Un sous-financement de 311 millions - De l'aide pour les hôpitaux en région

Les ministres de la Santé François Legault et David Levine ont fait hier un premier pas vers le retour à l'équité entre régions en matière de santé en confessant l'existence d'un sous-financement de 311 millions dans huit régions du Québec, dont 50 millions seront comblés dès cette année.

Campagne électorale aidant, c'est dans la région de Lanaudière, qui échoit au ministre François Legault, et où cherche à se faire élire David Levine aux élections partielles de juin dans le comté de Berthier, que le duo ministériel a choisi de donner suite à l'un des premiers engagements pris lors de leur nomination en tandem l'hiver dernier.

Après avoir promis une révision complète du mode de financement actuel des établissements de santé, désavantageux pour plusieurs régions, les deux ministres annoncent qu'ils combleront d'ici trois ans les écarts entre les régions «pauvres», souvent en forte croissance démographique, et les régions «mieux pourvues». Dorénavant, les établissements seront financés en fonction du volume et des caractéristiques de leur clientèle et non plus en fonction de budgets «historiques», indexés au fil des ans, comme c'est le cas depuis trente ans.

Au terme d'une étude chiffrant à 311 millions l'écart de financement entre les régions riches et pauvres, le ministre Legault a promis d'injecter dès cette année 50 millions pour amorcer ce retour à l'équité. Ces sommes atterriront dans les régions de Lanaudière, de Laval, des Laurentides, de la Montérégie, de l'Estrie, de Chaudière-Appalaches, de la Mauricie-Centre du Québec et de l'Outaouais, huit régions considérées comme sous-financées par rapport au reste du territoire. Ces montants viendront s'ajouter aux crédits de 12,9 milliards déjà prévus pour le réseau de la santé par le gouvernement du Québec.

«On s'est rendu compte que [ces] huit régions souffraient d'un sous-financement de 311 millions. C'est une situation inacceptable et on doit offrir des services comparables dans toutes les régions», a soutenu hier le ministre Legault.

La part du lion ira à la Montérégie qui, selon les chiffres établis par le ministère, souffre de près de la moitié du manque à gagner global, avec un déficit de 152 millions par rapport aux autres régions du Québec. Laval suit ensuite avec un sous-financement évalué à 40 millions, puis les régions des Laurentides et de Lanaudière avec des manques respectifs de 36 millions et de 31 millions. Ce seront les régies régionales qui décideront de la façon dont devront être répartis ces montants.

Ces chiffres sont toutefois déjà contestés par les gens des régions touchées, notamment dans Lanaudière, où l'on établit plutôt à 87 millions les sommes nécessaires pour répondre aux besoins de la population lanaudoise.

Sur ce point, les ministres Legault et Levine ont rétorqué que ces sommes ne visent qu'à rétablir l'équité entre régions et non à combler les nombreux besoins en services de santé laissés en plan dans l'ensemble du Québec. «Nous avons estimé que, pour donner le niveau de soins approprié, il manque environ 1,5 milliard au Québec. Ce qu'on annonce aujourd'hui, c'est de rétablir l'équité, mais la situation actuelle, c'est qu'on est en pénurie et que cela ne peut se régler que par l'obtention de ressources additionnelles», a fait valoir le ministre délégué à la Santé, David Levine, qui a rappelé le besoin de poursuivre les discussions afin de mettre la main sur les surplus fédéraux de 10 milliards.


Des sous contre un bulletin

Ce nouveau mode de financement des hôpitaux aura toutefois une contrepartie. Le ministre Legault promet l'équité financière en échange de la production, par les hôpitaux, d'un «bulletin de santé» public annuel rendant compte de leur «performance». Ces fameux bulletins de santé, a expliqué le ministre, seront dressés grâce à des sondages régionaux sur le taux de satisfaction de la clientèle et à l'aide des données sur les délais d'attente et sur le coût des services rendus dans chaque hôpital.

«On va comparer les établissements, avec des étoiles ou des lettres, dès le mois de septembre. Les indicateurs qu'on va retrouver sur les bulletins de santé vont permettre de comparer les hôpitaux entre eux. On va donc travailler à la fois sur l'équité et l'efficacité», a indiqué le ministre.

Prônant la même médecine qu'il a appliquée aux universités lorsqu'il était ministre de l'Éducation, François Legault a souligné que des contrats de performance sur trois ans devront ensuite être signés par les hôpitaux en fonction des faiblesses et des manques dévoilés par ces fameux bulletins. Pas question toutefois d'aller plus loin dans la méthode du bâton et de la carotte, notamment en imposant des pénalités aux hôpitaux qui afficheront de piètres bulletins.

«Je crois que l'obligation de rendre compte publiquement, c'est bien plus fort qu'une pénalité. Si on ne finance qu'en fonction de la performance, ça ne peut que creuser les écarts», a affirmé M. Legault.

L'Association des hôpitaux du Québec, qui réclame depuis des lunes un changement au mode de financement des hôpitaux, a qualifié hier la décision du ministre d'«effort louable» mais juge que cela ne réglera rien au sous-financement qui étouffe le réseau de la santé. «L'indexation de 2,64 % ne sera pas suffisante pour faire face à la croissance des dépenses en santé qui tourne autour de 6 %. Dans un contexte de sous-financement important, le ministère n'a fait que répartir autrement la pauvreté», a insisté hier Daniel Adam, vice-président de l'AHQ.

Même constat du côté de l'Association des CLSC et CHSLD, qui estime que ces 50 millions ne doivent pas faire oublier la décision du gouvernement de limiter l'augmentation des budgets de la santé. Une décision qui, dans bien des cas, obligera les CLSC à sabrer dans leurs services, estime Andrée Gendron, présidente de cette association.