L'Ordre revient à la charge - Les infirmières veulent développer une spécialité en infectiologie

L'Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) augmente la pression sur le ministre de la santé et des services sociaux, Yves Bolduc. Hier, les membres réunis en assemblée annuelle à Montréal ont adopté une motion visant la création et la reconnaissance d'une spécialité en prévention et contrôle des infections, idée rejetée précédemment par Québec. «Le ministère a refusé de nous donner raison là-dessus cet été», a déclaré au Devoir la présidente de l'OIIQ Gyslaine Desrosiers, qui ajoute que le ministère s'est opposé à la création de spécialités chez les infirmières, en général, et en particulier pour celle en contrôle et prévention des infections.

En juillet, le sous-ministre l'a informée que le ministère est d'accord pour qu'un diplôme d'études supérieures spécialisées (DESS) devienne progressivement une exigence pour exercer des fonctions en contrôle et prévention, mais refuse la création d'une spécialité reconnue. Une lettre reprenant la motion, signée par les membres, sera acheminée au ministre.

«Il y a un consensus sur la nécessité de créer cette spécialité, qui a obtenu l'appui de l'Association des médecins microbiologistes infectiologues du Québec, de la Table nationale de prévention des infections nocosomiales et des infirmières, mais le ministère tient tête à tous ces experts de peur de créer un précédent», explique Mme Desrosiers. En effet, elle croit que Québec refuse de voir naître chez les infirmières des spécialités reconnues, à l'instar des médecins, une position qu'elle qualifie d'archaïque. En 2005, dans la foulée de la crise du C. difficile, le rapport Aucoin recommandait déjà une formation spécialisée pour les infirmières en prévention des infections et la création de cette spécialité par l'OIIQ.

À ce jour, le code des professions ne permet pas aux infirmières de se déclarer spécialistes et d'être reconnues comme telles. Selon le registraire, dix infirmières sont inscrites au DESS en prévention et contrôle des infections à l'Université de Montréal, une formation offerte à celles qui ont obtenu un baccalauréat. Or, souligne Mme Desrosiers, «celles qui ont fait le cours ne sont pas reconnues. Qui veut étudier sans reconnaissance?»

La présidente, en qui les membres ont réitéré leur confiance hier midi en lui accordant un neuvième mandat, jure qu'elle ne fait pas de la création de cette spécialité une question de principe pour ouvrir cet horizon aux infirmières. «J'y vais domaine par domaine, et dans ce cas-ci, c'est la sécurité de la population du Québec qui importe. Le ministère, lui, en fait une question de principe.»

Elle croit également que la reconnaissance des spécialités pourrait apporter de l'eau au moulin dans un contexte de pénurie. «La valorisation et la reconnaissance professionnelle, c'est attrayant.»

Le ministre Yves Bolduc a réitéré hier au Devoir son appui à la formation d'infirmières spécialisées par la voix de son attachée de presse, Marie-Ève Bédard. Il affirme même vouloir aller plus loin dans les modalités de reconnaissance de ces spécialités, mais Mme Bédard précise que «les modalités ne sont pas établies, nous cherchons le consensus».

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