Jean Charest discutera compétences culturelles avec Pauline Marois

Québec — La chef péquiste Pauline Marois rencontrera le premier ministre Charest dans les prochains jours pour discuter d'une motion sur le rapatriement de la compétence en matière de culture que le PQ compte déposer à l'Assemblée nationale dès le début de la session, a appris Le Devoir. C'est Mme Marois qui avait sollicité cette rencontre avec M. Charest.

En matière de culture comme en d'autres, ce dernier préfère, comme il l'a rappelé dans sa lettre aux partis fédéraux cette semaine, la voie des ententes administratives. Mais quand une chef de parti d'opposition demande une rencontre, «c'est notre devoir d'accepter», a dit l'attaché de presse de M. Charest.

Le débat constitutionnel

D'autres raisons ont toutefois conduit le premier ministre à recevoir Mme Marois: le cabinet du premier ministre est préoccupé par la possibilité que les deux partis d'opposition en viennent à contraindre le gouvernement à relancer le débat constitutionnel. En effet, selon le député et constitutionnaliste Alexandre Cloutier (Lac-Saint-Jean), une motion adoptée par les deux partis d'opposition «lierait l'exécutif». Autrement dit, le législatif pourrait forcer un gouvernement libéral à faire une demande officielle de modification constitutionnelle au reste du pays, activant ainsi l'«obligation de négocier» établie dans le renvoi de la Cour suprême sur la sécession de 1998.

Cette interprétation, exposée par Le Devoir il y a deux semaines, a provoqué une réflexion un peu paniquée au bureau du premier ministre, a-t-on appris. Lorsque questionné à ce sujet à Victoriaville, d'ailleurs, le premier ministre n'a pas nié la possibilité d'être contraint: «Je ne peux pas croire, avec tout ce qui se passe actuellement sur l'économie, que Mario Dumont et Pauline Marois vont relancer le débat constitutionnel. Ça me semble tellement invraisemblable qu'ils fassent ce choix que j'ai de la difficulté à penser qu'ils vont se rendre là.» Au Conseil général du PLQ en fin de semaine, le ministre des Affaires intergouvernementales, Benoît Pelletier, en a rajouté et a contesté l'interprétation péquiste. À ses yeux, en 1998, la Cour suprême a dit que l'«obligation de négocier» ne pouvait être déclenchée que par une réponse claire à une question claire à un référendum.

L'ADQ attend le texte

C'est le 12 septembre — soit le jour même où le premier ministre réclamait, dans un discours à la Malbaie, que les partis fédéraux s'engagent à négocier avec Québec une entente sur la maîtrise d'oeuvre en matière de culture — que le Parti québécois avait annoncé son intention de présenter cette motion. Ce sera une des deux seules motions du mercredi que le deuxième groupe d'opposition pourra déposer (l'ADQ en aura trois).

L'ADQ s'est dite d'accord avec le principe du rapatriement de la culture. Mario Dumont a mis en relief le fait qu'une telle aspiration était dans le programme de son parti depuis ses tout débuts, et même avant, soit dans le rapport Allaire de 1991, document à la source du schisme du PLQ qui a conduit à la création de l'ADQ. M. Dumont avait toutefois indiqué que son appui dépendrait du libellé de la motion. Aucune rencontre n'a toutefois pu se tenir entre les deux partis d'opposition ces deux dernières semaines puisque M. Dumont était en vacances avec son épouse en Italie. Il n'est rentré que dimanche (et a été retardé par l'ouragan Kyle, a-t-on raconté).

Son bureau a fait savoir hier qu'il y avait «toujours de l'ouverture» de leur côté à l'égard de la motion péquiste et qu'une rencontre devrait avoir lieu bientôt, peut-être même avec les deux autres chefs. Au reste, on n'est pas certain, dans l'entourage de M. Dumont, «du jeu que joue le PQ». On doute par surcroît qu'une motion adoptée par les oppositions seules lie le gouvernement. D'ailleurs, dans sa lettre à MM. Dumont et Charest, même la chef péquiste évoquait un vote à l'unanimité: «Je suis convaincue que l'adoption à l'unanimité de cette motion est en mesure de faire avancer le Québec», disait-elle.
2 commentaires
  • Pierre-S Lefebvre - Inscrit 2 octobre 2008 15 h 54

    Marois

    Il serait plus que temps que Marois se réveille. On ne fait pas de progrès dans l`absence d`un débat publique. L`absence de leadership est un choix qui mène nulle part. L`absence se fera sentir dès la prochaine élection si Charest sent bien le courant dominant, abandonné par la compétition Péquiste.

  • Guy Fafard - Inscrit 2 octobre 2008 21 h 02

    Dumont et Marois

    S'ils nos deux chefs n'agissent pas rapidement, ils vont s'en faire passer une petite vite avec le développement du grand Nord.

    Ce sera l'adieu d'une motion sur le rapatriement de la compétence en matière de culture par le Québec, et le prochain gouvernement sera Libéral.

    Le Premier Ministre Jean Charest est vraiment un fin politicien et un fin renard.