Le prolongement de la 30 coûtera 1,5 milliard

Le contrat de partenariat public-privé (PPP) pour le parachèvement de l'autoroute 30 à l'ouest de Châteauguay a été signé il y a une dizaine de jours pour la somme de 1,5 milliard de dollars, soit près de 43 millions par année pendant 35 ans, a appris Le Devoir.

Le gouvernement du Québec doit en faire l'annonce officielle cet après-midi à Valleyfield. La ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget, prendra part à la conférence de presse aux côtés de la ministre des Transports, Julie Boulet, et le ministre responsable de la Montérégie, Jean-Marc Fournier. Le gouvernement du Canada est également impliqué financièrement dans ce dossier qui piétine depuis des décennies. Ottawa et Québec doivent partager la facture de 43 millions par année.

Le consortium Nouvelle Autoroute 30 SENC formé notamment de multinationales espagnoles, devra concevoir, construire, exploiter, entretenir et financer le tronçon ouest de l'autoroute 30 entre Châteauguay et Vaudreuil-Dorion, y compris le pont qui enjambera le Saint-Laurent. De plus, le contrat prévoit que le partenaire aura la responsabilité de la portion est de l'autoroute qui sera réalisée en mode traditionnel.

La conclusion de cet important contrat s'est effectuée sur fond de crise financière américaine. C'est ce qui fait dire au p.-d.g. de l'Agence des partenariats public-privé, Pierre Lefebvre, qu'il s'agit d'une «performance spectaculaire» «dans le pire des marchés depuis le krach de 1987». «Nous avons fait la clôture financière de l'autoroute 30. C'est un projet de 1,5 milliard, le seul en Amérique du Nord. C'est vraiment fantastique. C'est une prestation à la fois du concessionnaire, du ministère des Transports et de nous [l'Agence]», a expliqué M. Lefebvre.

Turbulences

Selon ce dernier, la transaction est issue d'un projet sérieux et bien structuré. Mais la turbulence des dernières semaines risque toutefois de rendre plus périlleuse la conclusion de projets de PPP à court terme. M. Lefebvre ne se montre pas pour autant inquiet puisque la prochaine annonce d'un projet de PPP au Québec touchera celui de la salle de concert de l'OSM prévue en mars prochain. «Six mois sur les marchés financiers, c'est une vie. On ne peut pas s'inquiéter à l'avance.[...] Mais c'est certain que si nous voulions faire deux ou trois projets dans le prochain mois et les financer, ce serait beaucoup plus problématique. Il y a beaucoup moins de banques qui jouent dans le marché en ce moment», a-t-il fait valoir.

Comme le souligne M. Lefebvre, le marché des infrastructures est en «ébullition», alors qu'on l'on compte plus de demandes que d'offres avec le risque d'un embouteillage. «Toutes les provinces se sont réveillées en même temps, les provinces de l'Ouest pour faire de nouvelles infrastructures et les provinces de l'Est, pour rénover leurs infrastructures, a mentionné Pierre Lefebvre. Chacun de ces gouvernements doit regarder son habilité à livrer son programme dans les délais et son influence sur le coût de ces projets. Qui dit une demande énorme et une fourniture petite dit inflation.»

Selon lui, il faut éviter de tout faire en même temps et, donc, décaler les projets. C'est une question de coûts et de disponibilité des ressources (entreprises, travailleurs et fonctionnaires).

Par exemple, les projets de PPP des hôpitaux universitaires seront décalés; le projet du centre de recherche du CHUM est lancé séparément de celui du CHUM, et le CUSM débutera quelques mois avant le CHUM. «Honnêtement, on ne peut pas faire McGill et le CHUM exactement en même temps. Il faut les décaler de quelques mois.» En outre, les deux projets ne progressent pas au même rythme, a reconnu M. Lefebvre.