Guerre de chiffres - Charest publie les états financiers en espérant faire taire ses adversaires

Shawinigan — Le premier ministre sortant Jean Charest a rendu publics hier les états financiers de 2007-08, qui ont été approuvés par le vérificateur général et qui confirment un surplus de 484 millions pour l'exercice en cours.

Pour éviter que cette question ne vienne bousiller sa campagne électorale, M. Charest aura donc cédé aux pressions de ses adversaires, qui lui commandaient de présenter ces documents, bien que l'Assemblée nationale ne siège pas.

Le chef de l'Action démocratique (ADQ), Mario Dumont, et la chef du Parti québécois (PQ), Pauline Marois, ont affirmé qu'il était inacceptable de lancer le Québec en campagne électorale sans fournir le portrait complet de la situation économique de la province.

Le Parti québécois répète, depuis les derniers jours, que le gouvernement est déficitaire, contrairement à ce que la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, a affirmé mardi dans sa mise à jour économique.

Le vérificateur général, Renaud Lachance, avait de son côté affirmé mardi que le gouvernement afficherait un déficit accumulé de 5,8 milliards de dollars, si on respectait l'esprit de la loi.

Mais le gouvernement n'applique pas la même grille d'analyse, et la ministre des Finances prétend que l'équilibre est maintenu et que la réserve atteint plutôt 2,3 milliards.

«La réserve est là, exactement comme prévu», a dit M. Charest en point de presse, sur un terrain de football d'une école secondaire de la Mauricie.

Cherchant visiblement à contrecarrer les plans de ses deux rivaux, il a laissé entendre que ceux qui étaient à la recherche d'une histoire croustillante dans les états financiers seraient déçus.

«Vous allez voir, il [le vérificateur général] les a tous signés, sans restriction et sans réserve», a renchéri la ministre des Finances.

M. Lachance a réagi par voie de communiqué, hier après-midi, en confirmant que «ces états financiers donnent, à tous les égards importants, une image fidèle de la situation financière du gouvernement du Québec au 31 mars 2008 ainsi que des résultats de fonctionnement».

Il précise que ces états financiers montrent un surplus de 1,65 milliard pour l'exercice terminé le 31 mars 2008.

M. Lachance ajoute qu'au début de la semaine prochaine, il remettra au président de l'Assemblée nationale son rapport spécial qui, comme chaque année, a été élaboré à l'occasion de la publication des Comptes publics du gouvernement du Québec.

Entre-temps, M. Lachance ne tiendra aucun point de presse et n'émettra aucun autre commentaire.

Le vérificateur général a approuvé les comptes publics de 2007-08 le 14 octobre dernier, jugeant que les calculs avaient été faits selon les principes comptables généralement reconnus au Canada (les PCGR), la norme en ce domaine.

Le document compte une soixantaine de pages.

Dumont et Marois réagissent

Lors d'un point de presse à Cowansville, Mario Dumont a salué le «recul» de Jean Charest, «qui voulait cacher les chiffres».

«Si Jean Charest est sincère et s'il veut avoir une discussion complète sur l'économie, il a le devoir de reculer aussi sur la Caisse de dépôt. Il ne peut pas garder ces chiffres là cachés», a dit le chef de l'ADQ.

«On a une campagne qui est censée porter sur l'économie, et elle part dans le flou le plus total du point de vue des chiffres: on a un déficit cumulé pour deux ans de 5,8 milliards, alors qu'on a une loi sur le déficit zéro, et on a, de l'autre côté, les chiffres de la ministre des Finances.»

Mme Marois a pour sa part affirmé que les chiffres vérifiés correspondent à ce qui avait été présenté avant qu'ils reçoivent l'approbation du vérificateur général.

Selon elle, ils démontrent toutefois que le gouvernement libéral continue de jouer sur les mots et sur les chiffres.

Mme Marois s'attend cependant à ce que les commentaires de M. Lachance, qui seront connus le semaine prochaine, soient plus éclairants.

«Nous demanderons donc à avoir accès à ces commentaires pour voir si ce que nous affirmons est aussi l'interprétation que fait le vérificateur général», a-t-elle dit.

Les péquistes affirment que les libéraux parviennent à équilibrer leur budget avec des surplus qui proviennent d'une vente d'actifs d'Hydro-Québec, d'avantages liés au taux de change et de la hausse des tarifs d'Hydro-Québec.

«La situation technique, c'est qu'il n'y a pas assez d'argent pour payer les dépenses d'épicerie», a dit Mme Marois lors d'un point de presse.