Pierre Marc Johnson prendra la relève de Jean Charest aux côtés des premiers ministres de quatre autres provinces - Sa mission: reconquérir la Chine

C'est l'ex-premier ministre Pierre Marc Johnson qui remplacera, à titre bénévole, Jean Charest, dans l'importante mission en Chine de cinq provinces canadiennes. Ce «Team Canada» nouveau genre a des visées économiques, mais aussi politiques, a expliqué au Devoir M. Johnson.

Québec — Réchauffer des relations Canada-Chine récemment refroidies par le gouvernement fédéral de Stephen Harper: voilà une des tâches que remplira Pierre Marc Johnson, le remplaçant confirmé du premier ministre Jean Charest, lors de l'importante mission qu'il doit y diriger, du 2 au 7 novembre.

M. Charest a annoncé lundi qu'il ne participerait pas à ce voyage conjoint de cinq premiers ministres provinciaux. Officiellement, il doit préparer la mise à jour économique qui sera présentée le 4 novembre, selon la date révélée hier. Officieusement, le chef de gouvernement travaillera au déclenchement des élections générales, le lendemain.

Lundi, il avait noté que la mission serait «présidée du côté québécois par une personne [...] au plus haut niveau pour nous représenter». Pierre Marc Johnson, qui avait présidé l'importante commission d'enquête sur l'effondrement du Pont de la Concorde, a été confirmé hier comme remplaçant du premier ministre.

L'ex-premier ministre venait tout juste de «jeter un coup d'oeil sur les cahiers de breffage du premier ministre» lorsque Le Devoir l'a joint hier. Il rentrait justement d'un voyage dans l'Empire du Milieu: «J'étais à Pékin il y a trois jours.» Il s'apprêtait de toute façon à y retourner — se «taper un autre décalage de 12 heures» — au nom de son cabinet d'avocats, Heenan Blaikie. Il doit aussi préparer, pour le compte d'un institut européen, une conférence (qui doit se tenir en 2009) sur le thème du développement durable et des changements climatiques. «J'étais déjà conditionné à ce qui se passait dans cette délégation. Le premier ministre savait que je devais m'y rendre», a dit l'ancien patron de Raymond Bachand. Ce dernier, ministre du Développement économique, a aussi annulé sa participation à la mission, hier.

Tensions Chine-Canada

«Depuis quelque un an et demi, souligne M. Johnson, il y a eu un certain nombre de tensions entre le gouvernement du Canada et le gouvernement Chinois.» Celles-ci ont créé «un certain froid au niveau politique, même si, au niveau économique, les choses sont "chaudes"». Ce type de situation, a commenté M. Johnson, «a toujours des répercussions sur les rapports économiques» à terme. Il donne l'exemple suivant: le Canada n'est pas un pays désigné comme «destination touristique» pour la Chine. «Et cela a un effet considérable sur l'émission de visas pour les Chinois», note-t-il. C'est pour cette raison qu'un nombre «relativement petit» de visiteurs chinois se rendent au Canada annuellement.

M. Johnson rappelle que le premier ministre Charest est intervenu à la dernière réunion du Conseil de la fédération pour convaincre ses homologues que «ce serait une bonne chose que les gouvernements provinciaux manifestent leur présence» en Chine. «Non seulement dans un but économique, mais aussi politique», a précisé M. Johnson. Plusieurs Chinois, dont un ancien ambassadeur de la république populaire au Canada, se montrent ravis de la démarche des provinces, soutient M. Johnson. «Il y a un momentum de ce côté» et cet accueil chaleureux fait partie d'une «politique que le gouvernement a énoncée publiquement».

Justement, l'absence du premier ministre Charest, dans cette importante mission, ne froissera-t-elle pas les Chinois? M. Johnson répond évidemment par la négative, soutenant que ceux-ci «comprennent très bien qu'on vit dans un système multipartite qui passe par des élections. Ils savent comment ça fonctionne au Canada». Craignant que son commentaire puisse être interprété comme une confirmation du déclenchement des élections le 5 novembre, l'ancien politicien se reprend: «Et que le premier ministre soit en réflexion sur la possibilité d'élections ou qu'il y en ait effectivement, ce sont des situations auxquelles les Chinois sont tout à fait sensibles. Ils comprennent que nos processus démocratiques ont une priorité sur à peu près n'importe quoi», explique-t-il. Il souligne par ailleurs que des gens d'affaires participeront à la mission, car la dimension économique en sera importante. «De plus en plus, il y a des efforts qui sont faits pour amener des intérêts chinois à investir au Canada», note-t-il.

Le mandat de M. Johnson en Chine s'exécutera à titre bénévole, a-t-il précisé. «Je ne suis pas embauché. Je fais ça bénévolement. Ce n'est pas la première fois que je fais les choses bénévolement pour les causes collectives! Je n'ai pas de mandat rémunéré pour ça. Mais le gouvernement, j'espère, va s'acquitter de mes dépenses», a-t-il ironisé.

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