette politique de dinosaure? En vérité, on devrait dire à propos du PQ et en reprenant le slogan d'Obama à l'envers: "Yes, we can't."

  • Claire Dufour - Inscrite 8 novembre 2008 09 h 51

    Sur la défensive

    Voilà ce que l'aile des Laviolette et Dubuc vous oblige à faire. Nous perdons tellement d'énergie dans cela.
    De grâce, Mme Marois, n'utilisez pas le fameux principe de mysoginie pour vous défendre. Vous êtes une femme pleine et entière et c'est cela qui devra être reconnu.

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 11

    @ M. Brun Bernard

    Vous affirmez que le PQ n'est pas en harmonie avec l'air du temps.

    Bon, o.k. mais, quel parti québécois provincial l'est plus, alors, selon vous ?

  • Gilles Bousquet - Inscrit 8 novembre 2008 11 h 17

    Pas frapper son chef avant une élection...attendre, au moins

    Les souverainistes devraient être fiers de leurs chefs avant et pendant les élections à la place de vouloir le poignarder après les avoie élus...genre.

    Après une élection mal menée et perdu, là, c'esat le temps de voir si un changement pourrait améliorer la chefferie du parti. Le "timing" s.v.p.

  • Brun Bernard - Inscrit 8 novembre 2008 16 h 24

    @M Bousquet.

    AUCUN mais un tout petit peu le Parti Libéral à cause de la philosophie sous-entendue dans sa politique par des gens provenant de partout, i.e. plus cosmopolite et donc plus à même de comprendre le vent de la modernité. Il faudrait faire un historique des partis dont ici, nous ne pouvons faire qu'une vilaine caricature.