Un candidat adéquiste s'oppose à la hausse du salaire minimum

La promesse libérale de hausser le salaire minimum d'un dollar, d'ici 2010, pour le porter à 9,50 $, a tôt fait de relancer le débat sur le sujet. Le Conseil québécois du commerce de détail s'est dit déçu de cette idée, tout comme le candidat adéquiste Mario Charpentier. Le Collectif pour un Québec sans pauvreté a au contraire salué cet engagement, tout en précisant qu'il faudra faire plus si on veut permettre aux gens qui travaillent à ce taux horaire d'atteindre ne serait-ce que le seuil de faible revenu.

Le président directeur-général du Conseil québécois du commerce de détail (CQCD), Gaston Lafleur, a ainsi rappelé que la promesse des troupes de Jean Charest signifie une hausse de près de 12 % du salaire minimum d'ici 2010, hausse qui s'ajouterait à celle de 6 % entrée en vigueur en mai dernier. Or, «18,7 % de hausse entre avril 2008 et mai 2010, sans compter celle des charges sociales, c'est une bouchée énorme à digérer pour les détaillants qui risquent fort d'être frappés de plein fouet par le ralentissement économique actuel», a jugé M. Lafleur.

«Il est hasardeux pour le premier ministre de faire une telle annonce au moment où l'économie québécoise s'apprête, comme il le dit lui-même, à affronter une tempête dont on ne connaît encore ni l'ampleur, ni les conséquences. Dans ce contexte, il est impensable que le gouvernement s'engage dans de nouvelles hausses aussi importantes à court terme», a-t-il ajouté.

Déjà, selon ce qui ressort d'une consultation menée par l'organisation, 76 % des commerces auraient dû absorber une baisse de rentabilité depuis la hausse de mai dernier, qui a fait passer le salaire minimum de 8,00 $ à 8,50 $. Résultat: certains ont semble-t-il dû aussi hausser le prix des marchandises, diminuer le nombre d'heures offertes à leurs employés ou même réduire le nombre d'emplois dans leur commerce. «Les petits détaillants risquent d'être tout particulièrement désavantagés» par une nouvelle hausse, a ajouté le CQCD, par voie de communiqué.

Le candidat adéquiste Mario Charpentier est allé plus loin hier en affirmant qu'une telle augmentation «n'est pas le bon remède» à la crise économique, puisque cela a pour effet de «nuire à la productivité» des entreprises. «Une mesure comme le salaire minimum, c'est avec ça [que les libéraux] vont gagner la Coupe Stanley? Cela ne tient pas debout comme mesure, ça n'a pas d'allure», a-t-il lancé aux côtés de Mario Dumont, qui semblait légèrement inquiet pour la suite des choses. M. Charpentier a plaidé pour des mesures «structurantes», dirigées vers les entreprises, et qui seront précisées samedi, lors du dévoilement du programme économique de l'ADQ.

Le Collectif pour un Québec sans pauvreté voit plutôt la promesse libérale comme «un premier pas». Selon son porte-parole, Ian Renaud-Lauzé, il faudrait qu'un travailleur gagne, en 2008, environ 10,45 $ l'heure, pour une semaine de 40 heures, pour atteindre le seuil de faible revenu. Sans réclamer qu'une augmentation aussi importante devienne réalité du jour au lendemain, il a rappelé que toute hausse du salaire minimum résulte en un investissement dans l'économie locale. Comme les travailleurs à faible revenu ne peuvent se permettre d'épargner, par exemple en plaçant leur argent dans des REER, les sommes qu'ils gagnent sont directement réinjectées dans le système.

À cela s'ajoute le fait que les coûts liés au logement, à l'alimentation et au transport ont augmenté de façon importante au cours des dernières années, ce qui pénalise grandement les plus démunis des travailleurs. Une augmentation salariale leur permettrait donc d'améliorer leur qualité de vie, a expliqué M. Renaud-Lauzé.

Dans un rapport qu'il remettait en octobre 2006 au gouvernement conservateur, au terme de deux ans d'études, d'audiences publiques et de tables rondes, le Commissaire Harry Arthurs recommandait lui aussi d'établir le salaire minimum en fonction du seuil de faible revenu. «Aucun travailleur ne devrait avoir une rémunération si faible qu'après avoir travaillé à temps plein dans un poste régulier pendant une année entière, il lui resterait moins d'argent que ce qu'il nécessite pour vivre au niveau du seuil de la pauvreté ou juste au-dessus de ce seuil», écrivait-il.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 novembre 2008 16 h 51

    Ouais !

    Mario Charpentier doit croire qu'il sera élu et que son revenu sera nettement au-dessus du salaire minimum.
    Roland Berger
    St-Thomas, Ontario